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VOYAGE EN AFRIQUE.
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VOYAGE EN AFRIQUE


I - AFRIQUE NOIRE

Je m’étais déjà imprégné des senteurs africaines.
Très exactement quinze années plus tôt. Quinze années déjà. Je ne vais pas raconter ici ce périple, ce n’est pas le sujet du récit.
Juste un mot, une impression plutôt. Lorsque je suis arrivé là-bas pour la première fois, j’ai eu la profonde certitude d’être chez moi. Un peu comme si je rentrais après un long voyage ou quelque chose comme cela. L’impression d’être à ma place, d’avoir toujours été là.
Vous voyez, ce genre d’impression agréable sur l’instant et dont le souvenir devient vraiment désagréable et dérangeant après.
Après, lorsque vous êtes ailleurs.

Aussi lorsque j’ai quitté l’Afrique noire, il y a quinze ans, je me suis dit : " Si je reviens, je reste. "
J’étais alors suffisamment sincère pour que cela me fasse peur. Et il se trouve que pour moi, la peur est souvent une raison plus que suffisante.
Ainsi en était-il donc.
Enfin, je veux dire qu’il en a était ainsi pendant quinze années au moins.


II - JE SUIS L’AMI DE MARC

J’ai rencontré Marc D’ppaso il y a une poignée d’années. Un déjà vieux Monsieur à la peau marron claire, bien ridée. Il est né en Afrique noire. D’une famille aisée, il a fait ses études en France et puis il est resté. Une vie bien remplie, comme tout le monde, par le travail, la famille, … Rien d’extraordinaire. 
Pourtant, nous nous sommes découverts une passion commune : l’écriture. Nous avons tous les deux l’habitude d’écrire tout et n’importe quoi, sur tout et n’importe quoi (en terme de sujet) et sur tout et n’importe quoi - là, il s ‘agit plutôt du support. -
Bien entendu, avec le privilège de l’âge Marc a un nombre incommensurable de pages noircies d’avance sur moi. Pour être franc, il a non seulement le bénéfice de la quantité mais également celui de la qualité. Et qui plus est, il a publié dans les années soixante un roman qui a fait plutôt un bon score. Je crois que cela s’appelait ‘Du temps de son enfance’ ou quelque chose comme cela. Mais là aussi, c’est une autre histoire.
Depuis que nous nous sommes rencontrés, je passe mon temps à trier les montagnes de pages qu’il a, par le passé, rempli afin d’en extraire ses plus précieux mots. Attention, ne vous méprenez pas, je le fais par plaisir…pas par obligation.
Accessoirement, je tiens à jour son site (cherchez, vous le trouverez) et j’envoie pour lui quelques textes à des sites Web publiant des écrits plus ou moins amateurs.
Il se peut que certains d’entre vous et notamment ceux qui pratiquent le Web me reconnaissent, je suis ‘l’ami de Marc’.
Enfin, c’est le patronyme que j’utilise maintenant : ‘l’ami de Marc’.


III - PRELUDE AU VOYAGE

C’était l’année dernière, nous venions juste de mettre en service le site Web consacré à Marc. J’étais assez satisfait du résultat.
Marc lui jouait les indifférents, c’est assez habituel de sa part. Il sait que cela m’exaspère, mais là je sentais que c’était plus grave que d’habitude. Je lui fis donc gentiment remarquer son manque d’enthousiasme.
Il me répondit :
" Je ne sais pas si cela est une bonne chose ? "
" De quoi ? D’avoir ton site ? "
" Oui, je ne sais pas si ce que j’ai écrit doit être lu "
" A d’autres ! Tout le monde écrit pour être lu. Tiens, moi par exemple, si je pouvais …"
" Je ne sais plus, avant de te connaître, je n’avais nullement l’intention de diffuser mes textes "
" Pourquoi ? "
" Parce que lire ne suffit pas, lire est à la portée d’un enfant. Je n’ose même pas penser à cela. Je veux dire qu’imaginer mes écrits décortiqués lettre par lettre … ‘B-A-B-A BA-BA BABA’, c’est au-dessus de mes forces. Je ne veux pas qu’on lise mes textes. Je veux qu’ils soient compris, assimilés, … Les donner à n’importe qui, cela n’est pas possible. il faut que ces textes soient compris, … "
" Moi, j’ai compris. Et si moi j’y suis arrivé, d’autres également, j’en suis sûr. "
" Cela est improbable, tu ne connais rien à la secrète écriture "
" Secrète écriture ? Qu’est ce que tu vas encore me sortir ? Et puis, c’est quoi ça, l’écriture secrète ? Tiens, à ce propos, j’ai vu que tu faisais souvent référence aux termes ‘Cryptica Scritura’ dans tes textes, c’est de cela qu’il s’agit ? . "
" Oui, il s’agit d’une vieille méthode d’écriture. En fait, cela n’a rien de secret. Cela consiste seulement à énoncer des vérités dans un contexte donné. La lecture de ces mots conduit le lecteur initié à la réalisation d’actes conscients. "
" Ah ! Oui, comme les trucs sub... Sub…"
" Subliminaux ? "
" Oui, voilà. "
"  Non, pas du tout. Je t’ai dit qu’il s’agissait d’actes conscients et celui qui les accomplit est tout aussi conscient. Il a toute confiance en la sagesse de celui qui écrit. En fait, on peut dire, qu’il s’agit de la transcription à l’écrit d’un comportement qui existait dans les civilisations basées sur la culture orale. L’écriture secrète utilise les mots pour ce qu’ils sont : la préparation d’un acte. Bien entendu, l’écriture secrète n’a plus vraiment court depuis fort longtemps et les mots ont perdu leurs pouvoirs et leurs sens originels. Pire, avec le temps, les mots ont été pervertis. "
" Whaao ! Tu m ‘en diras tant ! Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ? Et si ce n’est que cela, dis moi ce que je suis censé lire ? "
" Il n’y avait jusqu'à lors aucune raison de t’en parler. Quant à te dire ce que tu dois comprendre, ce n’est pas mon rôle. La lecture, c’est pour toi. Moi, j’écris c’est tout ! A toi de retrouver ce qui a été oublié "
" Puisque cela a été oublié, j’aurais du mal à le retrouver. Et PAN ! Dans tes dents ! "
" Pourquoi tu t’énerves ? "
Là, il avait raison, cela commençait à me taper sur le système toutes ses histoires. J’étais sûr qu’en fait, il angoissait et qu’il essayait de le faire payer à tout le monde. Il y a des fois où il est comme cela, vraiment charmant !
" Je ne m’énerve pas. Simplement, on passe du temps à essayer de faire connaître ce que tu écris et toi le jour où on aboutit à quelque chose tu commences à douter. Et en plus, tu nous la joues mystère et compagnie. Tu ne crois pas que c’est un peu facile ? "
" Excuse-moi. Tu as raison. "


IV - VOYAGE

Voilà, je suis dans l’avion. Un DC10 ‘direct to’ Dakar.
Je ne comprends toujours pas comment j’ai pu en arriver là.
Finalement, je ne connais pas vraiment Marc.
Je me suis toujours demandé comment quelqu’un qui avait une vie aussi commune que lui pouvait écrire de tels textes. Maintenant, je sais. Il n’est pas si commun que cela. Et puis ne répétait-il pas sans arrêt dans ses textes ‘Gardons-nous secrets’.
‘Gardons-nous secrets’, on peut dire qu’il appliquait cela à la lettre. Et moi, je n’avais rien vu. Il avait tout écrit, j’avais tout lu mais en définitive je n’avais rien appris, rien compris. Sur ce point, Marc avait raison. J’avais appréhendé ses textes comme on lit un roman, une histoire. Ce n’était pas la bonne façon.
Il appelait cela l’écriture secrète.
" Enoncer des vérités dans un contexte donné " avait-il dit.
Pourquoi pas ? Encore faut-il que le lecteur ne soit pas trop stupide, comme moi sur ce coup là.

Toujours est-il que je n’ai rien vu venir.  Comme on dit, il m’a eu jusqu’à l’os.

Enfin bon ! Maintenant, je suis dans l’avion.
Au mieux, je passe une semaine de vacances à Dakar au frais de Marc et au pire, je finis chevalier Jedaï de l’écriture ou un truc dans le genre.


V - DEBARQUEMENT

Je retrouve cette chaleur, cette bouffée d’air chaud. Je reviens.
Mes pieds quittent l’échelle de débarquement pour le sol. Je sens la terre sèche sous le revêtement du tarmac. Je sens la terre sous le revêtement et l’épaisseur des semelles de mes chaussures. Images ?
Il n’a pas dut beaucoup pleuvoir depuis la dernière fois. C’était il y a quinze … C’était hier ! Je reviens chez moi. Il fait nuit mais j’ai chaud.
Je suis les autres, ceux de l’avion. Je les suis vers les lumières de l’aérogare. Il ne semble pas y avoir d’air à respirer. Mes poumons ne cherchent pas, ils savent.
Nous arrivons à l’aérogare. Formalités d’usage :

NOM PRENOM DATE ET LIEU DE NAISSANCE NATIONALITE N° DE PASSEPORT MOTIF DE VOTRE VOYAGE DUREE DE VOTRE SEJOUR LIEU DE RESIDENCE DURANT VOTRE SEJOUR …

Une fois les documents convenus remplis et les réponses attendues données, il faut continuer. Je continue donc.

Il est là devant moi, il porte un écriteau tel un bouclier. Je dis bouclier car il a l’air d’un fier guerrier. Son bouclier porte mes armes finement ciselées à la craie blanche.
Inscription manuscrite ‘L’ami de Marc’. C’est de moi qu’il s’agit.
" Je suis l’ami de Marc ".
Les mots sont lâchés. Le bouclier s’abaisse.
" Bienvenu " sont ses mots.
Je réponds dans ma tête : " Ainsi soit-il ! "


VI - RENCONTRE AVEC LE ‘MARABOUT’

La nuit est passée. Chaude, humide. Peut-il en être autrement ?
Réflexe d’un habitué au confort, je cherche en une douche la fraîcheur qui m’a fait défaut. Pas d’eau. Cela n’a pas changé, il y a toujours des jours sans eau.
Je sors de ma chambre et me dirige vers ce qui semble être la cuisine. Je salue ces dames dans leurs vêtements colorés. Discussion, discussion … En un seul de leurs bruyants rires me voilà privé de déjeuner. En fin de compte, elles ont raison, mon corps peut s’en passer.

Je suis attendu. C’est ce que vient de me dire la moins effarouchée des femmes ou plutôt la moins amusée. Les autres repartent de plus belle dans leur rire. Cela va finir par être vexant.

Qui peut m’attendre ?
Ah ! Oui, le guerrier. C’est l’homme de l’aéroport qui arrive.
" Bien dormi ? " Me dit-il.
" Bien. "
Un reste de politesse. Ma figure doit suffire à retracer la difficile nuit que j’ai passé. Je l’ai déjà dit, chaude et humide.
" Le vieil homme que nous appelons ‘Marabout’ est impatient de vous rencontrer et d’avoir à travers vous contact avec son ami Marc. "
" Bien, on n’y ‘go’. "
" Pardon ? "
" Rien, rien. Allons-y. "
J’oublie souvent que mes habituels mélanges Français-Grand Briton ne sont pas à la portée de tout le monde. Sale habitude !

Il me conduit deux maisons plus loin, dans une grande cour intérieure où l’on entend le bruit de l’eau couler. Une fontaine, sans doute. Cela me fait immédiatement penser à la douche dont j’ai été privé ce matin même. Au bout d’un instant mon guerrier revient et me désigne une porte verte sur l’aile droite de la maison.
Je rentre donc par cette porte. Sans frapper, elle est à demi-ouverte.
Et là, je tombe sur une représentation des plus typique de ce genre de personnage. Il semble âgé mais alerte. Entouré exclusivement d’hommes, il est au centre du cercle que forment les autres. La pièce est grande mais enfumée et de nombreuses odeurs plus ou moins exotiques la garnissent.

" Bienvenue, ami de Marc. "
" Merci. " Que dire d’autre ?
" Pour commencer, veux-tu bien me donner des nouvelles de notre ami Marc ? "
Et nous voici partis à parler de Marc et puis de la France et puis … Et puis … Malgré ses questions, je ne lui dis rien des circonstances qui m’ont amené chez lui. Mon orgueil en prendrait un sale coup. Nous sommes les deux seuls à discuter. Bizarrement, les autres restent là mais ils sont comme figés et ils ne parlent pas. Mes échanges avec le vieil homme durent bien presque deux heures, puis …

" Notre ami Marc m’a entretenu de ton intérêt pour la secrète écriture et son histoire. "
" Euh... Oui ! ". Salaud de Marc.
" Bien, je vais donc t’apprendre ce que tu veux savoir. Mais auparavant, je vais commencer par une histoire qu’il te faut connaître. Je ne doute nullement que cette histoire comble l’enfant que nous avons en chacun de nous mais je te demande de prêter vraiment attention à mes propos, ami de Marc "


VII – PAROLES DE ‘MARABOUT’

" Tout d’abord, je n’ai pas la prétention de te demander de me croire. Simplement, oublie un instant toutes les choses que tu tiens pour acquises. Il suffit que tu saches que les choses sont ce qu’elles sont et non et ce que l’on pense qu’elles sont. "
" Mais tout homme censé être civilisé que je sois, je sais déjà qu’elles ne sont pas ce qu’elles devraient être. "
Un hoquet ? Un rictus ? … Sans doute son rire.
" Excellente réponse, bien … Ecoutes maintenant. "

"  Il y a eu… Il y a… Il y aura trois cohortes. "

" La première cohorte fut celle dite ‘des hommes rouges’. Ce premier règne amena l’harmonie.
Sublime image du simple équilibre entre toutes les choses et réel bonheur. Toute chose est pleinement acquise, aboutie et vécue. Une forme saine du trop doucereux paradis Chrétien en quelque sorte.
Le premier règne est le règne de la culture orale.
Les mots ont leurs magies tout comme les objets et les créatures. Qu’il s’agisse de l’homme ou de tous les autres animaux. Il n’y a aucun trouble, aucune perversion, les mots correspondants n’existent pas."

" Ecoutes encore. "

" La seconde cohorte est celle dite ‘des hommes blancs et des hommes jaunes’. La raison, la cause, l’origine, … de cette cohorte nous est inconnue.
Trop rapidement, ce règne assimile puis supplante le premier règne. C’est le règne des mots graves. Ce sont les mots qui jugent, soupèsent, analysent, dissèquent, rationalisent, mentent, comparent, classent, expliquent, condamnent, comptabilisent, égalisent, combattent, …
Il y a notamment, parmi tous les exemples de mots graves, un début et une fin, un avant et un après, un bien et un mal, une guerre et une paix, … Et tant, tant d’autres choses.
Tous sont des mots de grande perversion, des mots contraires. Et chaque mot finit par avoir son mot contraire à combattre. Ainsi, à force de combats, les mots du premier règne perdirent leur magie et leur force. Celle des objets et des créatures disparues lorsque les mots qui la désignaient disparurent. Petit à petit, et en utilisant de nombreuses ruses, les hommes les plus puissants s’approprièrent les mots restants. Les animaux devinrent ce qu’ils sont. Ce fut le début d’une triste époque pour cette Terre. Nous sommes encore aujourd’hui sous ce règne. "

" Ecoutes encore. "

" La troisième cohorte sera celle dite ‘de l’homme noir’.
Fidèle à l’enseignement de l’homme rouge et programmée de longue date par ce dernier, elle est, en quelque sorte, le dernier recours. En effet, craignant sa disparition, l’homme rouge a eu la sagesse d’implanter dans les plus faibles représentant de notre humanité les germes fragiles du mot révolte. Et c’est là qu’intervient la secrète écriture. Elle est en quelque sorte l’engrais qui transformera ce fragile germe en un vigoureux plant.
Lorsqu’il sera temps, la troisième cohorte fera donc œuvre d’utile destruction avec pour finalité le retour à l’harmonie suprême image du simple équilibre entre toutes les choses et réel bonheur.
Nous ramènerons en cette terre la vie des hommes rouges et la dignité à ceux qui subsistent encore.
Pour cela, il nous faudra détruire les mots pervertis, leur représentation écrite et tous les symboles, force du pouvoir des plus puissants hommes de cette Terre.
Je l’ai déjà dit, ce sera une œuvre de grande destruction car eux nous combattrons également. Mais le temps est à nos cotés et nous veillerons à notre complet succès. Les cultures orales seront restaurées pour notre plus grand bien. "

" Ecoutes encore. "

" Mais avant cela, il nous faut accélérer encore la dégradation, l’infection qui se propage actuellement au sein du second règne. Et pour cela, il nous faut découvrir celui qui pourrait porter la destruction en son domaine.
L’homme - miroir, celui dont la lucidité est force absolue.
Nous l’appelons aussi le semeur de troubles, ‘Celui qui …’.
Nous espérons sa venue prochaine, très prochaine car elle annonce l’éveil du nouveau règne. "

" Ainsi se termine mon histoire. Merci pour ton écoute, ami de Marc. "

D’une petite voix sifflante, je parvins à bredouiller :
" De rien. "

Voilà, ce coup là, c’était bon. J’étais chez les ‘frappadingues’.
Et dire que j’avais promis à Marc de rester au moins une semaine.

UNE SEMAINE ! ! ! … ‘Shit’ !

Encore six jours avant mon départ.
Six jours …


VIII – RETOUR PROGRAMME

Le retour est pénible. Et même douloureux.
Je suis embarrassé du point de vue gastrique. Toujours les mêmes causes : les médicaments, la nourriture, l’eau, … Ajoutés à la pressurisation approximative des avions, tout cela me tord le bas ventre dans une atroce douleur. Je suis épuisé.

Je dors au moment de l’atterrissage. Ma voisine de droite me réveille brusquement. Elle veut sortir. Encore une qui semble pressée. Je me lève. Je reste au milieu du couloir le temps qu’elle puisse passer devant moi.
Je prends ma veste, mon ‘pilot case’ et me dirige vers la sortie.
Je sors de l’avion en trébuchant. J’entends l’hôtesse pouffer derrière moi.
Je suis les autres, ceux de l’avion. De loin parce qu’ils vont trop vite pour moi.
L’air est le même. Dans l’avion ou hors de l’avion, l’air ne change pas. De l’avion à la passerelle de débarquement, puis de la passerelle de débarquement à l’aérogare. L’air est encore le même. Vicié, il est difficile à respirer. Mes poumons n’en veulent pas … Mes poumons ne font qu’expirer. C’est une impression mais il me semble qu’ils refusent d’inspirer cet air.
Nous arrivons au poste de douanes. Formalités d’usage.

OK, OK, OK, …

Il faut continuer. Je continue donc.

Je sors rapidement du hall de l’aéroport de Marignane.
C’est un jour gris, nuageux.
Ma tête me fait mal. Je sens tous mes membres en flottement, et puis les gens, les choses défilent en accéléré autour de moi. Tout va trop vite.

J’ai encore du chemin à parcourir avant de rentrer à mon domicile. Je dois encore prendre le car, le train et puis la voiture. Cela fait beaucoup dans mon état. Je ne suis pas très frais. Pas rasé et mes vêtements dégagent une forte odeur de transpiration.
Je n’ai pas envie d’aller plus loin.

Je m’assois avec tous mes bagages par terre devant l’aéroport.
Je sors mon carnet de mon ‘pilot case’ et un stylo de ma veste. Après quelques instants de réflexion, je commence à noter des noms, des lieux, des symboles, …
Tout ce qu’il faut détruire … tout ce que je dois détruire...
Tout cela sans ordre particulier, sans haines particulières.

Après, seulement après, je pourrais retourner voir mon ami Marc.
" Enoncer des vérités dans un contexte donné " avait-il dit.
Je sais que maintenant je peux le faire. Maintenant je comprends.

Je comprends que je suis devenu ce que j’ai toujours été.
Je suis le semeur de trouble, l’éternel terroriste, celui qui va mener tout cela à son terme. Je suis l’ami de Marc, ‘Celui qui ……’.


Il était temps, nous avions presque oublié.


- The end -

 
 
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