| J'ai fait un rêve c'était l'aube j'étais en retard le père Ménard allait m'attendre pour l'inventaire je bosse dans une petite librairie sur la place à peine tombé du lit j'ai enfourché mon vélo sans faire gaffe que j'étais encore tout nu j'ai dévalé la colline à poil le soleil se levait il caressait déjà un peu les vignes lorsque j'ai débouché sur la place à fond de ballon je n'avais pas honte j'ignorais ma nudité personne ne faisait attention à moi je me suis mêlé à la foule autour de la boutique le malaise était grand cette nuit il y avait eu un étrange cambriolage on avait volé les murs mais laissé le contenu de la librairie intact on murmurait ici ou là "c'est pas au bijoutier qu'ça arriverait" je m'approchai du monument aux livres exposés au grand jour vu ainsi de l'extérieur ils se rejoignaient tous les tranches n'étant pas apparentes plus de titres ni d'auteurs en vue les reliures à l'envers n'étaient que des pages plus épaisses que les autres elles reliaient un livre unique "craignez l'homme d'un seul livre!" dit-on mais des gens s'inséraient déjà entre les pages la librairie n'était pas ouverte elle était poreuse j'entendais à l'intérieur la voix tranquille du père Ménard "il est en retard le jour de l'inventaire" vu qu'il habite dans son magasin et ne sort pratiquement jamais le pauvre ne devait pas encore être au courant comme il faisait assez frais et que j'étais nu je me suis glissé à mon tour entre les pages et comme je savais les livres bien rangés je pouvais me draper dans cette phrase de Borges "Ma solitude se console à cet élégant espoir" ::: l'auteur? Pierre... caillaud.pierre@wanadoo.fr |