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Vingt-deux heures trente. Annie regardait ébahie le verre en cristal de bohème qu’elle tenait à la main : Que faire de celui-ci et de son contenu ? Tout était prêt en cette soirée de Noël : Les guirlandes clignotaient correctement sur le faux sapin neigeux garanti cinq ans, le vert et rouge se heurtaient comme il se devait autour de la table dressée avec soin. Selon l’usage, la bûche crépitait dans l’âtre aux risques de perturber l’arrivée du Père Noël, et l’oie farcie commençait à embaumer. Lolo s’était occupé du vin, il avait remonté de la cave sa dernière bouteille de Château Martin 47, vin mythique s’il en fut, débouché la précieuse bouteille, humé le bouchon, estimé le dépôt et l’avait soigneusement mis à décanter dans la carafe ronde au col étroit. Le réveillon s’annonçait, comme à l’accoutumée : Feutré, succulent, un brin ennuyeux… Lolo s’était donc installé dans son fauteuil club au salon en attendant le retour de Tante Ursule et de Mamie, que l’Oncle Joseph avait accompagnées à l’office de minuit. - Annie ! ? Avait-il appelé d’une voix joyeuse, tu sais quoi ? - Non ! Une bouteille… Ça ne fait pas beaucoup ! Comme d’habitude, tu n'osera pas en prendre beaucoup, quant à moi, une fois les quelques gouttes du début, qui me sont dévolues en qualité de Maître de maison, je crains bien de ne pas en voir la couleur ensuite… Tu connais Tante Ursule ! Gourmande ! Mais tu lui donnerais du 12° elle n’y verrait que du feu ! Mamie, n’en parlons pas ! Et pour l’Oncle Joseph… Pigé ! Rigola Annie, On va se la boire tous les deux non ? Je veux ! Apporte-m’en un verre pour commencer s’il te plaît, Amour de ma Vie ! Annie s’exécuta en gloussant, et arriva sourire aux lèvres auprès de son compagnon. Mais Lolo était mort ! Vingt-deux heures quarante-cinq. Lolo, toujours installé dans son fauteuil club offrait une expression bienheureuse. Il semblait bien… Mais que c’est donc ennuyeux ! Que c’est donc ennuyeux répétait Annie ! La brusque défection de Lolo la mettait dans un grand embarras… Que faire ? Lolo était décédé, bien… Mais il était parti sans prendre le temps de réaliser sa toute dernière volonté, et là problème… Si Lolo avait été en état, il est évident qu’elle lui aurait demandé conseil à propos de ce vin ! D’ailleurs, ils l’auraient bu sans façon… Mais LA ! Que faire du Château Martin 47 ? Elle s’assit sur le bord du fauteuil, le verre toujours à la main, y trempa son doigt et déposa les quelques gouttes recueillies avec soins sur les lèvres entrouvertes de Lolo béat, mais inconscient. - Lolo ? Demanda-t-elle dans un murmure, je fais quoi du reste ? Lolo s’en battait l’œil… Il avait probablement d’autres choses à faire ; Pour lui, le bon vin n’était plus d’actualité. Bon… Alors… A ta santé mon Lolo, et Joyeux Noël ! La phrase résonna étrangement dans le salon… Annie avala le verre d’un trait. La chaleur vint battre ses jolies joues pleines et elle ne put retenir un " Hummmm ! " Elle fit ensuite passer le liquide dans la joue droite, puis la joue gauche, envoya de l’air par le nez pour découvrir les derniers parfums, le roula dans le gosier et lâcha " Ben gouleyant Dam’Oui ! " Après un dernier claquement de langue. A nouveau, la bizarrerie de la situation la fit frissonner… Vingt-trois heures. Annie se sentit terriblement seul tout à coup… Lolo s’était tu, et le feu s’amenuisant, elle dût aller chercher une bûche de pin dans le grand panier d’osier : Plus de chêne ! Le stère avait été brûlé dès la Toussaint. La nuit serait longue et mieux valait entretenir ce feu, fut-ce avec un bois aussi indiscipliné que celui-là. Elle installa la bûche sur les braises, entre les chandeliers, et souffla sur le feu à l’aide d’un long bâton creux rapporté d’Afrique par l’Oncle Joseph, système tout simple mais plus efficace que tous les soufflets traditionnels. Elle tenait toujours le verre en main, ce qui rendait les opérations plus délicates, mais bientôt un feu d’artifice s’anima dans l’âtre, lançant des petits bouts d’écorce encore rougeoyants sur le parquet ciré. La lueur des flammes faisait revivre le visage de Lolo. La colère l’envahit : Elle avait mis tous ces chichis, guirlandes, lampes clignotantes et autres boules multicolores pour faire plaisir à Lolo, et voilà… C’était elle qui devrait remettre tout ceci au grenier après la fête, Annie préférait les maisons peu meublées et une décoration minimalisée… Mais son compagnon était très attaché aux traditions, à la famille, à tout ce qu’elle n’avait jamais vraiment connu. Elle but son verre à petites gorgées en inspectant son salon qui lui semblait tellement étranger… Le verre vide, elle le jeta de dépit dans l’âtre et alla chercher la carafe… " Pauvre type ! " lança-t-elle pleine d’amertume à l’adresse du défunt… Vingt-trois heures quinze. Annie sentait sa tête devenir lourde, sans doute n’aurait-elle pas dû terminer la carafe… De plus, elle aimait à se coucher de bonne heure, mais il lui fallait attendre le retour des autres… Elle s’assit prés de Lolo la tête sur le bras du fauteuil club pour regarder les flammes danser : Elle y revit toutes ses années depuis qu’un couple de braves gens étaient venue la chercher dans un orphelinat au Viêtnam. Elle avait deux ans. Quand sa mère avait disparu juste après sa naissance et personne ne connaissait son père. En arrivant en France, elle savait déjà qu’elle quittait son enfance, et il lui fallut pas mal de temps, malgré son jeune âge, pour s’habituer à la vie d’ici. Tout était si différent… Chaque jour, elle prenait un peu plus conscience de l’étrangeté d’être l’enfant de parents blonds… Elle aurait voulu avoir au moins une photo, quelque chose de sa vraie mère, mais rien… Cette absence de vraies racines lui occasionnait des crises d’eczéma fréquentes qui lui gâchèrent son adolescence. Son "père " mourut assez rapidement, et sa "mère " partit d’un cancer quelques jours après sa majorité. Elle était donc seule au monde lorsqu’elle rencontra Lolo. Elle avait entamé des études de sociologie, dans l’espoir de retourner un jour au Viêtnam et de pouvoir, sinon faire des recherches sur ses origines, au moins essayer de participer à des projets de développements pour ce pays qui gardait la première place dans son cœur. Lolo était beau parleur, assez séduisant, et avait hérité à la mort de son père d’un gentil pactole qu’il avait su faire fructifier et son métier de courtier international lui laissait assez d’argent pour que le couple vivent très à l’aise. Mais Annie se souvenait des débuts avec Lolo… De Mamie qui lui avait sorti tout de go "ma petite, avec des hanches aussi étroites… Vous pourrez difficilement avoir des enfants !" Elle en avait été blessée, mais Lolo avait su la consoler. Elle se souvenait aussi des jours qui avaient précédé leur mariage : Mamie avait été formelle : Il fallait un contrat "pour préserver les intérêts de chacun " car la profession de Lolo pouvait être dangereuse ou péricliter, avait-elle dit pour se rattraper. N’empêche… Le régime de la séparation de bien faisait de Lolo le seul détenteur des revenus du ménage… Annie commençait à éprouver une envie de dormir, elle ne résista pas et se tassa sur elle-même… Vingt-trois heures vingt Mamie, Tante Ursule et l’Oncle Joseph, les pieds gelés mais le cœur en liesse chantaient à pleine voix dans la petite église du quartier. Chacun pensait que cette année encore, la messe avait été un franc succès, et puis c’était une bonne chose d’en avoir avancé l’heure : Ca permettait de ne pas se mettre à table trop tard. L’idée du réveillon leur donnait encore plus de ferveur dans leurs prières ils étaient déjà en pensée dans la maison chaude en train d’ouvrir leurs petits paquets multicolores en s’exclamant avant de passer à table. Il fallait bien reconnaître qu’Annie était un fin cordon bleu. Etonnant… Mais bien agréable… Mamie se pencha ver sa sœur Ursule pour lui confier quelque secret et Joseph toussa pour montrer sa réprobation. Il y avait quelques enfants dans l’assistance, et il convenait de leur montrer le bon exemple ! Déjà, c’était un peu fort que Lolo et Annie se soient abstenus de venir ! Annie, soit ! Il fallait bien quelqu’un pour surveiller l’oie, Mais Lolo aurait pu faire un effort… Ce garçon n’en faisait qu’à sa tête ! Très loin, de l’autre coté de l’océan un jeune homme profitait de la relative fraîcheur de la nuit pour effectuer sa comptabilité. C’était assez préoccupant : Les affaires périclitaient, et il n’avait pu livrer en temps certains de ses clients qui avaient pourtant payé leur commande… Au Gwanada, les crocodiles ne sont pas que dans les marigots, et déjà des hommes en treillis étaient venus lui dire que leur patron s’impatientait… Hugo posa la main sur son portable… Se ravisa… Son père ne serait certainement pas chez lui un soir de Noël et l’avait déjà prévenu : " Pas avant quelques semaines "… Il laissa tomber son stylo et sortit respirer un peu. On entendait au loin les cris des hyènes à la recherche de leur repas… Vingt-trois heures quarante-cinq. Monsieur Piche regardait la télé sur son 16/9ème, cadeau anticipé qu’il avait offert à Madame Piche avec quelques heures d’avance. Depuis un certain temps une odeur de rôti lui chatouillait les moustaches, agréablement d’abord, puis de façon plus âcre. Il demanda à son épouse si elle n’avait pas quelque chose au four. Non ! Madame Piche n’attendait personne : Les enfants viendraient demain pour le déjeuner traditionnel, car les petits étaient encore trop jeunes pour veiller. Elle alla vérifier néanmoins et éteignit le sapin en passant. L’odeur ne venait pas de la cuisine. Monsieur Piche fit le tour du pavillon en inspectant les prises et les interrupteurs et même jeta un œil derrière l’écran tout neuf. L’odeur s’amplifiait mais ne venait pas de l’intérieur. Il sortit pour vérifier le garage et l’atelier et aperçut dans le faisceau de sa torche électrique une sorte de brume venant de la maison d’Annie. Les fenêtres du salon étaient allumées ainsi que celles de la cuisine où il ne semblait y avoir personne, d’ailleurs, les vitres étaient étrangement bleuies, c’était bizarre ! Annie si soigneuse, aurait-elle oublié quelque chose sur le feu ? Il sortit par le portillon du jardin et sonna juste à côté… Il renouvela sa demande avec insistance sans qu’aucun des deux habitants ne vienne ouvrir. Il se décida à franchir la petite grille et se dirigea, inquiet, vers la porte d’entrée… Il frappa, appela, sans succès et finit par entrer, la porte n’était pas fermée à clé. La fumée lui brûlait les yeux et il se mit à tousser : "Lolo ?" "Annie ?" Il pénétra dans la cuisine en respirant difficilement et alla ouvrir la fenêtre. Annie et Lolo avaient dû se rendre à la messe de minuit en oubliant d’éteindre le four, ce qu’il fit pour y découvrir une petite chose nauséabonde et ressemblant à du mâchefer. Il hésita, puis décida de laisser un mot dans la salle à manger pour expliquer son intrusion dans la maison et les fenêtres ouvertes en grand. En pénétrant dans la grande pièce à vivre, il entrevit, endormis, Lolo et Annie, c’était étrange qu’ils ne se soient pas réveillé avec cette odeur… Les sourcils froncés, il se dirigea vers le couple dont l’immobilité l’inquiétait : "Annie ?" "Annie ?" "Lolo ?" Mais aucun des deux ne bougea "Seigneur !" Il lâcha sa torche et se précipita chez lui pour appeler les pompiers. Minuit dix. A l’église, Tante Ursule, Oncle Joseph et Mamie se donnent le baiser de paix, chacun se souhaite un "joyeux Noël" et se tourne vers ses voisins en souriant. L’harmonium se prend pour les grandes orgues La Toccata en Ré sonne sous l’humble voûte. Entre les travées de bancs et de prie-Dieu les enfants se pressent pour aller contempler la crèche où une petite statuette représentant un ange remercie d’un hochement de tête à chaque sou déposé. On se presse vers l’arche de la grand’ porte, on s’émerveille à la sortie d’une petite neige talquée tombant juste à point. Tante Ursule relève son col d’Isatis et cherche son époux des yeux, il arrive, s’effaçant devant Mamie et lui tenant le coude pour qu’elle ne glisse pas. " Brr !" Ils se dirigent prudemment vers la voiture garée à proximité. Oncle Joseph a remis son chapeau et souffle dans ses doigts : il a oublié ses gants. Ils s’installent Mamie est à l’arrière et commente d’une voix pleine de gaieté les chants et la cérémonie : Tout ceci lui rappelle son enfance, celle de Lolo, les temps heureux passés trop vite… Sur le mince tapis de neige, ils roulent tranquillement vers la maison, l’oie, les guirlandes, vers les "enfants" aussi bien sûr ! Et vers les petits cadeaux inutiles échangés avec tendresse. Ils notent un bruit d’ambulance pas très loin, et échangent quelques paroles de sympathie pour ceux qui passeront probablement cette nuit à l’hôpital. Joseph a mis son clignotant, la voiture s’approche de la maison. Mais ! Que se passe-t-il ? Il semble bien que les pompiers soient précisément devant le portail… La police ! Et Monsieur Piche est là aussi, l’air soucieux… La voiture est stoppée en urgence, n’importe comment et déjà, Mamie se précipite, mais l’une des ambulances passe devant elle en trombe, et un cordon gardé par des policiers l’empêche d’aller plus avant. " Laissez nous passer ! Demande t-elle à l’un des hommes en tenue, qu’est-il arrivé ? Je suis la mère du propriétaire ! Laissez-moi entrer !" Elle crie, elle pleure, et l’un des pompiers la prend aussi gentiment que fermement par le bras pour la détourner de la maison : " Vous ne pouvez pas entrer, Madame ! Je vous en prie !" Monsieur Piche entraîne tout le monde vers son pavillon, un policier l’accompagne. Mamie hurle… Ursule crie… Joseph proteste… Mais rien à faire… En larmes, Mamie et ses compagnons arrivent chez les Piche, on dirait que Mamie va s’évanouir… On la fait asseoir… Ursule demande des explications… Madame Piche en robe de chambre raconte : La fumée, les corps inertes… Le pompier annonce la mauvaise nouvelle : Lolo est mort, Mamie respire mal ! Elle est maintenant muette, ses yeux posent mille questions… "Annie ?" Demande Joseph "Elle va s’en tirer, je pense…" "Mais, enfin ! Que s’est-il passé exactement ? " Insiste Ursule d’une voix blanche. Madame Piche a pu aller quelque temps auparavant dans la maison accompagnée d’un gendarme, elle a rapporté quelques vêtements, des affaires de toilette… Dehors, La police fait circuler les curieux. Mamie demande à aller voir son fils, mais on le lui interdit : Il faut d’abord faire une autopsie. Quant à Annie elle est encore trop faible : Il faut attendre demain. Joseph est prostré. Il voudrait téléphoner, n’ose pas demander. Et puis, ces femmes en pleurs, c’est terrible…. Au loin, très loin, Hugo est en face de deux géants de mauvaise humeur… Ils réclament, menacent. Dix heures du matin. Madame Piche s’affaire dans la cuisine : Les enfants ne vont pas tarder et la nuit fut très courte. Tante Ursule fait son possible pour se rendre utile, avec un pincement au cœur : Certainement, on a dû essayer de la joindre à la maison cette nuit… Ses soupirs répondent à ceux de Madame Piche, les deux dames ne parlent plus. Pensives, elles revoient chacune à leur façon le mauvais film de la veille. Monsieur Piche a pris des nouvelles d’Annie : Elle a repris conscience, mais les visites sont déconseillées pour le moment. Il met la dernière main à la décoration de la table. Mamie somnole, assommée par un sédatif… La pauvre femme ne peut croire à la mort de son fils. Pour elle, Lolo est encore dans la maison. Oncle Joseph tourne en rond… Lui aussi a des préoccupations de téléphone. Il n’ose appeler de chez les Piche déjà si hospitaliers. Il enfile son manteau et décide de tenter d’entrer dans la maison "je sors quelques minutes " lance -t-il à l’adresse des cuisinières. Le froid vif le saisit anormalement, il se sent glacé de l’intérieur, il frissonne, s’étonnant de cette réaction. Il se dirige vers la maison d’un pas pesant dans la neige, retrouve les allées gelées, il est maintenant devant la porte d’entrée, mais des scellés sont posés ! Faire le tour par la porte de service ne prend que quelques instants, mais là aussi, déception. Toujours les scellés… Il recommence sa ronde, regardant les fenêtres projetant de parvenir à accéder à l’intérieur…. "Monsieur !" Oncle Joseph sursaute : c’est à lui qu’on s’adresse ? Deux hommes s’approchent de lui tranquillement, l’un d'eux lui montre une carte de police… "Voudriez-vous nous suivre ?" Joseph ne sait quoi répondre, il panique, pourquoi ? Il n’y a pas de quoi paniquer ! Il faut qu’il garde son sang froid…. "Comment ça ?" "Nous voudrions vous poser quelques petites questions au sujet des événements de cette nuit, si vous le voulez bien, Nous serons mieux au commissariat pour prendre votre témoignage." "Mais ma femme va s’inquiéter ! Il faut que je la prévienne !" "Votre femme est prévenue, nous l’avons vu il y a juste quelques minutes et elle sera convoquée plus tard." "Bien sur… Bien sur…" bégaie Oncle Joseph… Il s’apprête à monter dans la petite voiture bleue, stationnée devant le portail. Au loin, très loin, Un petit torrent rouge a séché sur le béton du sol de la Société " Les Bois du Gwanada " Le sang abondamment perdu à cause de l’ultime coup de machette a eut raison d’Hugo Le téléphone tinte…. Puis s’arrête…. Dix heures trente. Oncle Joseph descend de la voiture entre les deux gendarmes, ses jambes sont aussi solides que du coton… Comme un automate, il s’assied sur la chaise en bois que l’inspecteur en jeans lui désigne. Regardant sans les voir les murs " vert d’eau " éraflés, il se sent perdu dans un monde qu’il avait oublié depuis très longtemps. Il est pâle, l’inspecteur demande qu’on apporte un quelque chose à boire et un sandwich : Il n’a rien mangé depuis la veille. La face cachée dans ses mains tremblant légèrement, il murmure - " Je voudrais bien téléphoner s’il vous plaît !" - " A qui donc ? " Demande l’inspecteur - " A mon fils… " La voix est presque inaudible." - " Mais pourquoi ne pas l’avoir fait de chez les Piche ?" - " J’avais peur de déranger… C’était tellement gênant déjà d’être là !" - " Où se trouve votre fils ? Comment s’appelle t-il ?" Il est au Gwanada, c’est Hugo " L’inspecteur hésite… Les crédits alloués à la police ne sont pas énormes, et le Gwanada c’est pas la porte à coté… Mais nous sommes le 25 décembre… Le vieil homme a l’air au bord du malaise… - " Bon ! Allez-y, mais pas trop longtemps !" - " Merci ! Vraiment ! Oncle Joseph soupire de soulagement… Enfin parler à Hugo ! Il compose l’indicatif, le numéro, ça sonne… Ça sonne… longtemps et en vain. Oncle Joseph semble respirer avec difficulté, un gendarme lui reprend l’appareil et le repose : " On recommencera plus tard… Il est peut être sorti… " Pensif, il regarde le vieil homme sans couleur… Cette fois, c’est le téléphone qui sonne de lui-même, l’inspecteur décroche : - " Ha ! Bon… Bien… Attendez, je vous prends dans l’autre bureau. " L’inspecteur ne s’absente que quelques minutes. - " J’ai une mauvaise nouvelle pour vous, j’avais fait rechercher les membres de votre famille, et je n’ai trouvé personne d’autre que votre fils Hugo… Celui-ci, qui est effectivement au Gwanada, a été retrouvé roué de coups et mortellement blessé dans le bureau d’une société de Bois africain… " - " NON ! Joseph s’est levé brusquement, pas possible ! Ce n’est pas possible ! Hugo ne peut pas être mort !" - " Que faisait votre fils au Gwanada ? " Demande l’inspecteur impitoyable. - " Mon Dieu… Il s’occupe… Enfin, il s’occupait d’une petite société d’exportation de bois… " - " Comment avait-il atterri au Gwanada ? Je crois savoir que vous avez vous-même séjourné un certain temps dans ce pays ?" - " Oui… C’est exact, j’avais 25 ans, un brevet de pilote en poche et j’ai été mercenaire quelque temps au moment des "événements " Là-bas… Puis, comme la région me plaisait, je me suis associé à mon futur beau-frère, le père de Lolo, pour y fonder cette société… " - " comment marchait cette société ? " Oncle Joseph avait le sentiment que cet homme savait tout de son passé, prétendre autre chose que la vérité aurait été vain. - " A vrai dire, commença Oncle Joseph d’une voix monocorde, elle connaissait quelques difficultés… " - " Quel genre de difficultés, depuis quand ?" - " Des difficultés de trésorerie : Mon neveu avait demandé le remboursement de sa mise à la mort de son père. Il avait refusé cette partie de la succession… Depuis, mon fils Hugo et moi-même faisions ce que nous pouvions " - " Vous lui faisiez parvenir de l’argent. Vous aviez des biens propres ?" - " Non… Juste une petite retraite de militaire… Mais ma femme avait des biens personnels. " - " Vous-vous occupiez de gérer les fonds de votre épouse ?" - " Oui… Elle me faisait entièrement confiance, c’est une femme qui ne connaît rien à l’argent… " - " Est-ce que votre femme était au courant de ces versements qui ont mis son compte à plat ?" - " Non ! Mais c’était son fils ! elle aurait été d’accord… - " Monsieur, Je vais vous garder en garde à vue, vous pourrez voir un avocat demain." - " Mais ! Ma Femme ! Qui va lui annoncer la mort d’Hugo ? C’est son seul enfant !" - " Nous allons nous en occuper " - " S’il vous plaît, allez-y doucement ! C’est une femme âgée… Elle a déjà tant souffert !" - " Suivez-moi ! " Oncle Joseph se faisait un sang d’encre pour Tante Ursule… De plus, son passé aventureux ne jouait pas en sa faveur… Il regagna la cellule, brisé, inquiet, ne comprenant pas tout ce qui s’était déroulé en quelques heures… La mort d’Hugo l’avait anéanti. Midi trente. On sonne à la porte. Monsieur Piche se lève en rouspétant, lançant sa serviette sur sa chaise dans un geste d’impatience. Il aurait aimé passer cette journée tranquille… Par le " juda ", il reconnaît les uniformes des policiers. Mais que veulent-ils à la fin ? Il se décide à ouvrir, l’air agacé. - " Bonjour ! " Vous n’arrêtez donc jamais ?" - " Nous sommes de garde, et croyez-nous, nous préférerions de beaucoup être en famille nous aussi !" - " Bon, entrez, puisqu’il le faut !" - " Nous désirons parler à la Madame Ursule." - " Ici, ?" - " Ce serait plus facile pour elle, nous avons des nouvelles graves à lui annoncer… " - " Et Joseph ? Il ne revient pas ?" - " Pas encore, il nous manque encore quelques petits détails ". Visiblement, les policiers n’étaient pas très en verve… Ursula, arriva d’un pas pressé : Elle était terriblement inquiète pour Oncle Joseph ! - " Bonjour Messieurs, mon mari est avec vous je pense ?" - " Non, Madame, nous avons quelques petites questions à vous poser, si vous le voulez bien." - " Allons dans l’atelier de Monsieur Piche, il n’y fait pas très chaud, mais nous y serons tranquilles. Voulez-vous un café ?" - " Non, merci, nous venons d’en prendre juste avant de venir vous voir " - " Bien, allons-y ! Quand allez-vous me rendre mon mari ?" - " Pas avant demain matin… " - " Puis-je au moins aller le voir ?" - " Pas pour le moment." - " Mais enfin ! Vous n’allez quand même pas me dire que vous soupçonnez un homme comme Joseph de la disparition naturelle de son neveu !" - " Naturelle ? Vous êtes bien sûre de vous ! Nous attendons encore les résultats du labo !" - " Voyons ! Messieurs, soyons logiques, nous avons tous que Lolo avait dû subir, il y a quelque temps un double pontage ! Il ne faisait pas très attention à sa santé ! Il est donc tout à fait naturel, qu’il ait pu refaire un accident cardiaque !" - " Madame, Ne mélangeons pas tout… Avez-vous eu récemment des nouvelles de votre fils Hugo ?" - " Non ! Je suppose qu’il a dû essayer de nous joindre hier soir … " - " Nous avons essayé de le joindre ce matin, le téléphone ne répondait pas." - " Comment ça ?" Tante Ursule semblait tombée des nues, "mais le réseau était peut être saturé ! Il faut réessayer !" - " Madame, nous avons eu des nouvelles de votre fils Hugo, il est malheureusement décédé dans d’étranges circonstances… " Ursule porta les mains à sa bouche pour étouffer un cri, elle s’affala brusquement sur un tabouret, muette, choquée… - " Il semble qu’il ait été victime d’un règlement de comptes. Etiez-vous au courant de ses affaires ?" Tante Ursule hésita un moment, puis secoua doucement la tête, incapable de parler. Elle se mit à pleurer à gros sanglots, baragouinant des sons inintelligibles… On ne pouvait plus rien tirer d’elle pour le moment. Les policiers la soutinrent pour retrouver les Piche à qui ils donnèrent de brèves explications. Et quittèrent la maison. Mamie, assise à la droite de Monsieur Piche, se régalait en complimentant la cuisinière, elle ne semblait pas du tout réaliser ce qui se passait, et disait régulièrement " Lolo ne devrait plus tarder maintenant. " Treize heures. Oncle Joseph est à nouveau dans le bureau du commissaire. - " Monsieur, est-ce que votre nièce Annie buvait ? " - " Comment ? ! " - " Nous avons constaté que votre nièce a fait un coma éthylique, était-elle habituée à ce genre de chose ?" - " Annie ? Pas possible ! Elle buvait que très rarement ! C’est invraisemblable cette histoire… " - " Vous étiez, bien entendu, au courant de l’état de santé de votre neveu ?" - " Oui ! Il avait subit un pontage il y a deux ans, il n’était pas toujours très raisonnable, mais son dernier contrôle médical était excellent. " - " Votre neveu avait-il de l’argent ?" - " Oui ! Je crois vous l’avoir déjà dit d’ailleurs !" Le silence se fit pesant dans le bureau du commissaire… - " Mais voyons, Commissaire ! Que cherchez-vous ?" Oncle Joseph se sentait de plus en plus mal à l’aise. Outre le chagrin d’avoir perdu son fils unique et son seul neveu en une seule nuit, il y avait, dans les questions qu’il subissait, quelque chose d’imperceptible qu’il ne comprenait pas… - " Commissaire ! Je vous en prie ! Que cherchez-vous à prouver ?" - " Je cherche à comprendre Monsieur, et c’est bien difficile… Nous avons reçu des nouvelles, encore partielles, du labo…" - " Et ?" - " Il semble que votre neveu ait été empoisonné " - " Ce n’est pas possible… " murmura le vieil homme… - " Un poison rare, peu utilisé chez nous, une sorte de dérivé d’une plante africaine… Qui provoque des crises cardiaques sur les sujets fragiles " - " Commissaire ! Vous ne pouvez soupçonner Hugo ! Il n’est même pas en France actuellement !" - " Je sais bien… Je me fie aux faits : Il était en grande difficulté financière, vous l’aidiez jusqu’à présent mais vous arriviez au bout de vos possibilités. D’autre part… Ce poison vient d’Afrique… Vous avez séjourné en Afrique… " Oncle Joseph restait ahuri… Il ne trouvait rien à répondre : Il comprenait que Hugo s’était mis dans une mauvaise situation en s’occupant, enfin, rien n’était encore prouvé, de trafic d’armes…Mais comment aurait-il pu s’en prendre à son cousin ? D’autant qu’il avait bien dit à Hugo qu’il trouverait de l’argent sous peu : Il pensait revendre sous le manteau quelques ivoires sachant bien que c’était formellement interdit en France, et attendait la fin de la trêve des confiseurs pour se rendre en Suisse négocier les trophées : Il connaissait un collectionneur qui était intéressé… Mais, ça, il ne pouvait le dire à l’inspecteur. Il sentait que son cas devenait de plus en plus délicat, et décida de ne plus rien dire avant la visite de l’avocat promis… Annie avait maintenant repris tous ses esprits, les gendarmes avaient pu prendre sa déposition : Elle avait expliqué qu’elle avait bu la carafe de vin toute seule, qu’elle ne comprenait pas sa réaction… Il n’était pas dans ses habitudes de boire… La mort de Lolo l’avait bouleversée… On ne lui dit rien de ce qui était arrivé à Hugo, elle réclamait de voir Tante Ursule, Oncle Joseph, et même Mamie… On lui demanda de patienter encore un peu, prétextant son état de faiblesse… Annie pleurait… Lolo était tout ce qu’elle avait… Tante Ursule, avait retrouvé la parole, un peu trop peut-être… Elle annonça en larmes le décès de son fils unique. Les Piche étaient navrés… Navrés pour leurs voisins, navrés de cette fête de Noël complètement fichue. Ils étaient las… Tante Ursule lançait de vraies diatribes contre la police qui lui avait gardé son Joseph… C’est le moment que les gendarmes choisirent, pour venir la chercher… Treize heures Trente. Assise dans un inconfortable fauteuil en skaï marron, Annie se répétait pour elle-même l’incompréhensible conclusion de la maréchaussée. Empoisonné ! Lolo ? C’était absurde ! Il n’avait rien consommé, à sa connaissance, qu’elle n’ait elle-même goûté ! Quelque chose clochait dans tout cela… Elle avait beau essayer d’imaginer le criminel parmi les proches, Tante Ursule, L’oncle Joseph, Mamie… Elle ne pouvait porter aucun soupçon sur l’un d’entre eux… Cela l’inquiéta : N’allait-elle pas être mise, elle aussi, en cause ? Elle sonna pour qu’on l’aide à regagner le lit, elle se sentait épuisée. Elle aurait voulu dormir… Mourir aussi. Treize heures quarante-cinq. Tante Ursule finit d’enfiler son manteau et alla vers Mamie pour l’embrasser : Mais Mamie n’était plus dans le même monde : Elle tapota la joue de sa sœur en lui disant " A très bientôt Ma chérie ! Et soyez bien exacts pour venir nous prendre, Lolo et moi à l’aéroport lorsque nous arriverons au Gwanada !" Tante Ursule salua et remercia les Piche pour leur hospitalité et leur gentillesse : Elle glissa dans l’oreille de Madame Piche de faire venir dés que possible un médecin pour Mamie ; Celle-ci acquiesça. - " Veuillez prendre place s’il vous plaît Madame" dit l’un des officiers de police en ouvrant la portière arrière de la voiture. Le trajet fut bref, et Tante Ursule se retrouva rapidement devant la porte de l’Hôtel de Police, elle chancela discrètement… Dans un bureau prés de l’entrée où Joseph était en bonne garde, il entendit un certain brouhaha qui lui fit penser que c’était son avocat qui arrivait, mais il reconnut vite le pas de son épouse… Les pas passèrent, ne s’arrêtèrent pas devant la porte close du bureau… Ils continuèrent plus loin, vers le bout du couloir. Oncle Joseph, était inquiet ! Que faisait son épouse, si distinguée, ici ? Et surtout, comment ne l’avait-on pas amenée prés de lui ? L’homme en charge de sa garde ne lui refusa pas un café. Quatorze heures. Ursula de défit lentement de son manteau, elle en caressa la fourrure comme à regret puis demanda un grand verre d’eau, elle écouta très attentivement le résumé lu par le commissaire. Silencieuse, sourcils froncés, elle conclut très vite que les soupçons pesaient sur son époux. Elle prit un temps avant de demander à faire une déposition immédiatement, précisant qu’elle apprécierait qu’on veuille bien ne pas l’interrompre. - " Voilà, Messieurs, Je suis comme vous le savez tous, l’épouse de Joseph, que vous détenez encore par erreur ici." On frappa à la porte : Maître Samar, Avocat une fois introduit dans la pièce, s’excusa de son retard et pria Tante Ursule de bien vouloir avoir une conversation en tête-à-tête avec lui. Celle-ci refusa net et reprit : - " Maître, je viens d’apprendre que mon fils unique est mort dans d’horribles souffrances, que mon mari est soupçonné d’empoisonnement, ma sœur, très affectée elle-même par le décès de son propre fils est en train de perdre la tête, j’aimerais qu’on ait un peu de considération pour les déclarations que je fais de mon plein gré, et en toute possession de mes moyens, Merci. !" - " J’avais vingt-sept ans lorsque je me suis rendue auprès de ma sœur, La mère de Lolo, au Gwanada où mon beau-frère exploitait des bois précieux avec l’aide de Joseph, son associé. Nos parents étaient décédés, et il semblait normal que je vienne m’installer auprès de ma seule famille restante." " Mon beau-frère était un homme fort brillant et très entreprenant. La grossesse difficile de sa femme le tenait pour un temps écarté de sa couche… Il me fit des propositions auxquelles je résistais peu : J’étais jeune, et assez flattée qu’un homme comme celui-là me prenne en considération… Pourtant, je ne voulais pas devenir sa maîtresse ! Il me prit malgré tout et je n’osais rien dire pour ne pas attrister ma sœur." Tante Ursula pris une gorgée d’eau, s’éclaircit la voix et continua : " Ce qui devait arriver arriva… Je me retrouvais enceinte à mon tour… Il me persuada alors d’épouser son associé : Joseph, qui avait un penchant pour moi. Ce mariage devait nous mettre à l’abri, l’enfant et moi, à condition que je renonce à dire qui était réellement le père de l’enfant que je portais. Mon beau-frère pris tous les frais du mariage à sa charge, Cela fut vite organisé, et je me suis ainsi retrouvée mariée à Joseph à qui je ne dis rien de l’identité du père de l’enfant, comme je l’avais promis à mon beau-frère pour éviter le scandale." Le commissaire, remua dans son fauteuil. Des aveux aussi faciles à obtenir, c’était vraiment inespéré ! Tante Ursule reprit un peu d’eau et recommença : - " Hugo naquit après soi-disant huit mois de grossesse, cela n’est pas inhabituel pour un premier enfant, surtout si l’on tient compte des difficultés du climat ! C’était un enfant intrépide, joyeux et qui appréciait énormément la vie des gens du Gwanada ! Il grandit dans ce pays sans problème, ainsi que son " cousin ", Qui supportait moins bien le climat très humide." L’avocat se fit à nouveau entendre pour conseiller Tante Ursule de lui parler d’abord avant de poursuivre, mais la vieille dame était lancée… - " Les choses allèrent ainsi, tranquillement, nous étions parfaitement heureux, Joseph n’aurait jamais mis en doute sa paternité et adorait s’occuper de son " fils " Puis, l’affaire de bois périclita, Ma sœur et son mari ainsi que Lolo rentrèrent en France prétextant la mauvaise acclimatation de Lolo, et mon mari fut forcé de racheté les parts d’une société déjà en déclin." " A notre tour, laissant le soin à Hugo qui le désirait vivement, de rétablir les comptes, nous prîmes le chemin de la France. Lolo, qui avait entre-temps accumulé pas mal de biens, nous proposa, à la demande de ma sœur, de venir partager la grande maison qu’il avait achetée après son mariage avec Annie. J’avais quelques biens, légués par mes parents. Je me suis vite rendu compte que Joseph aidait Hugo, je l’aurais moi-même fait s’il ne s’en était pas occupé. Mais Joseph semblait tenir à ce que je n’en sache rien… Cet homme est d’une grande bonté, et je sais qu’il m’a toujours profondément aimée, regrettant souvent de ne pas pouvoir me " gâter " autant qu’il le souhaitait." " Lorsque je me suis aperçue que Joseph était en train de liquider ses collections, des ivoires en particulier auxquels il tenait énormément, j’étais atterrée ! Mais je ne savais que faire… " " Peu avant Noël, certains de mes amis restés au Gwanada, m’avaient discrètement prévenue que Hugo était sur une fort mauvaise pente… Trafic d’armes, etc… Je savais qu’à ce genre de " jeux ", la vie ne compte pas, et j’étais très inquiète." " Je n’ai vu qu’une seule chose à faire : Faire en sorte que Hugo puisse récupérer, par le biais des héritages de ma sœur, une partie de la fortune de Lolo… Son demi-frère ! " " L’opportunité arriva sans même que je réfléchisse plus avant… Lolo se trouvait dans la cuisine et s’occupait du vin tandis que j’étais en train de peler les marrons." " Je me suis souvenue que je gardais, plus comme un souvenir que pour m’en servir, une poudre noire qui venait du Gwanada et que je tenais enfermée avec mes bijoux." " Profitant d’un appel téléphonique d’un ami et donc, de l’absence du jeune couple dans la cuisine, je suis allée rapidement prendre cette poudre noire, dont je connaissais les effets, et j’en ai frotté le verre de Lolo ". - " Mais, s’exclama le commissaire, Lolo n’a pas été empoisonné par le verre puisque c’est Annie qui a bu dedans ! C’est elle qui aurait dû être empoisonnée ! De plus, comment pouviez-vous être certaine d’empoisonner Lolo et non pas votre propre époux ?" - " Et bien, Commissaire, notre tradition de famille est que pour les grandes occasions, nous nous servons d’un service de verres à pied en cristal de bohème… " - " Et alors ? fit le commissaire un peu excédé " - " Et bien, ce service a une particularité : Chaque pied est d’une couleur différente, et depuis toujours nous avons chacun notre couleur : Celle de Lolo est grenat… Il était donc normal que Lolo se serve de " son " verre ! Mais, de plus, la chance m’a aidée…" - " Lolo déboucha quelques bouteilles, et les goûta avant même de les décanter pour vérifier qu’ils n’étaient pas " madérisés " et donc, buvables. Une fois cette dégustation faîte, il me fut facile de reprendre le verre, sous prétexte de ne pas déranger le bel ordonnancement de la table de fête et de rincer le verre pour qu’aucun dépôt (de vin ou de poudre) ne puisse être remarqué. Voilà… Puis-je signer et voir mon mari ?" Le commissaire se grattait la tête… L’affaire n’était pas du tout aussi simple qu’il y paraissait ! Si Tante Ursule demandait un examen ADN… Oncle Joseph fut introduit dans le bureau, il était inquiet ! La conversation avait été interminable… Pourtant, Ursule semblait sereine… - " Asseyez-vous ! " Lui ordonna le commissaire étrangement plus aimable. Le vieil homme pris place, essayant de croiser le regard d’Ursule, qui lui sourit d’un tendre sourire qui l’inquiéta un peu… Ursule était parfois imprévisible… Et puis, elle avait dû être mise au courant de sa ruine… Le greffier commença la lecture de la déposition de Tante Ursule… On entendait voler les mouches… Lorsque Joseph apprit qu’il n’était pas le père d’Hugo, il se mit à trembler… Ce n’était pas possible… Ursula et lui avaient été un couple très uni, et puis… Certaines choses, bien intimes, le faisaient douter de toute cette histoire… - " Monsieur, vous êtes libre. " Annonça laconiquement le commissaire. Oncle Joseph se précipita vers Ursula, " Comment as-tu pu ? " Murmura -t-il à l’oreille de son épouse " Je n’en crois pas un mot !" - " Libre, Joseph ! Tu es libre ! C’est ma consolation ! Tu es celui qui compte le plus dans ma vie maintenant que Hugo est parti." Elle l’embrassa de toute sa tendresse puis s’écroula en sanglots, affaissée sur son siège, incapable de parler davantage… Joseph restait debout, raide, sans bouger ! Il n’osait comprendre. Il aurait voulu arrêter la main d’Ursule en train de signer sa déposition… Elle se redressa légèrement et lui adressa discrètement un brave petit sourire et un clin d'œil. - " Demandez-vous une expertise ADN ?" - " Non…" répondit Joseph tandis que l’avocat s’agitait sur son coussin… - " Merci ! Murmura Ursula " Déjà, on lui demandait de suivre les policiers. Dans la voiture, elle essayait maladroitement d’étouffer un sanglot : Qu’il était cruel de dire à un homme qu’il n’était pas le père de son fils unique ! Mais, elle le sentait, elle le savait, il avait compris son mensonge, il l’avait accepté comme un ultime cadeau : Hugo était mort… Il allait maintenant se battre pour que Ursule revienne vite vers lui ! Il irait trouver l’avocat, Ursula aurait certainement des circonstances atténuantes… Peut-être faudrait-il accuser le mari de Mamie de viol… Il était prêt à tout ! Prêt surtout à ne plus jamais retourner vivre dans cette maison… Ils vivraient plus chichement, mais au moins, ils prendraient du champ… Loin… Très loin ::: l'auteur? Claire, docteur es-chute en baignoire, elle aime aussi marcher pieds nus dans le jardin... ernclageo@infonie.fr |