Entre-deux.

A l'heure où les chevaux sont menés vers la mer, quand leurs sabots fourbus entrent dans l'eau qui frise
pour rafraîchir la corne là où les vagues irisent et mollement s'en vont puis s'en viennent en gerbes fines, Il est un cavalier plus hardi que les autres.

Poussant sa jument noire, vers l'océan rougit jusqu'à ce que les sabots ne trouvent plus le sable, il croise les étriers et glisse de la selle, retire doucement le mors d'entre les lèvres. Calme, il est au plus prés de sa tendre monture qui frémit de joie et de peur à la fois.

Il ne lui parle pas, il la guide à la main, l'apaise d'un frôlement, et le cavalier rit et la jument hennit, partageant la douceur de ce qui n'est encore que le début du soir.

Entre deux eaux, entre deux soleils : Celui qui vire derrière " Pierre-Percée " et son jumeau mouvant qui teinte les vagues de sang, entre deux être vivants, la complicité les berce et les unit, heureux..

Tranquille est le cheval, confiant qui s'ébroue, le cavalier sourit des yeux, attendri, retenant l'émotion jusqu'à l'extrême…

La plage n'appartient plus aux baigneurs, seuls mouettes et goélands regardent en échangeant des cris d'appel pour la nichée du soir Tandis qu'au loin, les lourdes silhouettes des bateaux trop chargés reviennent vers le port..

Moment volé, moment " entre deux ", moment sans durée à la fois si présent et si vieux, remontant au-delà des siècles et des usages, L'homme et le cheval égaux, partageant le frisson de l'eau froide, les couleurs du ciel qui incendient la mer, et le bruit du ressac chantant comme une berceuse, l'odeur iodée de l'eau qui les porte...

Seule, face à l'océan je regarde, je m'accorde d'y prendre ma part de plaisir et le vent me décoiffe et enfle ma chemise… La caresse du vent, la caresse de l'eau, paisibles, douces, uniques, pudiques...
Et c'est ça le bonheur… 

 
 
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l'auteur? Claire