Gabriella
Youlevna doute... Il ne s'agirait pas du dernier mouvement de la 7ème symphonie de Beethoven, mais plutôt de l'Andante...
 
Probablement... ou c'était peut-être la délicieuse 6ème ou la 3ème si difficile, ou la 5ème avec son célèbre "VOILA J'ARRIVE!" suivi d'un tout aussi dramatique "OUVREZ C'EST MOIIII" ou même de la 9ème que Papapof écoutait toujours les yeux fermés dans un état de jubilation intérieure (... pour Furtwängler).
 
Mais je suis persuadée que c'était une symphonie de Beethoven! De toute façon, certainement pas la musique d'un de ces russes qui vous balancent leurs accords cassés dans la trompe d'Eustache et dont les cuivres et les timbales déferlent sur les tympans, les faisant gonfler comme des bubble-gums. Tu sais? Les Rimsky-Stravinsk-Orsakofs dont l'un d'entre eux a même eu un fils posthume dernièrement... (si, c'est vrai, c'est la Diva qui l'a dit... alors!).
 
- Quel fils posthume? Celui qui demande souvent à la sortie des répétitions: "Où est la Grande Ourse? Je ne vois pas la Grande Ourse!". Comme s'il devait faire le point de toute urgence... (j'entends râler du côté de Tours...).
- Ce n'était pas non plus la musique de Mahler, non, non, non! Mahler? CATASTROPHE, OUI!!! (j'entends hurler à Paris).
 
Mais pardon Camarade Président, je m'emporte, je m'emporte! Veuillez aussi excuser mes fautes d'orthographe, j'ai sept ans...
 
Il faut dire que ce dimanche là, la Baleine n'était pas venue. Papapof s'était réveillé tard et de méchante humeur. Les yeux bleus-vert annonçaient un avis de grand frais.
 
Lui et la Ténorina étaient partis à pieds, le long de la rue des Champs, la rue de l'oncle Edouard, et ils se trouvaient assis dans l'église. C'était la grand-messe. La Ténorina lisait les COMMANDEMENTS DE DIEU, mais butait sur l'un d'entre eux. OEUVRE DE CHAIR NE DESIRERA QU'EN MARIAGE SEULEMENT...?... ??...??? La chair, la seule qu'elle connaissait bien, c'était celle que Bertha Firminovna enfournait à la petite cuiller dans les grosses tomates pour le repas du soir... Elle tira Papapof par la manche:
 
- Papapof, qu'est-ce que c'est, oeuvre de chair?
 
Papapof ouvrit la bouche deux ou trois fois, comme un poisson qu'on sort de l'eau, l'oeil exorbité. Enfin, il se pencha vers la Ténorina et lui glissa à l'oreille:
 
- Cela veut dire... avoir des petits bébés.
 
Puis il entonna le credo avec trois mesures de retard sur tout le monde sans même essayer de les rattraper. Il chantait CREDO IN UNUUUM DEEUUM très fort, très faux, très convaincu, très absorbé, le regard rivé sur l'autel central...
 
- ???????? !!!!!!!!
 
La Ténorina venait d'être plongée subitement dans un abîme de perplexité... Elle avait vu le papa lapin et la maman lapin ensemble dans la cour de servitude à Nazé. Elle avait vu le taureau et la vache. Et même, elle avait vu la truie mettre au monde ses petits cochons roses... Pas de chair à saucisse ni de tomates!
 
Elle avait posé des questions précises et simples au gens de la campagne qu'elle fréquentait beaucoup et les réponses étaient venues, précises et simples. Mais Papapof ne le savait pas. Le voilà qui venait de semer le doute et la confusion dans des certitudes acquises... Et le missel tomba par terre avec un bruit épouvantable. Le suisse arriva à grandes enjambées près de la Ténorina et donna deux coups secs avec sa hallebarde sur la pierre froide. Lui non plus ne semblait pas de bonne humeur.
 
La Ténorina attendit que Papapof ait terminé le AAAMEEENN! Ca n'en finissait plus... Puis Papapof s'absorba dans la recherche de monnaie pour la quête. Il ne semblait pas du tout disposé à se laisser distraire. La Ténorina réfléchissait... Les tomates farcies.... L'oeuvre de chair (à saucisses)... Les bébés... TOUT était parfaitement absurde.
 
Son visage s'éclaira soudain. Mais BIEN SUR! BIEN SUR! Papapof essayait de lui refourguer cette vieille histoire de choux pour les garçons et de roses pour les filles, mais à sa sauce (tomate) à lui... Sacré Papapof! Elle se pencha vers lui, goguenarde. Mais il lui lança un regard vert clair qui coupe net tout élan. Il y a des jours, vraiment ! Elle ramassa son missel et raya momentanément les saucisses, les crépinettes et les tomates de ses menus... jusqu'à plus ample information.
 
La messe était terminée et Papapof saluait sa parenté. Il avait repris la main de la Ténorina... qui commença doucement:
 
- Papapof, les bébés?
- Ce n'est ni le lieu, ni l'heure, interrompit Papapof, et il s'éternisait à embrasser toute la famille juste sous les orgues qui jouaient plein pot une fugue de Bach. La musique tombait tout droit sur le crâne de la Ténorina, la transperçant du haut en bas comme un cimeterre. Tout son "dedans" en tremblait et les "pistolets" croustillants du petit déjeuner menaçaient de refaire surface. Elle avait mal aux coeurs, à tous les coeurs. Elle sortit de l'église, la tête basse, examinant le bout de ses bottines cirées. Sombre dimanche!... ET en plus, il pleuvait...
 
Fin de la non-histoire... Histoire n°2
 
Ce matin-là, Monsieur le Président, la Ténorina s'était réveillée tard et avec une faim de LOUP! Une bonne odeur de café frais montait vers la chambre qu'elle partageait avec Gabriella Youlevna qui était déjà debout... ou non encore couchée. Ah! que c'était bête de ne pas aimer le goût du café, l'odeur en était absolument délicieuse! La Ténorina se dirigea droit vers la cuisine où Gabriella Youlevna, le moulin grinçant coincé entre les genoux, les mèches folles flottant sur le front, se bagarrait avec les grains d'Arabica.
 
- Bonjour! Puis-je avoir une GRANDE assiette de porridge avec de la cassonade? S'IL TE PLAIT?
 
Gabriella Youlevna s'interrompit aussitôt pour poser le porridge fumant sur la table en prévenant gentiment:
 
- ATTENTION, c'est chaud !
- M E R C I !
 
Gabriella Youlevna était incroyablement fraîche pour quelqu'un qui avait fait la bringue jusqu'au petit matin. Ignorant les gueules de bois et les pieds meurtris, elle travaillait comme une abeille le jour, et dansait la nuit! Une santé!... La Ténorina, quant à elle, ne se faisait aucune illusion, une nuit blanche et c'était la couronne des lombards (Vème siècle après JC, non! pas Jean-Claude, l'autre!) vissée sur la tête pour huit jours et chacun sait que la couronne des lombards était en fer.
 
Le porridge avalé, elle se précipita très en retard chez Papapof.
 
Il était déjà au bout de l'estacade, un cormoran près de lui, et Maria Youlevna lui posait des devinettes...
 
- Qui a écrit "Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage"? Ceux qui savent, ne le dites pas! ajouta-t-elle aussitôt. C'était son truc à l'époque, elle aimait poser des devinettes et y répondre elle-même. Elle avait raison, c'est bien plus drôle.
 
Sur la plage, mademoiselle Blanche courait, le petit sac à goûter à bout de bras: " ...li...osich!....iez...tre... ... oûter!". Car le vent de la mer tourmentait ses appels.
 
La Baleine était déjà prête, accueillante, se roulant dans le ressac. Ils entrèrent - sauf le cormoran qui devait faire son marché - en évitant la coursive réservée à l'estomac, la coursive tribord. Tous les trois se calèrent confortablement sur la soie marine et vert pomme, ce jour-là. Papapof au milieu, une fille dans chaque bras. Maria Youlevna souriait en savourant ce moment rare, car comme elle avait des devoirs à faire à la maison et qu'elle était très consciencieuse, elle avait peu l'occasion de partir en baleine.
 
- Schubert, demanda Papapof.
- Schubert !
- Unter den Linden, laalaa, lalalalaa! Ich liebe deine Ruhe...!...
 
Papapof ronronnait les "R" dans le fond de sa gorge comme s'il savourait une huÎtre. Il n'était pas très en mesure, ni très juste, mais son air gourmand faisait plaisir à voir. De toute façon, le ténor qui chantait vraiment ne se rendait compte de rien, tout absorbé qu'il était par la mélodie.
 
- Vous voyez, disait Papapof, dans les lieder, il faut articuler! L'allemand s'AR TI CU LE, autrement ça fait vulgaire. On peut être grossier, mais jamais vulgaire! Laalalala laa laa lalalala! Que c'est beau! MAIS QUE C'EST BEAU, MES PETITS COCOS LAPINS VERTS!
 
Soudain, le cêtacé se mit à sonder sans cesse, surtout sans se soucier de ses chers hôtes. Elle sonda... sonda... de plus en plus vite, de plus en plus profond, très profond... trop profond! Plus de lumière, plus de musique, plus rien, que le bruit du sable raclant les flancs.
 
- Une panne? s'enquit la Ténorina et Papapof se dirigea à taton vers l'oeil bâbord pour voir à bâbord: rien non plus! l'obscurité totale! De la coursive tribord, quelques crevettes venaient aux nouvelles...
 
Plusieurs coups de queue énergiques et on recommença à monter, vite... vite... à la verticale, et les crevettes, les filles de Papapof et Papapof lui même se retrouvèrent tous emmêlés les uns dans les autres!
 
E N F I N, L A S U R F A C E ! ! !
 
La Baleine toussa, cracha, éternua, secouant tout le monde à l'intérieur et Maria Youlevna commença à enlever les crevettes de sa chevelure.
 
- Mais, qu'est-ce qui s'est passé, interrogea Papapof, vaguement inquiet pour son amie.
 
Un dernier éternuement, GIGANTESQUE, et une poignée ou deux de crevettes furent éjectées dans les airs. La Baleine fit: AAH! AAH! et reprit son souffle pour lancer un formidable: "HOTT FORR DOM" (elle jurait en flamand, bien entendu).
 
- Mais qu'est-ce qui s'est passé à la fin des fins? insista Papapof.
 
- Tout est de ta faute, explosa la Baleine, ABSOLUMENT TOUT! Tu as dit le mot TABOU! Celui qui désigne l'animal-aux-grandes-oreilles-qui-vit-dans-les-taillis-terrestre!!! Tu sais que ceci est complètement in ter dit en mer, voyons!... J'ai bu une de ces tasses dis-donc! Allez, une fois! Viens par ici me décoincer les fanons du haut au lieu de prendre cet air contrit et au lieu de détricoter ton bonnet de laine!
 
La Baleine était bigrement vexée! Et en plus, elle avait failli se noyer, elle et les enfants! Vraiment!
 
Mais la musique reprit au début et Papapof ne dit plus rien, se contentant de bercer ses deux filles, souriant à peine, les yeux mi-clos, tout à la joie de ce dimanche matin et rassuré: une baleine qui jure, c'est une baleine qui est en forme.
 
- Sac à terre !
- Déjà !
- Allez, allez ! Check-list: a/ sous-vêtement de laine b/ bonnet de laine c/ Goûter? Ah non! Pas de goûter...
- ON Y VA !
- Attention à la brume, escalier droit devant la Baleine.
- Droit devant toute! Escalier! reprit Papapof comme il se doit.
 
Un vague soleil pâlot faisait de son mieux à travers les cumulus (cumuli!) les strato-cumulus (cumuli! Je te dis!) et autres nimbus (...!) qui alourdissaient le ciel gris.
 
Tout proche, un bruit bizarre. "Un biniou?" demanda Maria Youlevna qui avait passé ses vacances à Concarneau, "ou bien une cornemuse".
 
- Presque !
- En tout cas, pas un petit chat! dit la Ténorina formelle qui n'avait pas été à Concarneau.
 
Après avoir gravi quelques marches glissantes d'algues humides, ils découvrirent, au ras du nez, deux gros godillots, des pauvres godillots qui avaient souffert. Les pieds qui les habitaient devaient avoir des engelures car ça sentait la graisse de mouton. La graisse de mouton, c'est souverain contre les engelures (si, c'est vrai, Maria et moi l'avons essayée, alors!...).
 
Leurs regards remontèrent le long des chaussettes parallèles à losanges (en pure laine, shetland, la laine). Un poignard à manche de corne en dépassait, juste à côté du pompon (Marie, arrête de rire comme ça!) puis deux genoux impressionnants, plus ou moins agrémentés de poils roux... Enfin, stupéfaction! Une jupe plissée à carreaux compliqués, bleus et verts.
 
- Kilt ! rectifia Papapof, et c'est un tartan de chasse: il n'y a pas de couleur vive.
- Ah bon !
 
Le sporan en poils de chèvre (Marie! C'est fini ce fou rire!) empêchait la brise marine de soulever le tissu au delà des limites permises par la décence. Enfin, quand même! C'était... Enfin! Bon!... La rumeur britannique assure que les Ecossais qui se respectent ne portent rien du tout sous leur kilt. Hemingway le confirme dans "Pour qui sonne le glas" et mon expérience personnelle m'autorise à... Non! Mais où je vais là?
 
Reprenons !
 
Une barbe rousse (très AU-DESSUS du kilt, évidemment! sans blague! Qu'est-ce que c'est que ces histoires grivoises? Je crée! merde! Si tu rigoles tout le temps...). Pas de doute, il ne fait pas chaud. Il y a un type en kilt, il a un bag-pipe sous le bras... On est en Ecosse!
 
- What a brow brrecht sunlecht (prononcez ch à l'allemande) Aÿe! Aÿe! rocailla la voix dans la barbe tandis que la pipe remuait en mesure (aucun doute, on est bien en Ecosse!!).
- DUCON ! (Prononcez DEUNCANE S.V.P.) Mac Donald y Aragon (et si c'est possible!) jubila Papapof, Old Chap!
- Aÿe ! Aÿe ! Je dis ! Je dis !!!
- Pourquoi il dit aÿe le monsieur, il a mal? s'inquiéta la Ténorina.
- Mais non, en écossais Aÿe, ça veut dire oui.
- Ah bon!
- Youli Fransosich Ernoultokoff (y Aragon), mon garçon! Je dis! Je dis! Quel bonheur! Définitivement! En vérité!
 
Les yeux clairs, délavés par le climat marin, pétillaient de joie et le bag-pipe lâcha un dernier gémissement en se dégonflant, les pipes (prononcez paÿpe S.V.P.) s'affaissant doucement sur le gros pull de laine (des Shetlands, la laine).
 
- ARRRRR ! dit Duncon M.D.Y.A. Si c'est possible! Quelle chance! Il semble que l'été soit tombé justement un dimanche cette année, et c'est aujourd'hui! Véritablement, en vérité! Je dis! Quelle chance! Tu as vu ce temps superbe, n'as-tu pas vu?
 
Les filles cherchaient partout le temps superbe... Elle se félicitaient pour une fois d'avoir enfilé le matin un sous-vêtement-de-pure-laine-cardée-de-Mazamet à manches longues, car le fond de l'air était bigrement frisquet.
 
- Laissons nous monter dans la carriole! Voulez-vous? dit Ducon M.D.Y.A.S.C.E.P. et laissons-nous aller chez moi. Soyez soigneux! Mettre le plaid sur les genoux des wee lassies! (désolée, ma machine se meurt ! Qui a dit lapin?).
 
Tout le monde s'installa sur la banquette en bois, les filles à l'arrière, recroquevillées sous le plaid. Ducon M.D.Y.A.S.C.E.P. (pour mémoire prononcez: "Deunecanemacquedonaldyarragonsicestpossible") lança un léger claquement de langue à l'adresse du gros cheval dont on distinguait à peine la lourde silhouette dans le brouillard et la carriole se mit en branle en grinçant.
 
Les roues écrasaient les bruyères mauves en faisant frr. On avançait tranquillement.
 
- Romantique ! dit Papapof.
- N'est-il pas? dit M.D.Y.A.S.C.E.P. (on peut, réflexion faite, essayer de le prononcer comme écrit ci-dessus, les vrais noms venant du picte étant quasiment imprononçables quoique nettement plus abordables que le gallois... Mais nous sommes en Ecosse!).
 
Un aigle défiait le semblant de soleil en criant: "J'ai faim! Montrez-vous, bande de rongeurs planqués!". Un troupeau de mouton barrant la route, enfin... Ouai! La route.. La carriole s'arrêta net. C'était la période d'agnelage et des amours de bébés moussus suivaient leur maman en bêlant. Ils avaient de longs poils, épais, un peu frisés, pas beaucoup.
 
- Des mérinos, précisa Papapof.
- Laissons-nous descendre, voulons-nous? proposa DHDYMSCP, les wee lassies doivent définitivement avoir envie de les caresser.
 
C'était définitivement exact, en vérité!
 
Mais ! Mais ! (Mêêh !!!) Pas fous, les moutons! La dernière fois que les humains, autres que leur berger, les avaient approchés, tout le monde, enfin tout le troupeau s'était retrouvé à poil! Transformés en camps de nudistes grâce à la tondeuse!... Même le bélier! Monsieur le Président, même lui! Le pauvre avait gardé de l'expérience un sentiment tout ce qu'il y a de plus négatif, atteint qu'il fut dans sa dignité, tant morale que physique. RIDICULE! Monsieur le Président, il s'était senti ridicule, percevant ici ou là quelques rires sous cape et quelques réflexions désobligeantes à son endroit (tout comme à son envers, du reste!). Il avait mis un temps fou à se refaire un "look" de Don Juan ovin, alors, tu comprends... les câlins humains... les mamours et tout et tout... MEFIANCE!
 
Un Border-Colley s'affaira à remettre le troupeau en ordre, aboyant à l'arrière, courant à l'avant, sans ménager sa peine en brave toutou de berger qu'il était.
 
On reprit la route dans l'antique carriole aux lanternes à bougies.
 
- Laissons-nous aller jusqu'à Bellefontaine, mes amis, le ferions-nous? dit Ducon MDYASCEP.
- Mais c'est un nom français, ça, dit Maria Youlevna.
- Bien entendu! Aÿe, en vérité! dit DMDYASCEP, actuellement mon aïeul était archer à la Cour de France du temps de Mary Stuart, Queen of Scots, et, revenu au pays après des ANNEES d'économies, écu après écu, il fit construire sa demeure. Amusant, n'est-il pas?
 
Bellefontaine était niché dans un bois de rododendrons (je sais, j'ai oublié un H quelque part... Les français "drop" le "H" quand ils parlent anglais de toute façon.), de grosses fleurs en grappes roses, mauves, violettes, pourpres, blanches aussi. Les créneaux et autres mâchicoulis du château défiaient le temps (celui qui passe, celui qu'il fait, comme tu veux!). Mais un tendre gazon vert adoucissait l'impression de sévérité de l'architecture.
 
Malgré les roses fleuries partout, une odeur impossible à décrire sortait des cuisines, couvrant même celle de hareng qui sortait de la barbe de DMDYASCEP à chacune de ses exclamations. (A propos, j'ai trouvé ce qui sentait drôlement mauvais dans ma cuisine: c'était le petit four électrique dont je ne me sers jamais, je l'ai viré).
 
- C'est le broth !... et le haggish que j'ai chassé hier, et que le buttler fait cuire pour le high tea, charmant, n'est-il pas?
- Certainement, en vérité, dit Papapof pas du tout convainquant (ni convaincu).
 
Mrs DMD était sur le perron, grande, sèche, un chignon blanc noué par un ruban aux couleurs familiales, celles du clan des Mac Truck dont elle était originaire.
 
- Braguett ! dit Ducon (j'ai dit de prononcer Deunecane! enfin!), puis-je t'introduire mon vieil ami français, Youli F.E.Y.A. avec qui j'ai passé mes années de collège? Nous avons même été cannés ensemble (il voulait dire: ils avaient tous les deux reçu du bâton... enfin, je suppose).
- Youli F.E.Y. A., mon ami, puis-je t'introduire mon épouse Braguett, du clan des Mac Truck apparentés aux Mac Donald par les Y Aragon (et alors, qu'est-ce qu'il y a?)?
- Comment faites-vous faites? dit aimablement Braguett.
- Comment faites-vous faites? répondit le plus courtoisement du monde Papapof (il ne fit pas le baisemain car a/ on était à l'extérieur et ça ne se fait pas, b/ Braguett avait dû donner un coup de main à la cuisine..).
- Faites entrez dedans! dit joyeusement Braguett.
 
Ils firent. Un bon feu égayait la cheminée de pierres grises. C'était tant mieux, on se gelait.
 
- Hou ! Hou ! Hou ! .. Clinq glanc clung... Hou ! Hou!
- Qu'est-ce que c'est ? dit Papapof surpris.
- Oubliez-le, oubliez-le. C'est mon aïeul Marmaduke Mac Donald Y Aragon Si-C'est-Possible qui fait le malin. Il essaie d'effrayer nos visiteurs en se baladant... enfin, son fantôme.
 
En effet, un type habillé en archer, une arbalhète (ah bon! Ca ne s'écrit pas comme ça? et bien tant pis!) à l'épaule, sa tête sanguinolente sous le bras, traversait la pièce. Il se donnait vraiment beaucoup de mal pour impressionner son monde mais seules les filles étaient quelque peu émues. Marmaduke fit encore un ou deux bruits de chaînes et quelques Hou! Hou! peu convaincus et quitta honorablement la pièce. Il avait fait son boulot.
 
- Voudriez-vous rester pour le high tea? Et déguster le haggish? proposa Braguett.
- Heu ! fit Papapof, je suis effrayé mais nous n'en aurons pas le temps, j'en suis désolé. (tu parles!)
- C'est quoi le haggish? demanda la Ténorina.
- AARR ! Wee lassy ! C'est une espèce d'oiseau très rare... qui ne vit qu'en Ecosse, dans les Highlands. On le chasse avec des vieilles casseroles sur lesquelles on frappe pour faire du bruit. Comme il a une patte plus courte que l'autre, en se retournant pour voir ce qui se passe, il tombe en bas et là, un autre chasseur n'a plus qu'à le ramasser... Mais il faut beaucoup de whiskey, du pure malt, not blended if possible... j'en ai bien peur! Ne faut-il pas?
- En vérité ! assura Braguett, un lot de whiskey!
- C'est comme notre dahu en France! assura la Ténorina.
- Aoh ! dit Ducon. En France? Mais vous n'avez pas de whiskey, avez-vous?
- Non, je suis effrayé, dit Papapof, notre dahu se chasse aux casseroles et à la gnole de prunes. La poire fait aussi parfois, je dois dire, mais...
 
Ca y est, voilà Papapof qui se met à prendre les vieux tics britanniques en disant: "Mais" à la fin de ses phrases et en étant effrayé tout le temps! Puis, il expliqua qu'en France, l'animal était un mammifère poilu...
 
Braguett proposa une nicecupofti (a nice cup of tea) et tout le monde accepta. Ducon et Papapof l'allongèrent scrupuleusement de pure malt. L'ambiance se réchauffait. On sonna à la porte, les Mac Machin et les Mac Aroni entrèrent avec le pasteur, le révérend Mac Haussett et sa femme Gladwys ainsi que Glawen Mac Bismuth qui avait mal à l'estomac....Il y eut des tas de "Aÿes!", "Je dis! ", "Very nice to meet you".
 
- Ah ! Par le chemin ! dit le révérend, j'allais oublier: comment avez-vous obtenu ici?
- Par Baleine, répondit Papapof, un tantinet pompette.
- Je dis ! Par baleine ! Ah! Ah! Ah! Vous me tirez la jambe! allez sur (litt: you are pulling my leg, come on).
 
Mac Moche et son bag pipe entrèrent ensemble... par la porte qui semblait de plus en plus étroite pourtant, le whiskey aidant.
 
- Heeerre comes ze paÿpers, hurla Ducon enthousiaste, laissons-nous danser une danse carrée, venez sur, ladies!
 
Les filles furent entraînées dans une danse endiablée... par le révérend en personne! Puis les hommes dansèrent la danse des deux épées, sans se tromper de jambe, avec de grands Aÿes (pourtant aucun d'entre eux ne se blessa!). Enfin, fatigué, chacun s'assit autour du piano pour chanter accompagné par Braguett: But me and my bonnie, will never meet agaîne, on ze bonnie, bonnie banks of LoRR Lomond !" et tout le monde pleura de joie, d'émotion, sans penser à la "hang over" du lendemain.
 
Arr ! Bonnie Scotland !
Shall all acquaintance be forgotten !...
 
La Baleine était elle-même un peu tipsy! Elle avait revu "Nessie" son vieux pote du Loch Ness et voulait prendre un nom écossais: Kwee Dam! Elle rota plusieurs fois avant de reprendre la direction d'Ostende.
 
C'était déjà une Brow Brecht Moonlecht Necht to necht...That's recht.
Farewell Ducon! (prononcez Deunecane, nom d'un bag-pipe!)
 
Voilà.
La Baleine est repartie pour le pays de nulle part...
Papapof dort sous la terre... pas bien loin...
La Ténorina a pris de l'âge et un mari. Elle marche pieds nus dans le jardin, un chat ou deux sur les épaules.
Mais l'esprit de Papapof règne toujours sur les eaux et sur les bois!
 
 
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l'auteur? Claire, docteur es-chute en baignoire, elle aime aussi marcher pieds nus dans le jardin...
 
ernclageo@infonie.fr