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(A Paloma, en souvenir d'Honfleur) Tu es ma terminaison nerveuse. L'absence picote comme un membre ôté. L'absence picote comme un bras -coupé à Honfleur dans la Maison Satie sur le piano. L'absence picote sur les plages où ton souvenir galope comme une amazone brûlée. Il n'a qu'un sein, il est bien moins riche que toi mais je lui pardonne parce qu'il a tes yeux. Je lui pardonne et lui fais l'aumône, aumône au souvenir, l'aumône d'un sourire. Je dis : "-j'ai été heureux." et c'est comme si je glissais une pièce d'or dans le béret du passé. L'absence picote comme un membre ôté. On m'a greffé un fantôme qu'on ne sait pas nommer. On l'appelle par de petits noms comme un chien qu'on veut amadouer. On l'appelle : "douleur", "oubli", "souffrance". Il a mille surnoms et il mord. Il a mille surnoms et quand on l'a appelé une fois jamais il ne s'en va. L'absence picote comme un membre ôté. J'aimerais retourner dans cette Maison tenue par la Musique, que se répande encore le silence de son sang dans mon oreille qui n'a pas fleuri, dans mon oreille verte, peu prête à écouter, que se répande son sang comme une huile dans une oreille bouchée pour moi qui ne sais que le son et son bec doré. J'aimerais retourner, là-bas retrouver, sur le piano posé, mon vrai bras, mon seul bras, le bras de mon souvenir mutilé. ::: l'auteur ? Eric Pal. eric.pal@infonie.fr |