Le crépuscule de l’été s’ouvre sur le dégradé des saveurs dans le brouhaha incessant de quelques têtes pensantes emplies d’écumes munies de leurs yeux
rapaces.
A la terrasse des cafés, les amants s’accordent un tri mental, leurs sourires ayant gardés la forme d’une bosse ronde tel un arbre de leurs derniers froissements de draps, s’aiment-ils vraiment…
Les fruits trop murs de la saison, les minuscules aveux éparpillés au coin des rues ne me pousseront ce soir à écrire. Mes lignes prendraient la forme d’une bogue où vit un insecte noir, les cœurs creux qui m’entourent se dévorent sans conviction.
Sur cette place ou j’ai rendez-vous, le vacarme aux alentours est moins bruyant que le silence de mes mains, de ce choc sourd frappant le géranium de ma blancheur.
Isolée, pensive, je vis à l’ombre de ma plume, dans la crainte des lendemains, je nomme l’herbe un " symbole ", l’amour " des pétales tenus sur l’arbre prêt à échouer. "
Cris, silences et flot de larmes se noient dans l’encrier se dessinant tel un drape de vermeil à l’odeur de jasmin,
Sous mes dentelles, munies de mes derniers rêves, un foulard ramené sur mes épaules me protège quelque peu du regard des passants.
Et ce soir, j’ai quitté la brassière de ma demeure, j’affronte la langueur de l’air, loin des rayons croisés, des tombeaux aux sabots neufs, derrière le musée des miroirs
L’aile d’un printemps, le volcan d’une passion éclose dans le mystère presque un abîme, doit me rejoindre …
Je ne connais de lui pour l’instant que l’écho de sa voix, elle a orné le ciel de mon lit, colorée ma plume, je ne veux noircir mon papier blanc.
J’ai gravé pour lui lors des dernières nuits ou nous nous parlions dans le silence, des artifices, un palais de rumeurs, une couverture sans lanières tissée par le coton
De nos nuits sans images.
Je pense le reconnaître, nos échanges donnés et reçus étant lavés de toute souillure, chassant de mon esprit inquiet, le ricanement sinistre de l’imposture, une tendresse souveraine nous unit le présent ne peut avoir qu’un parfum éclaté.
Je l’aperçois au loin et je me souviens …


Ma solitude éternelle m’emmène dans l’univers codé d’un écran, des chiffres des lettres sans boucles alignées
Sans émotion, avalent les tourments de mes déchirures, les taches d’encre ne ternissent pas l’écran, je cherche une couleur, un lien. Le désert m’a toujours fasciné
Il est immense et impénétrable, par son aspect et son silence il me ressemble, refusant de s’associer aux tempêtes de notre civilisation. J’ai besoin de m’éloigner
Une erreur de frappe ou le fruit d’un destin me guide vers un chat algérien,
J’entre dans un monde diamétralement opposé au mien, un dialogue avec l’inconnu…
Quelques mots "écrits, Il est derrière l’écran, une histoire de nuages s’esquisse…
Emue, perdue face à l’étendue de cette alchimie, mes mains tremblent mes rubans se nouent, une vie inconnue m’émeut, un fil de soie se tisse lentement…
Nous nous découvrons, une magie, un artifice naît.
" Suis-je face à toi où face à une illusion, tout est froid bafoue,
tout se perd sur le clavier dans un déballage de confidences rapides,
ou es-tu
mon malaise est entier mes nuits se fragilisent et frissonnent de louanges dans ce mouvement sans repères
mes élans prennent l’allure d’un lierre autour de ma gorge nouant mes mots tels mille cercueils,
je tiens dans le creux de mes mains un morceau de soleil, une part d’arc-en-ciel,
j’ai besoin de l’entendre…
le téléphone déchirera le silence, je pose le son de sa voix en mes profondeurs tel un arc de fusion "

Nuit après nuit, nous nous retrouvons, ouvrant une part de nous même…
" j’écris pour ta peau, imagine ton parfum, honteuse de ce désir j’accroche mes cris au bord de mon lit, sous ma robe indolente ses mains inconnues ouvrent mes jardins
un vide s’installe, une absence blesse mes contours m’arrachant des soupirs dans un rythme sans couleurs, sans images
j’y brode ses mots lancés en y créant un décor feutré, ils percent mon corsage je serre les lacets c’est un égarement frugal, son bouclier n’y est qu’un peu plus incrusté,
laisse moi effleurer ta bouche, je ne veux être prisonnière d’un songe, d’un souffle
ma chambre est un temple tes désirs lacèrent mon corps, la nuit devient pierre, marbre
Ta fougue se perd sans m’envahir, tes caresses n’ouvrent pas mes jambes de camélias, elles restent vides..
Je me griffe cherchant ta présence ton plaisir avec une panique délectable,
viens,
traverse l’écran, force-moi à t’ouvrir mes monastères étouffés,
force ce que j’ai enfoui en me dressant sur ton arbre,
pour toi je hurlerai sous mes voiles, j’absorberai ton sacre avalerai ta sueur, me soumettrai à l’éveil de tous tes désirs…
M’ouvrirai à ta puissance, telle une étoile jusqu ‘a la morsure je serai ton objet, mon nid de velours n’aura d’apaisement que sous ta semence.
Dehors le monde est empli de faux-semblants, de chemins sinueux j’assassinerai la morale des foules mondaines afin de graver notre rencontre
Sur du parchemin, je sculpterai dans la vallée des légendes les flammes de nos différences.
Je percerai les oreilles des lingères afin de garder leur blancheur, m’étranglerai au fil de ta vie.
Je ne cesse de lui écrire.
Je voudrai inventer des nouveaux mots,
Peindre son absence sur une toile afin de le rendre éternel, le modeler dans de l’argile afin de pétrir ses formes
Hurler sous les crêtes des montagnes sacrées.
Voler les arabesques d’or pour tisser son nom sur mes seins,
Pour lui je volerai aux voleurs de billes leurs couleurs
Je gommerai la rouille de ses angoisses, ma calèche d’œillets vifs l’emplira,
Nous n’aurons plus peur, nous traverserons le temps.
Nos regards ne se sont pas croisés, je t’aime derrière ce miroir
Je t’appelle si fort que les poètes s’en retournent dans leurs tombes ils m’offrent leurs dernières rimes
Pleurant sur ma passion,
Ton feu me brûle couvant des braises jour après jour prêtes à m’incendier rongeant mon âme,
Puis-je te nommer sans subir des amas d’épines moqueuses,
L’horloge du temps ricane dans sa boîte de bois rose,
Tu as quinze ans derrière ma vie et le lait de mes encriers rougit de cette différence,
Ma lutte est un chemin de croix, ma chair de rosier n’a pas l’allure d’un automne,
Mon cœur vivait à l’imparfait, ne pouvant oublier mes poings serrés afin de forcer le pupitre de l’école communale ou du haut de mes socquettes malgré l’hiver
J’ai du m’imposer lors de mon retour par les routes obscures,
Connaîtras-tu mes errances.
Pour toi je découvrirai la voûte de mes interdits,
Les fées m’ouvrent une part de paradis mes lendemains ne se peuplent plus d’incertitude.
Je construis une forteresse imprenable tu règnes sur la mémoire de mon exil.
Je chanterai en me moulant sur ton galbe, tu tresseras tes empressements
Je n’aurai d’autres choix que de t’appartenir.

Près des lettres chiffonnées au fond de la poubelle,
Je reste affamée de tes contours, viens, rejoins-moi
Immergeons-nous en se reliant dans des mouvements illimités
Je me noierai dans le naufrage de tes plaisirs

Et, je n’ai ni meubles ni maison ni fleurs ni abeille
J’ouvrirai le théâtre de ma demeure, la coquille de mes pudeurs.
Car je ne veux vivre un silence qui s’endort au chevet de la ligne prostrée
Des bonheurs endormis par des sourires momifiés au seuil du lit où la vie s’égorge par la mort du désir
La torture des gestes.
Cette innocente torture jouant mécaniquement dans un vide encombrant.
Je ne veux une vie sacrifiée par des pulsions aux couleurs fanées
Je moissonnerai cette rencontre en dehors des clichés habituels
Je veux aimer, t’aimer le crier le teindre sur du papier glacé
Bâillonner le chant du matin par un réveil malmené
Orner nos ombres de lumière en chantant sur l’orgueil de nos territoires conquis
Cracher sur la connerie des ragots de luxe par une union en dehors des chimères
Je ne veux d’une vie calquée, mais franchir auprès de toi l’indéfinissable.

Jour après jour,
un océan de formes de couleurs mystérieuses, de féeries se sont modelés dans l’escargot de mes pudeurs.


Et les grilles de l’invisible s’ouvrent, le prince du clavier me rejoint, l’ortie de mes élans sous ce havre, s’emmêle à ma timidité.
Je baisse les yeux, le livre s’ouvre, le rocher des mots se scellent sous mon émotion, j’ai fermé mon dernier collier de perles montées par mes larmes,
Face à lui, sous les copeaux de lumière, j’ouvre des pots de porcelaine j’emplis mon panier de joyaux.
Je chasse mes complexes détresses, nous ne fuyons pas nos images.
Nous ouvrons mon espace, sa présence le parsème de merveilles.
Mon lit est une forêt dévastée, il en est le guide.
Nos corps et nos mains se lient.
J’affronterai les tempêtes.
Je l’aimerai à travers le temps, chasserai les voyeurs du dimanche aux cols crasseux;
Je construirai un palais pour l’accueillir auprès du vagabondage de mes rimes.
 
 
 
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l'auteur? Iris Edchard.. . . .
 
iris5@voila.fr