| Tony, c'est mon grand frère. C'est lui qui m'a élevé. Ma mère, je ne l'ai jamais connu. Elle est morte quand je suis né. Mon père l'avait abandonné quand il a sur que je poussais dans son ventre. Lui, il ne m'a jamais manqué. Parce que Tony était là. J'aime bien le rire de Tony, quand il penche sa tête en arrière et que son éclat résonne dans ma tête. Tony, c'est quelqu'un. Il a dû travailler dur pour me garder près de lui. Quand notre mère est morte, il avait seize ans. Il s'est trouvé un boulot chez le garagiste du coin. Réparer les voitures, il adore. Il dit toujours que la mécanique c'est bien moins compliqué que les filles. Il en a eu, mon frère, des filles. Elles venaient toujours à l'appart. Elles me trouvaient mignon, me caressaient les cheveux et parfois m'emmenait au Parc avec elles. Mais Tony n'a jamais voulu d'elles pour toujours. Elles passaient et repartaient. Tony, il n'a eu qu'un amour dans sa vie. Il me l'a dit. Je sais qu'elle était belle, avec de longs cheveux, très noirs comme nous, un sourire de princesse. Elle riait comme Tony, la gorge en arrière. Je ne l'ai pas connu bien sûr. J'étais trop petit. Mais il m'en parlait si souvent que je l'ai dans mon cœur aussi et je la vois dans ma tête. Mais c'est un secret. J'ai craché "promis juré" de n'en parler à personne. Je peux bien l'écrire dans mon journal. Tony m'a dit qu'elle vit dans une grande maison, qu'elle est tout habillée de blanc et qu'elle chante souvent. Il est triste quand il m'en parle, très triste. Il l'a aimé si fort. Il me tapote le crâne et me dit : "Tu ne peux pas comprendre, elle était si belle, si belle quand elle prenait son bien, sa peau était si douce, oui, si douce". Il est drôlement amoureux. Je sais qu'il va la voir une fois par mois. Quand il revient, il s'enferme dans sa chambre et il pleure. Je l'entends crier, il parle des autres qui sont tous fous, il tape dans les murs. Ca me fait très peur. Parfois, il se précipite vers mois, me prend dans ses bras, et me serre fort, très fort. Il m'appelle "mon petit, mon petit". Je ne veux plus qu'il soit malheureux. J'ai décidé d'aller la voir, de lui parler et de la ramener à l'appartement. Si elle vivait avec nous, Tony serait si heureux, et moi j'ai envie que Tony soit heureux tout le temps. Et qu'il rit. J'ai pris le train tout seul. Les gens me regardaient bizarrement. Dans ma poche, je serre le papier où j'ai recopié l'adresse de la grande maison blanche. Je l'ai trouvé dans le carnet à Tony. Sur le portail, il y a marqué "Clinique psy-chia-tri-que". Je ne sais pas ce que ça veut dire. La princesse de Tony s'appelle Marguerite. Notre mère aussi s'appelait Marguerite. Je le sais parce que Tony me l'a dit. Il n'a jamais voulu aller sur sa tombe. La Marguerite de Tony, je ne sais pas son nom. J'espère qu'ils la connaissent quand même. Ils ne m'ont pas laissé la voir, mais maintenant je sais tout. Pourquoi as-tu fait ça Tony ? Tu ne parles plus ? C'est ce couteau enfoncé dans ton cœur qui te coupe la parole ? C'est tout rouge sur ta poitrine Tony. Tony et Marguerite. Marguerite et Tony. Tony, pourquoi m'as-tu menti ? Ma mère n'est pas morte. Ma mère, c'est Marguerite. Et c'est toi qu'elle aime, toi mon frère… Toi mon père. ::: l'auteur? Isabelle, 34 ans, est une mère très indigne qui profite d'un congé parental (et de la sieste des petits) pour pianoter sur les forums d'Infonie. Elle écrit depuis plusieurs années des histoires courtes. noutchka@infonie.fr |