| Il était une fois, une souricette, toute, mais alors toute toute petite Déjà qu'une souricette normale ça n'est pas bien gros ! Vous imaginez celle ci ! A peine plus grosse qu'un hanneton ! Elle était née, ainsi que ses sept frères et sœurs, un beau matin de printemps dans le nid douillet que ses parents, M. Sourisnoir et Mme Sourisblanche avaient aménagé dans l'épaisseur d'un gros mur de la ferme du père Albert, quelque part au fond d'une combe. Et notre souricette ne se distinguait pas seulement par sa petite taille ! Oh non! Alors que ses frères, ses sœurs avaient tous un beau pelage uni, blanc comme leur maman, ou noir comme leur papa, ou même gris, souricette avait un pelage de toutes les couleurs! Le museau et le bout des pattes étaient tout blanc, les yeux étaient entourés de deux ravissants cercles noirs. Mais tout le reste était un savant mélange de gris, de blanc, de noir. Mais qu'elle était ravissante ainsi vêtue ! Toute mignonne, toute fragile, et tellement gentille. Tout le monde l'aimait, sa famille, bien sûr, mais aussi les voisins, les amis, car elle savait gagner l'affection de tous. Et puis elle était si raisonnable ! Par exemple, quand Mme Sourisblanche envoyait tous les enfants jouer dans les prés, pour pouvoir faire tranquillement son ménage (vous pensez bien! Huit enfants à la maison, ça fait du désordre, forcément!) . La petite souricette, sur ses toutes petites pattes, avait beau trottiner de tout son cœur, elle avait bien du mal à suivre toute la troupe de ses frères et sœurs, auxquels se joignaient souvent leurs copains et copines du voisinage. Bien sûr, au début, ils l'attendaient, comprenant qu'elle ne pouvait vraiment pas aller plus vite! Mais au bout d'un moment, emportés par leurs jeux, leurs courses, ils s'éloignaient de plus en plus. Et bien, notre souricette restait au bord du chemin, sagement installée, et elle attendait leur retour pour regagner avec eux la maison. Tout le monde y trouvait son compte. Car notre souricette, même seule, ne s'ennuyait jamais. Tout l'intéressait, elle était curieuse de tout, et pouvait aussi bien entamer une longue conversation avec une coccinelle posée sur une fleur tout près d'elle ou avec le vieux hibou qui somnolait sur le gros chêne tordu que passer son temps à regarder les nuages dessiner pour elle mille formes étranges dans le ciel. Et quand elle retrouvait ses frères et sœurs, elle avait toujours des histoires merveilleuses à leur raconter. Ainsi, sous l'œil attentif de M. Sourisnoir et Mme Sourisblanche, les enfants grandissaient heureux, et même si souricette restait toujours aussi petite, la place qu'elle tenait dans le cœur de tous était de plus en plus grande. Donc les enfants grandissaient, et vint le jour pour eux, tant attendu et tant redouté à la fois, d'aller à l'école pour la première fois Car les enfants souris, tout comme vous, vont à l'école ! Oh, bien sûr, ils n'ont pas de cahiers, pas de crayons, pas de livres, ils n'apprennent pas à écrire, mais pour le reste ils ne sont guère différents de vous. Ils doivent aussi étudier un tas de choses, qui leur serviront plus tard, dans leur vie. Ils étudient les sciences, apprennent à reconnaître les odeurs, celles des animaux amis, celle des ennemis, ils apprennent la courbe du soleil, pour pouvoir se diriger, les saisons, celles où la nourriture abonde, et celle où elle se fait rare. Ils étudient la géographie. Celle de leur région, les rivières et les bois. Et même celle du monde, quand les grands oiseaux migrateurs de retour d'Afrique font halte au-dessus de l'école et leur racontent le désert, la savane, la mer et les océans. Et puis l'histoire, que le vieux hibou plein de sagesse et expérience leur explique patiemment. Les mondes anciens, puis les humais, leurs découvertes, mais aussi les guerres, l'industrie et la pollution…….. L'école de notre souricette se trouve au creux de la forêt, bien cachée dans le sous bois. Et dans cette école, ne viennent pas que des souris, loin de là ! On y voit aussi des campagnols, des mulots, des taupes, des écureuils, quelques moineaux, et parfois même des levrauts. Le directeur est un vieux blaireau grisonnant, et la maîtresse des plus jeunes est une grosse souris grise et joufflue, un peu sévère, mais pas trop, juste ce qu'il faut ! En effet, face à tout ce petit monde, il faut savoir faire régner le calme ! Mais elle savait tellement de belles histoires, elle expliquait tout si bien, que les enfants prenaient un réel plaisir à venir à l'école. C'était une école joyeuse et animée, et il n'y avait jamais de devoirs à faire ! Vous vous doutez bien que notre souricette était vite devenue une des meilleures élèves, toujours attentive, passionnée par tout ce qu'elle apprenait, et bonne camarade. Pourtant ce n'était pas toujours facile, l'école était loin, et elle devait se lever plus tôt, partir plus tôt pour ne pas être en retard. Et elle était toujours la dernière à rentrer au domicile. Parfois un de ses frères ou sœurs l'attendait, mais l'envie de jouer, de s'ébrouer était souvent la plus forte. Jusqu'au jour où……… Ce matin là tous les enfants étaient déjà arrivés à l'école et profitaient des derniers instants avant la première leçon. Soudain surgit des fourrés, souricette, confortablement installée sur le dos d'un …….vieux matou! Vous imaginez la panique ! Un chat parmi les souris, les moineaux! Ce ne fut que cris et piaillements, moustaches effarouchées et frémissantes, cavalcades et affolement général. Même la maîtresse qui n'était pourtant pas souris à se laisser effrayer ne savait plus où se cacher! Pourtant ce fut elle qui réagit la première ! Si souricette se promène sur le dos de ce chat, c'est sûrement qu'il ne doit pas être méchant. D'ailleurs souricette, très très ennuyée de tout l'effroi que son arrivée avait causé, était descendue de sa monture, qui semblait elle aussi toute penaude ! Et souricette entreprit de raconter à ses amis sa rencontre avec le matou et leur amitié si étrange. Quelques jours auparavant, souricette qui se promenait en attendant le retour de ses frères et sœurs avait entendu, dans un bosquet un drôle de bruit, une sorte de gémissement et de grattement. Intriguée, elle s'était tout doucement approchée d'un gros sac gris, comme celui où le père Albert mettait ses ordures, et qui renfermait tant de merveilles ! Mais ce sac là était animé de soubresaut, et c'est bien de là que parvenaient les gémissements. Sans compter une drôle d'odeur, qu'elle avait du mal à définir, ( à l'école la maîtresse n'avait pas encore abordé le chapitre des chats !) mais qui ne lui inspirait rien de bon …….Cependant les plaintes semblaient si désespérées, et en même temps de plus en plus faibles que souricette dominant son appréhension décida d'en avoir le cœur net. Ronger le plastique ne lui prit que quelques instants. Et elle se trouva museau à museau avec une espèce d'énorme bête, noire et blanche, velue….. et cette odeur, qui la mettait si mal à l'aise!! Mais l'animal respirait à peine, et ses yeux semblaient emplis de tant de souffrance que notre souricette rejetant son idée de s'enfuir sans demander son reste, se mit en devoir de dégager complètement l'animal de sa prison de plastique. Très vite la respiration devint plus ample, plus régulière. Ensuite durant de longs moments souricette s'affaira, transportant de larges feuilles couvertes de gouttelettes qu'une pluie récente avait déposées, et que l'animal lapa à grands coups de langue. Elle fit tant et si bien qu'au bout de quelque temps le chat (puisque c'est bien d'un chat qu'il s'agissait) eut repris assez de force pour se lever. Souricette qui connaissait la ferme du père Albert sur le bout des griffes eut tôt fait de guider son protégé vers la pièce où le père Albert gardait ses provisions. Enfin, quand le matou eut tout à fait récupéré, il lui raconta sa triste, mais banale, histoire. Il était devenu trop vieux et trop encombrant et ses maîtres qui partaient en vacances, plutôt que de chercher quelqu'un à qui le confier avaient préféré l'abandonner. Il savait bien que c'est ce qui arrive tous les ans à des dizaines, des centaines de chats et de chiens, mais jamais il n'aurait imaginé que ça pourrait lui arriver à lui ! Toujours est -il qu'en quelques jours notre souricette et le vieux matou devinrent les meilleurs amis du monde. Le chat, qui avait beaucoup vécu et était encore ma foi bien rusé eut vite fait de trouver un recoin de grange où s'installer et ayant de petits besoins il se contentait de quelques chapardages pour vivre. Comme il adorait parler, raconter tout ce qu'il avait vu, avait vécu, il trouva en souricette la plus attentive des auditrices. Elle venait tous mes matins avant de partir à l'école lui rendre visite. Mais comme ses petites pattes l'obligeaient à partir plus tôt que tous les autres ces moments là devinrent vite trop courts ! C'est ainsi qu'un beau matin vieux matou proposa à souricette de l'emmener sur son dos à l'école ! Vous pensez si elle fut ravie ! Et un peu effrayée au début! Voir le monde de si haut, se sentir bringuebaler, si loin du sol …… mais c'était si amusant ! Et les distances semblaient raccourcir brutalement ! Trois enjambées et le chemin de terre était franchi ! Encore quelques pas et on avait déjà dépassé la haie de ronces …. Oh notre matou n'était pas complètement idiot ! Il se doutait bien que son arrivée à l'école provoquerait un beau remue ménage ! Mais je crois que dans le fond il n'en était pas mécontent …..Cela ferait un peu d'animation ! Et puis il faisait confiance à souricette pour convaincre ses camarades qu'ils n'avaient rien à craindre . Et c'est bien ce qui arriva. Très vite, les souris, écureuils et autres moineaux se rassurèrent et s'habituèrent au chat. Parfois il lui arrivait même de s'installer au fond de la classe, où très vite il s'assoupissait ronronnant doucement. Et parfois aussi il leur racontait sa vie en ville, le panier près du feu, les jeux avec les enfants, mais aussi les escapades dans les rues de la ville, les voitures, monstres grondants qu'il fallait éviter, les poubelles dans lesquelles on trouvait tellement de choses, les toits où se réunissaient matous et minettes les doux soirs de printemps. Mais il passa prudemment sous silence les festins de souris et d'oisillons. Et la vie continuait, heureuse et paisible, pour tous nos petits amis de l'école dans la forêt. Il ne restait que quelques semaines d'école quand la maîtresse annonça l'arrivée d'un nouveau venu pour le lendemain. Ce matin notre souricette ne vint pas à l'école, elle avait un gros rhume et Mme Sourisblanche avait décidé de la garder auprès d'elle. Elle ne put donc pas assister à l'arrivée du nouveau. Ce nouveau était un rat, un énorme rat gris, au pelage brillant, aux longues moustaches frémissantes et à l'air patibulaire. Quand il pénétra dans l'école, se dandinant de tout son orgueil, il se fit un grand silence, et même la maîtresse fut impressionnée. Et ce rat là non seulement n'était pas sympa du tout, mais il avait de drôles d'idées. Dès la première récréation il tenta de s'imposer, pérorant et n'acceptant aucune contradiction. Pour lui, les seuls vrais rats, étaient les rats gris. Les blancs, les noirs n'étaient pas de vrais rats, et ne méritaient aucune considération. Il étendait sa théorie aux souris, mais tous les autres animaux, quelle que soit leur couleur, n'étaient d'aucune importance ! D'où il tirait ces idées là, sur quoi il basait ses affirmations, lui-même n'aurait su le dire. Et c'est ce qui le rendait encore plus difficile à comprendre. Et tous les autres petits animaux de la forêt, qui ne comprenaient rien à son raisonnement, mais qui avaient très peur de lui n'osaient pas le contredire, et en quelques jours ce gros rat là avait réussi à rendre pesante l'atmosphère jusqu'alors si joyeuse de la petite école. Souricette avait été tenu au courant par ses frères et sœurs de ce qui se passait. Et quand elle revint, elle savait à quoi s'attendre. Cependant rien ne se passa comme elle l'avait imaginé! Le gros rat en voyant arriver cette minuscule souris, au pelage multicolore, fut pris au dépourvu. Cette souris, noire, blanche et grise, oui grise, ne correspondait à rien de e qu'il connaissait ! Dans quelle catégorie la ranger ? Et plus il la regardait, vive et rieuse, entourée par tous, plus sa perplexité grandissait. Son petit monde, bien organisé, bien trié, en prenait un rude coup. Et notre souricette qui était très observatrice, et très maligne eut tôt fait de comprendre que ce gros rat avait besoin qu'on lui explique certaines choses. On aurait pu dire qu'elle l'intimidait, elle si petite, si fragile, qu'un seul coup de son énorme patte aurait pu envoyer à plus de dix pas ! Alors quand à l'heure de la récré elle s'approcha de lui, il n'osa pas l'écarter. C'est vrai qu'elle était courageuse, aucun autre n'aurait osé lui adresser la parole et finalement cette solitude commençait à lui peser. Et c'est, sans l'avouer, avec plaisir qu'il accepta la proposition de souricette de lui raconter quelques histoires, même s'il décida de prendre son air méprisant, au fond il fut très vite captivé par ce qu'elle lui racontait. Et la maîtresse qui avait deviné que là se trouvait la solution, faisait durer les récréations plus que de coutume. Et souricette racontait, racontait …..L'histoire de sa maman Mme Sourisblanche que des hommes avaient emprisonnée dans un laboratoire et à qui il faisait subir toutes sortes de choses douloureuses auxquelles elle ne comprenait rien et qui n'avait dû la vie sauve qu'à la pitié et la gentillesse d'un gros rat gris, qui l'avait aidée à s'échapper. Ou encore l'histoire de ce couple de rats étranges, au pelage brun que des hommes avaient rapportés, tout jeunes, d'un pays lointain, que lui ne pouvait même pas imaginer, et que ces mêmes hommes avaient abandonnés quand ils avaient commencé à grandir et à réclamer des soins et une nourriture qu'ils ne pouvaient plus fournir. Et comment ce couple de rats avait survécu dans la forêt grâce à l'aide de tous, rats, souris, taupes, mulots et comment leurs enfants mainte nant étaient partis vers d'autres régions, s'étaient mariés et avaient à leur tour eu des enfants. Enhardis, parfois les oiseaux, ceux qui voyageaient loin et avaient vu tant de choses, racontaient aussi leurs rencontres, d'autres rats, d'autres couleurs, cohabitant, se mariant, ayant eu des enfants. La vieille chouette se mit de la partie, et chacun avait une histoire encore plus extraordinaire sur les rats gris, les rats blancs, les souris noires…… Oh ce fut long, il en fallu des récréations et des histoires …. Mais petit à petit, au fur et à mesure de ce qu'il découvrait gros rat commença à changer. Il comprenait que la couleur du pelage ne fait pas la différence, et que noir, blanc, marron ou gris, ou de n'importe quelle autre couleur, les animaux pouvaient vivre en bonne entente, et que l'amitié, le courage, la gentillesse étaient sûrement bien plus important. Et plus il comprenait cela plus il s'ouvrait aux autres, gagnant petit à petit leur confiance, partageant enfin leurs jeux. Ainsi l'année avançait bien vite, et bientôt ce fut le moment de se séparer. Car, vous le savez, les animaux grandissent plus vite que vous, et ils doivent ensuite partir, affronter la vie, fort de ce qu'ils ont appris, fonder à leur tour leur famille. Mais d'autres petites souris, d'autres petits campagnols et mulots, moineaux et écureuils viendront prendre leur place dans la petite école tout au fond de la forêt, bien cachée parmi les taillis. Mes enfants, tout cela est vrai. Je le tiens de mon amie l'hirondelle, qui vient chaque année faire son nid sous mon toit. Dans son long voyage de retour des pays chauds, chaque année elle s'arrête près de la petite école, elle écoute toutes ces merveilleuses histoires et leur raconte ce qu'elle a vu pendant son long hiver africain. Quand elle sera revenue, qu'elle aura fait son nid, alors sûrement elle me donnera des nouvelles de souricette, et de ses amis, me racontera leurs nouvelles aventures, que je viendrai à mon tour vous raconter. ::: l'auteur? Jacqlyn jacqlynjura@aol.com |