| Ce serait bientôt terminé. Il allait enfin revoir la civilisation. La civilisation de cette planète que l'on appelait autrefois planète bleue. Aujourd'hui, elle aurait plutôt mérité le qualificatif de "planète grise". Atmosphère polluée, nuages chargés de particules en suspension, surpopulation, épuisement des ressources... Le corps céleste qui supportait l'humanité depuis bien trop longtemps était à l'agonie. C'est pourquoi il était parti en mission. Lui et deux autres hommes. Trois explorateurs, trois vaisseaux et trois destinations différentes. Pour une exploration de la dernière chance. Lorsqu'ils étaient partis, tous savaient que le voyage serait long et pénible. Plusieurs années à passer seuls, isolés et livrés à eux-mêmes. Pour sa part, il était parti plein d'espoir et sûr de lui. Ensuite étaient venus divers sentiments qui s'étaient succédé. Le doute, la peur, l'exaltation. Puis la joie, immense... Il avait trouvé ! Au bout de deux années d'une navigation spatiale en solitaire, il était parvenu dans un système solaire qui possédait une planète aux caractéristiques "terramorphes". Une atmosphère semblable à celle de la Terre, de l'eau, des végétaux, une vie animale. Au moment ou il avait posé le pied sur ce sol, il avait hurlé sa joie à pleins poumons. Comme si son cri de bonheur pouvait traverser l'espace et atteindre la Terre pour prévenir ses semblables. J'ai trouvé la terre promise, le paradis perdu, s'était il dit... Il avait commencé son travail de prélèvements et d'analyses. Puis il était tombé malade, après huit jours de travail. Cela avait commencé par une éruption de boutons, puis une forte fièvre l'avait terrassé. Il crut alors qu'il allait mourir. Qu'il ne reverrait jamais la Terre. Incapable de revenir au vaisseau, déshydraté par la fièvre, il s'était traîné jusqu'à ces curieux végétaux qui portaient de gros fruits mauves. Il avait épuisé la réserve d'eau qu'il avait emmené avec lui. La soif était insupportable. Alors il avait décidé de goûter à ses fruits. Après tout, il allait crever ici. Il était malade et ne pouvait pas compter voir un médecin arriver, alors au moins, il ne mourrait pas de soif. Les fruits étaient juteux. La saveur de la pulpe était assez particulière, un vague goût amer, mais le jus avait calmé sa soif ! Pendant environ quatre à cinq jours locaux, il était resté amorphe, écrasé par cette fièvre qui le laissait inconscient une grande partie du temps. Puis il s'était réveillé. Guéri ! Plus de fièvre, plus cette impression que sa dernière heure était arrivée. Il était retourné au vaisseau, s'était lavé. Puis il avait mangé et après avoir repris des provisions, il était reparti continuer son travail à l'extérieur. Près de deux mois terrestre après, il avait terminé. Ce fut encore un moment de grande satisfaction pour lui. Tout semblait parfait pour accueillir l'homme sur cette planète. Il n'avait plus désormais qu'à porter cette nouvelle aux Terriens qui devaient attendre le retour des trois expéditions avec anxiété. Quand il quitta ce système solaire, un des trois vaisseaux d'exploration était en fait déjà revenu sur Terre... Bredouille ! Et le troisième, bien que personne ne le sût jamais, avait été détruit par une collision avec un astéroïde... Il était donc reparti avec l'espoir de ne pas avoir de problème pendant le voyage de retour. Bien que ne sachant pas quels étaient les résultats des deux autres expéditions, il avait la quasi-certitude qu'il était maintenant le seul à détenir la clé de la survie du monde civilisé. La survie de l'espèce humaine. Ses craintes de panne furent hélas fondées. Environs quatre mois après son départ du système qu'il avait baptisé "Seconde Chance", un des propulseurs s'arrêta. Il fut alors près de sombrer dans un état dépressif. Cette panne risquait de prolonger son voyage de retour de plusieurs années, voire de lui faire perdre son cap et de le perdre irrémédiablement dans l'espace à cause du phénomène de dérive. Il se reprit heureusement rapidement et parvint à trouver l'origine du dysfonctionnement. Ses études en électroniques lui furent d'un grand secours. Il avait réparé et repris la route soixante et une heure après l'arrêt du propulseur. La satisfaction d'avoir résolu ce problème l'avait de nouveau remis dans un état de grâce. Il se sentait prêt à conquérir l'univers. Le voyage continua. La monotonie des tâches et la solitude lui pesa d'un poids nouveau sur les épaules. Vivre seul dans cette immense boite métallique finissait par peser. Malgré le fait que les astronautes de ses trois expéditions avaient été choisis pour leurs capacités autant physiques que mentales, leur résistance psychique au stress généré par cet isolement avait quand même une certaine limite. Il n'avait eu aucun contact avec un être humain depuis plus deux ans et demi. Il se parlait parfois à voix haute; pour être sûr qu'il savait encore s'exprimer avec un langage articulé, qu'il saurait encore converser avec ceux qui l'attendaient, sans chercher ses mots, sans bafouiller. Le court-circuit se produisit alors qu'il n'était plus qu'à deux mois de distance de la terre. Le propulseur qui lui avait déjà causé des soucis lâcha définitivement. Il ne lui restait plus que les deux propulseurs auxiliaires pour atteindre son but. Ceux-ci étant moins puissants, il lui faudrait au moins deux bonnes semaines de plus pour arriver à bon port. Mais ce n'était pas très important. Il avait réussi à prendre contact avec la base terrestre quelques heures avant. Il avait appris que l'un des vaisseaux était revenu sans avoir trouvé trace de planète susceptible d'accueillir l'homme. Son voyage avait été beaucoup plus court puisque le secteur qu'il devait explorer était moins dense en corps célestes. Il n'avait donc eu qu'à faire un "simple" aller-retour entre son point de départ et sa cible. Quant au troisième vaisseau, la base n'en avait aucune nouvelle... Il navigua donc pendant plus de deux mois "au ralenti" pour atteindre la Terre. Il communiquait régulièrement par radio avec la base. Il raconta ainsi une grande partie de son périple aux gens de la base pendant son approche. Il ne parla cependant pas des quelques jours de fièvre qui l'avaient mis provisoirement hors circuit sur la planète de Seconde Chance. Il ne souhaitait pas plus que ça passer plus de trente ou soixante jours en isolation. Il venait déjà d'en tirer pour presque cinq ans dans sa "prison" spatiale. Le jour ou il se posa fût un jour de liesse mondiale. Il fût convié à de nombreuses réceptions, officielles ou non. Il était un héros. Le héros du monde. Celui qui sauvait l'homme condamné à s'éteindre sur une planète asphyxiée et exsangue. La joie fut générale... Mais de courte durée. Les premiers cas se déclarèrent un mois environ après son retour. La contamination fut extrêmement rapide et fulgurante. Une maladie nouvelle décimait la population à une rapidité vertigineuse. Trois mois après le cas n°1, les morts se comptaient par millions. On ne localisa jamais le cas zéro. Celui qui était le vecteur originel de la contamination. Mais celui-ci était, après une année terrestre, le seul survivant planétaire. Il n'avait maintenant plus toute sa raison. Il était devenu fou lorsqu'il avait compris. Mais quand il s'était rendu compte que cette épidémie, il l'avait emmené avec lui depuis "Seconde Chance", il était déjà trop tard pour l'humanité... ::: l'auteur? Jean-Marc.. . . . jm-bag@infonie.fr - Miroir... |