L'ascension.

 
Il était au pied du mur, maintenant, c'était le cas de le dire! L'immense paroi s'élevait devant lui.
 
L'ascension serait terriblement ardue. La construction semblait très hermétique et bien protégée contre les intrusions extérieures. La mission allait être particulièrement difficile, il serait dur de trouver un passage. Bien que les chances de succès soient minces, il ne renoncerait pas pour autant. Il resta quelques longues minutes à observer les aspérités de la paroi qu'il allait tenter de gravir, mémorisant les passages plus ou moins difficiles qu'il aurait à franchir. Du bas, tout n'était pas visible et il aurait probablement des surprises en chemin. Il finit par se donner le top du départ et entama ce qui serait un long parcours ascendant. Pour le moment, il ne faisait que deviner la corniche qui était son objectif premier. Il s'accrocha aux premières prises et se hissa le long de ce mur titanesque.
 
Son ascension durait maintenant depuis des heures. Il devait avoir atteint à peine la moitié de la distance totale.
 
C'est le moment que choisit le vent pour se mettre à souffler. La première rafale le déséquilibra, et il faillit lâcher prise. Il s'accrocha de toutes ses forces pour résister au souffle, se plaquant contre la paroi pour ne pas offrir trop de prise au vent. Il poursuivit sa progression en redoublant de prudence. Il n'était plus tellement loin de la corniche maintenant.
 
Quand il arriva juste en dessous, le vent se déchaînait toujours, et il comprit que cela créait un obstacle supplémentaire à son franchissement. Tenter de grimper en ligne droite sur cette bordure lisse serait suicidaire. Il devrait contourner l'obstacle pour atteindre le côté avant de prendre pied sur le plat de la corniche. Si seulement ce maudit vent ne s'était pas levé! Il continua sa progression latéralement vers la gauche pour atteindre le bord de la corniche. Lorqu'il arriva sur la partie plate, le jour faiblissait. Cette ascension lui avait pris la journée. Ses membres endoloris n'étaient plus qu'une onde douloureuse. La fatigue était installée, il décida donc de se plaquer dans un recoin pour dormir et récupérer. Il n'avait plus suffisamment d'énergie pour poursuivre son exploration tout de suite.
 
Dans la place.
 
Au réveil, le jour s'était levé et le vent ne soufflait plus qu'en légère brise. Il longea la paroi et aboutit à une cavité qui semblait être l'entrée d'un tunnel d'aération ou d'écoulement, il ne savait pas trop. C'était une chance à ne pas laisser passer. Il s'engagea dedans après quelques secondes d'hésitation. Le conduit était légèrement pentu et il progressait en montant. Il ne tarda pas à arriver dans une sorte de gorge lisse. Ce tunnel devait effectivement servir à l'écoulement et non à l'aération. Il devait donc quitter ce piège au plus vite, car il pouvait être surpris par une vague déferlante qui l'entraînerait sans qu'il puisse rien faire. La chance se présenta sous la forme d'une cassure de la gorge qui laissait filtrer la lumière et un petit courant d'air. Ce passage devait mener vers l'intérieur. Il se faufila dans la brèche. Il ressortit sur une petite corniche qu'il longea comme il l'avait fait sur la partie extérieure. La paroi ici était à-pic, mais beaucoup moins haute qu'à l'extérieur. Par chance il y avait aussi des installations techniques qui allaient lui faciliter la tâche. Il se laissa tomber sur une large surface métallique qui se trouvait sous la corniche. Il trouva ensuite une grosse canalisation le long de laquelle il se laissa glisser jusqu'à atteindre le sol. Il était dans la place! Restait maintenant à découvrir l'emplacement où étaient entreposées les réserves. Il ne disposait pas de plan, il faudrait donc explorer les lieux pour en connaître la topographie. Ca promettait, car ce bâtiment était dantesque. Tout semblait conçu pour des géants et il allait devoir parfois progresser à découvert en terrain ennemi, ce qui augmentait les risques de façon certaine.
 
L'environnement était totalement étranger à ses yeux. On aurait aussi bien pu le transporter sur une autre planète, ça n'aurait fait aucune différence! Il longea pendant quelques pas une énorme tuyauterie qui courait au-dessus de sa tête, puis s'arrêta pour observer les alentours. Il progressait au hasard. Il se lança sur une bande de terrain découvert, en avançant aussi vite qu'il le pouvait. Il arriva bientôt à l'orée d'un terrain d'autre nature. Une sorte de forêt, plantée de curieuses herbes qui paraissaient synthétiques s'élevait devant lui. On lui avait rapporté certaines choses incroyables sur des incursions faites par quelques vétérans. Il avait toujours cru qu'il s'agissait de bobards destinés à rendre les récits des anciens plus intéressants. Aujourd'hui, il commençait à croire que ce qu'il avait entendu était réel. Si tel était le cas, il risquait gros en s'aventurant dans cette espèce de jungle. Il s'y enfonça pourtant; parce qu'il fallait bien faire quelque chose pour progresser dans la mission. La marche était peu aisée dans ce fatras broussailleux. Par endroits, les curieux végétaux étaient tout aplatis, comme si un énorme animal s'y était couché. Ces "clairières" facilitaient un peu la progression, aussi ne s'en plaignait-il pas, mais il redoutait une rencontre avec l'espèce qui avait causé ces dégâts. Il finit par atteindre l'autre extrémité de cette curieuse forêt et il dut traverser de nouveau un espace à découvert avant d'arriver près d'une sorte de pylône de bois qui soutenait une partie de la gigantesque construction sous laquelle il se trouvait maintenant. Il décida que l'endroit serait idéal pour prendre une nouvelle période de repos, aussi se tapit-il dans l'ombre, au pied de cet énorme pylône carré.
 
Exploration pleine de surprises.
 
Quand il s'éveilla, il décida de prendre une direction, s'en remettant totalement au hasard, car il ne savait pas où trouver les entrepôts qui renfermaient les réserves. Il devrait donc explorer les environs en espérant trouver rapidement son but. Il franchit un obstacle convexe, à la surface dure et glissante et se retrouva sur un sol d'une autre nature. Une surface froide et légèrement granuleuse recouvrait le sol. Il s'aperçut très vite qu'il s'agissait de plaques posées les unes après les autres, car il franchissait régulièrement un petit dénivelé qui n'était autre qu'un joint entre deux plaques. Puis il tomba en arrêt devant un monstrueux édifice. Il semblait fait d'un seul bloc et sa surface froide et dure était aussi dénuée de la moindre aspérité. Il ne devait pas compter escalader une construction fabriquée dans une telle matière! Il contourna donc l'objet. Il traversa toute une portion de terrain dont le sol était mouillé, il y avait donc de l'eau ici, mais il aurait préféré trouver la nourriture... Au lieu de cela, il découvrit une pelote de longs fils fins et souples qui, poussée par un faible souffle d'air, venait dans sa direction. Il se tassa le long de la paroi qu'il suivait pour laisser passer l'agglomérat emmêlé qui finit par s'échouer le long du mur. Il y avait de curieux trucs ici, mais rien qui pouvait l'intéresser. Il regagna son point de départ, près du gros pylône, et reprit une autre direction. Alors qu'il progressait à l'ombre de la construction, il se produisit un micro-séisme. Le sol vibra de façon presque imperceptible, mais nette. Il ne chercha pas à connaître la source de cette vibration et continua sa progression. Il finit par trouver un autre obstacle convexe, lisse et brillant, qu'il franchit. De l'autre côté, le sol était aussi constitué d'une matière dure, mais beaucoup plus irrégulière. Le sol était plus bosselé que celui qu'il avait foulé précédemment, mais il retrouva les mêmes jonctions, à des distances plus importantes cependant. Il trouva d'autres pylônes, ronds cette fois ci. Et les premières traces grasses sur le sol. Il pensa qu'il était sur la bonne voie, et continua en scrutant les alentours.
 
Près du but.
 
Après avoir contourné différentes installations, dont une qui émettait un monstrueux bourdonnement qui l'avait fait sursauter, il arriva près d'une construction en bois. Il touchait au but, il en était certain! La structure était ajourée par endroits et l'escalade de sa façade ne serait pas une difficulté pour lui. Il se prépara et entama l'ascension. Il s'introduisit dans l'un des premiers passages qu'il trouva. Il était bien dans un entrepôt! Le seul problème, c'est que le contenu du stock n'était pas celui qu'il cherchait. Ici, il n'y avait que des gros containers cylindriques étanches qui ne pouvaient pas lui être utiles. Il reprit donc son ascension par la façade afin d'atteindre les niveaux supérieurs. Il en explora plusieurs qui se révélèrent tout aussi décevants. Certains contenaient du matériel dont l'utilité lui échappait, les autres étaient emplis de ces containers cylindriques ou rectangulaires. Mais il ne perdait pas espoir, car certaines traces lui confirmaient qu'il touchait au but. Et il arriva enfin dans une partie de la construction qui lui confirma qu'il avait eu raison de ne pas laisser le découragement le submerger. Il venait de trouver des réserves de nourriture! Il y en avait tant que tous seraient à l'abri de la faim. Il allait repartir avec un échantillon, puis il reviendrait ensuite avec une unité et ils convoieraient la nourriture jusqu'aux réserves royales.
 
Il commença le découpage d'un bloc. Il ne lui fallut que quelques minutes pour achever son travail. Il allait maintenant faire la route inverse pour rejoindre la base. Il se dirigeait vers la sortie quand la lumière inonda les lieux. Avait-il été repéré? Il accéléra le pas au maximum pour atteindre un endroit à couvert. La charge le ralentissait un peu. Il n'était plus qu'ŕ une distance ridicule d'une cache repérée quand il ressentit une douleur aiguë dans le dos. Il lâcha son butin et tenta de se traîner à couvert. Mais une nouvelle attaque le cloua sur le sol. Il n'irait pas plus loin. C'était la fin du voyage. Il sentait la vie s'enfuir de son corps martyrisé qui n'était plus qu'une atroce bouillie d'organes. Seul le cerveau fonctionnait encore, pour lui permettre de mesurer son échec avant de sombrer définitivement...
 
Epilogue.
 
La femme ouvrit la porte du placard. Celle où elle rangeait le sucre. Elle repéra la petite tache noire qui filait sur l'étagère, chargée d'un éclat blanc et brillant qui reflétait la lumière. Elle tendit le bras, et du bout du doigt, tapa sur l'insecte qui allait se mettre à l'abri d'une pile de soucoupes. Un petit craquement retentit. La fourmi bougeait encore un peu, elle appuya un peu plus cette fois.
 
- Chéri, il faudra remettre de l'insecticide! Je viens encore de trouver une fourmi sur l'étagère, près du sucre!
 
Ainsi mourut 2761453, fourmi-soldat de la base de Cki-T'in-Moz, en mission d'exploration, et qui avait pour but de trouver des réserves de provisions pour pallier un manque de nourriture suite à la destruction d'une grande partie de leurs réserves par un énorme outil qui avait éventré une section importante de leur fourmilière.
 
 
 
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l'auteur? Jean-Marc.. . . . aime la nature, les p'tits z'oiseaux, l'ouverture d'esprit, la bonne bouffe...
 
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