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La petite fille au glaçon. Il était une fois, et c’est souvent ainsi que naissent les légendes. Il y a très longtemps dans le Harwilland. Une petite fille blonde vivait loin du regard des hommes, des villes, des villages et des hameaux. Elle s'appelait Peques os Flanes de Pera. Elle ne savait même pas ce qu’était une maison, elle n avait pas d’autres amis que les animaux de la forêt: lapins, biches, chevreuils et même un vieux sanglier ! Aucun être humain n’osait s'aventurer dans cette grande forêt. Une grande forêt qui sans doute l'avait vu naître un de ces longs soirs d'hiver glacés. Elle habitait dans une sorte de grotte qui n'était accessible que par un vieux tronc d'arbre creux. Belle cachette pour s’abriter du vent, du froid, de la pluie mais surtout, se garder des loups et des grands ours très friands déjà à cette époque dans ces lointaines contrées sauvages. Ainsi au rythme des saisons, Peques os Flanes de Pera menait une petite vie bien tranquille. Parfois elle se souvenait de sa mamy Gatina qui lui avait enseigné tout bébé l'art de survivre au milieu des bois. Une vieille femme adorable sous ses faux airs de sorcière et qui avait disparu par mystère un de ces matins où les feuilles commencent à tomber, comme lourdement meurtries par un bon soleil qui se montre bien parfois sans aucune pitié. Peques os Flanes de Pera ne s'en était pas trop soucié sur le coup. Il arrivait souvent que mamy Gatina s'absente quelques jours, voir même plusieurs lunes. Mais bien des saisons s’étaient succédées depuis et ce n’était plus à présent qu’un vague souvenir. Enfin, malgré cette curieuse absence la petite n’avait rien changé à ses habitudes. Elle enchaînait des journées à gambader et à jouer dans les bois et les clairières avec ses petits amis les écureuils. Chaque matin elle buvait de la rosée bien fraîche dans une grande feuille de marronnier puis elle ramassait ça et là de temps à autre quelques-unes de ces délicieuses baies sauvages que la nature lui offrait. Elle prenait bien soin de choisir les bonnes! Quelques-unes étaient bien appétissantes, mais bien trop belles pour être honnêtes, elles pouvaient donner des boutons, faire rendre ou pire certaines peuvent même te tuer lui disait mamy! Mais sa mamy Gatina avait pris soin avant de se volatiliser, d’initier l’enfant à tous les pièges que ce joli monde pouvait lui tendre. C'était facile, disait-elle, il suffit, simplement d'observer nos amis les animaux ! Les animaux ne se trompent jamais, lui répétait sans cesse mamy! Souvent Peques s'amusait avec Titou un petit lapin blanc qui était très petit mais surtout très-très malin. Titou était non seulement son meilleur ami mais aussi et singulièrement malgré sa taille, le chef des lapins! Aujourd’hui cet univers étrange n’avait plus aucun secret pour elle. Et parfois, il semblait même à Péques de posséder certains pouvoirs secrets capables d’influencer cette nature. Un jour comme les autres… Non! Ce n’était pas vraiment un jour comme les autres ! Il n’attaquait pas comme les autres celui là! Ce n’était pas pareil ! Pas comme d’habitude ! Il avait quelques chose de plus qui le rendait différent. La nuit avait été calme jusqu’à ce que l'aube ne frissonne et ne s’accompagne d’un monstrueux orage terrifiant qui était venu gronder jusqu’à l’intérieur de la grotte. Peques angoissée par la tempête avait cru même un moment entendre la voix de mamy Gatina qui l’appelait. Elle distinguait venant du dehors les doux éclats d’une phrase qui semblait dire : N’ai pas peur Peques ! Tais-toi tonnerre ! Un violent coup de foudre résonna comme un écho. Puis plus rien... Téméraire, l’intrépide Peques toute surprise avait tout de suite pointée sa petite frimousse hors du terrier… Mais dehors personne ! Seulement ce gros soleil rouge décochant un tout premier rayon paresseux qui faisait fumer le sol tout humide. Tout cela la rassuré ou presque, mis à part la forte odeur de terre gorgée de pluie rien n’avait changé. C’était étrangement calme. Voilà ! C’est uniquement pour cela que Peques est sorti de bonne heure ce matin là. Tu parles ! Aucun risque, les animaux les plus terribles mais aussi souvent les plus trouillards s'étaient tous terrés tremblants dans leurs tanières! Autour de la grotte : Rien! Même pas l’ombre un chat sauvage! A Koudtric, un petit village du Harwilland vivait une autre petite fille. Elle s'appelait Peren Pudding! C'était une petite fille brune guère plus âgée que la sauvage blondinette des bois. Elles auraient pu être amies mais elles ne se connaissaient pas. Peques os Flanes de Pera ne connaissait personne d’ailleurs ! Alors pourquoi elle ? Bizarrement, à Koudtric, Peren Pudding était la seule petite fille. Dans ce village, il n’y avait que des petits garçons et leurs parents ? Il faut bien avouer que ce n’était pas tous les jours facile pour cette fillette. Les garçons l’embêtaient tout le temps et se moquait d’elle ! Peren vivait dans une grande chaumière au cœur du village seule avec sa mère. EPOLAS n'était pas une gentille maman, elle battait sa petite fille du soir au matin. Elle lui faisait tout faire! Elle s'amusait à lui demander des choses totalement impossibles à réaliser. Soulever une charrette pleine de foin pour l’amener dans la grange, ranger un tas de bûches monstrueux en trente secondes, faire la lessive et que le linge soit sec tout de suite ! Avec cette mégère il fallait toujours que tout soit fait avant d'être commencé! Le pire c'est que Peren Pudding essayait quand même de la satisfaire. N'arrivant pas à soulever la charrette : elle vidait le foin dans la grange, ensuite elle essayait en vain de la décoller du sol et finissait toujours par la garer en la poussant! Le tas de bûches était rangé en bien plus de trente secondes, mais il était rangé! La lessive une fois faite séchait au grand soleil ! Voila comment Epolas arrivait toujours à ses fins en maltraitant sa fille et en lui rabâchant toujours entre deux gifles qu'elle était nulle, sans muscles ni cervelle. Le pire c’est qu’Epolas était la grande Maîtresse du village ! Personne n’osait donc rien dire ! C’est même elle qui avait interdit les petites filles à Koudtric. Un jour le roi du Harwilland qui, comme tous les rois évidemment ignorait tout de ce qu’il se passait dans son propre pays, décidait d'inviter dans son magnifique château toutes les petites filles du royaume pour faire une grande fête à l’occasion de l'anniversaire du jeune prince. Tous les ministres, tous les domestiques, tout le pays était mobilisé pour les préparatifs. Ce serait merveilleux. Evidemment à Koudtric, Peren Pudding était la seule petite fille! Mais la méchante Epolas lui serinait à longueur de journée qu'elle n’irait jamais ! Ou alors… à une seule condition! Aller lui chercher de la glace ! Cette année là, il faisait très-très chaud, et cette vilaine femme avait toujours très-très soif, aussi elle lui demandait une fois de plus l’épreuve la plus impossible à accomplir. De la glace en cette saison ? Il y en avait bien de la glace mais au sommet du Gling, la plus haute montagne du pays. On le voyait très bien le Gling du village, mais pour arriver à ce grand glacier il fallait obligatoirement contourner la forêt sauvage, sinon! La grande fête avait lieu dans un mois! Et atteindre le Gling en suivant la route la moins dangereuse prendrait plusieurs jours. Aussi, la petite fille décidait de partir immédiatement. Sitôt dit sitôt fait et la voilà qu’elle s’en va trotti-trottant un grand sac de toile plié sous son bras. Elle contourne la forêt si incertaine et met trois jours entiers pour gagner les premières glaces. Une fois arrivée, elle farcit sa besace autant qu'elle le peut, puis en hâte, et chargée comme un baudet elle entame sans attendre le chemin du retour. Au cours de son voyage elle voit filer un troupeau de sanglier qui brusquement coupe le sentier. Oh des sangliers! Se dit-elle effrayée. Puis ce sont plein de petits lapins qui sautillent devant elle juste avant de disparaître dans les fourrés épais, oh! Des lapins se dit-elle ! Soudain c’est toute une colonie d’oiseaux en escadrille qui semblent piquer sur elle, puis ils virent au dernier moment en rase motte pour disparaître on ne sait où ! Oh ! Des oiseaux… Au bout de deux heures, la glace avait complètement fondu ! Peren pudding rentrait au village aussi bredouille que désespérée et bien malheureusement certaine de ne jamais voir ni le roi, ni le gentil prince. Sa mère ricanait à plein nez en la voyant se traîner lamentablement. La pauvre petite Peren abattue par six jours de marche et d’efforts surhumains pleurait de toutes ses larmes! - Ah ! Ah ! Sans muscles et sans cervelle ! Eh tu n'iras pas, tu n'iras pas ! Bonne à rien, tu es nulle ! Va plutôt faire la vaisselle au lieu de pleurnicher ! Feignante ! Braillait sa vilaine mère. Les semaines passèrent et la fête s’approchait à pas de géant! Peren Pudding n'en peut plus de penser qu’elle va manquer une si magnifique journée, le grand rêve de sa vie va bientôt s’écrouler. Mais un matin bizarre, un gros orage monstrueux est venu la tirer de son sommeil et de ses rêves. De gros éclairs accompagnés de tonnerres atroces ébranlaient tout dans la chaumière, la bâtisse elle-même n’était pas épargnée. La foudre s’était abattue d’un seul coup si prés ! Et après l’explosion plus rien… Sinon toujours les monstrueux ronflements de son ogresse de mère que le déluge lui -même ne pourrait engloutir. Il ne me reste plus que quelques jours avant cette angoissante ou merveilleuse journée, tant je ne sais plus moi-même si je la redoute ou si je l’attends ? Se disait Peren allongée sur sa paillasse. Cette pensée torturait sans cesse la petite fille. Sans tarder ce matin là elle se leva bien décidé à risquer une dernière tentative. Pourtant, aujourd’hui rien qu’aux premières lueurs de l’aube il fait déjà très chaud, il n’y a guère d'espoir de réussite. Mais, ce n’est pas un jour comme les autres… il faut qu'elle essaye encore une dernière fois pour ne jamais rien avoir à regretter. C’est décidé ! Elle coupera par la forêt tant pis si elle échoue ou se fait manger par les fauves ! C’est le seul moyen. Grrr… A mesure qu'elle s'avance dans les bois, elle entend des hurlements de loups et tout plein de grognements effrayants qui font trembler chacun de ses pas. Peren se montre de plus en plus courageuse et continue tout droit sans faillir en direction du Gling. Elle le voit ! Il se dresse fier et étincelant derrière les arbres géants de cette forêt terrifiante. Il lui semble toujours que des petits bruits horribles la poursuivent, pour en avoir le cœur net, elle s’arrête et bravement se retourne ! Rien ! Rassurée, elle pose une main sur un petit arbuste et ses doigts sont prêts à cueillir un des gros fruits rouges. Soudain ! Le grain à peine effleuré Peren puddings sursaute -"Non pas toucher bobo ton bidon sinon" Quelle est cette voix étrange? Qui peut bien parler ainsi? Elle se retourne apeurée et voit une petite fille aux cheveux blonds et longs tous en bataille, elle est très belle, aussi belle qu'elle, mais visiblement très pauvre, plus pauvre qu'elle figée dans ses hayons. Qui es-tu ? Demande étonnée Peren. C'était la première fois que l’une et l’autre voyaient une petite fille, elles se dévisagèrent… ? Elles sont peut-être toutes comme ça se dirent-elles. - M'appelle Peques os Flanes de Pera, mais longtemps ça fait plus personne m'appelle! PFUT ! Copains moi pas parler ! Jamais ! Quel nom biscornu ? - Moi c'est Peren Pudding, Mais que fais-tu dans la forêt à cette heure? - Forêt chez moi! Et toi quoi tu fais là ? Moi pas connais toi? D’abord connais personne ! Peren rejète aussitôt le fruit qu'elle allait cueillir tout en faisant une vilaine grimace puis explique toute l’histoire à Peques, le village, sa mère, la fête au château et surtout le Gling et les glacons… la chaleur! Enfin le drame quoi! Peques l'a écouté bien attentivement. Soudain elle met ses doigts dans sa bouche ? Mais que fait-elle ? D’un seul coup ses joues se mettent à gonfler et se vident entièrement dans un souffle, mais un souffle si fort… C’est incroyable ! Un long sifflet crépite. Un sifflet à te casser les oreilles ! Peren n'avait jamais entendu un sifflement pareil! Même les garçons du village, même le plus fort, il ne sait pas le faire ! Aussitôt deux cerfs surgissent, des lapins, des écureuils, un sanglier et même des oiseaux qui tournicotent juste au-dessus d'elle en pioupioutant gentiment. Moi et copain à moi aider Peren! Déclare Peques, son regard bleu très décidée. Et les voilà qu’ils partent à toute vitesse vers le Gling. Peren et Peques sont chacune monté sur les grands cerfs ; Réglisse et Scoubidou qui tous deux se mettent à foncer têtes baissées les bois dressés vers le glacier. Au bout de quelques heures Peren peut enfin charger ses sacs (la maligne cette fois en a pris deux). Juste à peine le temps de se reposer un peu et sans attendre, ils font demi-tour, direction Koudtric. Pas marrant ! Il fait encore plus chaud que les autres jours, à croire que c’est fait exprès ! Et bien sûr la glace se met à fondre, elle fond, fond, de plus en plus, de l'eau commence à goutter des sacs, c’est comme s’ils transpiraient… Ce voyage n’en finit pas ! Au bout de longues heures passées à galoper, on aperçoit enfin le village au loin. Les cerfs exténués tirent une langue de six pieds ! Ils sont épuisés. A présent Les gros pains de glace qu'elle a chargés ne sont plus au fond des musettes que des petites pelotes guère plus grosses que ses poings… Leurs montures s’écroulent au bord de l’agonie, accablés par cette course ahurissante. Ce serait trop bête d’échouer si prés du but! Scoubidou le plus vieux des deux et sur lequel Peren a chevauché toute la journée s’effondre ! Son œil se fixe dans le regard de la petite fille… Il va mourir ! Ses naseaux semblent chercher un peu d’air dans un dernier souffle… Tant pis pour le prince ! Peren serre très fort ce qu’il lui reste de glace dans ses petites mains… Peques relève la tête de l’animal… Quelques gouttes perlent dans sa gorge, son œil se ravive… Il respire…Il est sauvé ! Peques et Peren se regardent sans parler et s’échangent de tendres sourires complices … Une vie vaut bien d’avantage qu’une fête au château… Peques saisit les poignets de son amie et les enferme dans ses mains. Elle lève les yeux au ciel en inspirant profondément, baisse les paupières. Là, elle serre très fort ses mains, de plus en plus fort… et le miracle se produit ! La chaleur est écrasante ! Un anodin petit nuage très noir apparaît dans ce ciel d’un bleu pur aussi accablant que pesant d’intensité ! Toutes deux à genoux fixe cette apparition… Un violent coup de tonnerre éclate ! Mystérieusement il ne fait pas peur ? Le petit nuage se transforme soudain comme s’il était le visage d’une vieille femme aux faux airs de sorcière. Un grand sourire s’y dessine. Un sourire dont s’échappe une pluie de grêlons gros comme des œufs qui viennent gaver les deux sacs de toile. Puis c’est maintenant une pluie rafraîchissante qui vient apaiser leurs fatigues. Mais ce n’est pas tout ! On voit surgir Titou ! Le chef des lapins et grand ami de Peques. Titou n’est pas seul ! Derrière lui il y a toute la tribu qui débarque! Le nuage disparaît aussi vite qu’il est apparut. Scoubidou et réglisse se redressent ! Mais le village est encore loin… Peques que le bonheur de cet instant à exalté entrevoit une idée géniale. L’idée qui peut marcher ou mieux, on devrait dire courir. La solution est devant elle et semble évidente : Mollosse et Grossosse deux énormes lapins plus rapides que tous les vents réunis! Peren qui se désespérée n'y croyait plus! Moi idée PerenPudding ! Moi promet toi iras fête ! Toi retire sabot, moi attacher Mollosse et Grossosse à pieds toi, et moi faire nœud avec oreilles eux pour bien tenir petons. Les grosses pantoufles courir à la place de pieds toi jusqu'au village! Aussitôt dit aussitôt fait. Ah ! Il faut les voir maintenant tracer la campagne comme une flèche la petite Peren et ses lapins-souliers … inimaginable ! La chaleur a presque disparu tant la vitesse est folle, ses beaux cheveux blonds flottent ; on dirait un drapeau. A l'entrée du village les deux gros rongeurs quittent ses pieds. Elle enfile ses sabots, et mine de rien, débarque triomphalement au milieu des habitants assommés par le spectacle. Personne n'y croit, de la glace à KOUDTRIC ! En cette saison ? Elle a réussit! Au passage elle distribue généreusement à qui en veut et en riant les belles billes de glace qui brillent comme des gros calots de diamant. Arrivée en vue de sa chaumière, elle aperçoit sa vipère de marâtre qui l’attend dressée et prête à planter ses crocs pour cracher son venin ! Majestueuse et fière, Peren se dirige vers elle les deux mains jointes. Des petites menottes au creux desquelles il ne reste plus qu’un minuscule glaçon pas plus gros qu’un pouce qui flotte ridicule! C’est bien suffisant ! Tout le village en est témoin, même Epolas qui la voyant s’approcher a faillit s'évanouir de rage. Et les garçons ont tous sans exception hurlé à pleine voix : PEREN! PEREN! PEREN! Vive! PEREN! Comme elle est belle cette petite ce soir! Elle se plante alors devant la mégère et lui offre respectueusement un insignifiant morceau de glace qui fond presque aussitôt dans la main d’Epolas. Voici ! Mère votre souhait est exaucé ! L’autre lui jète un regard de haine, elle ne peut rien faire d'autre sans prendre le risque de s'attirer la colère des villageois. Cet exploit fait le tour du royaume et dépasse même toutes les frontières ! Et voilà ! C'est ainsi que Peren a pu se rendre à l'anniversaire du jeune prince et rencontrer le roi. Mais l'histoire n'est pas terminée, Une petite fille du royaume que personne n’avait jamais vu accompagnait Peren. Le roi stupéfait par le récit voulu les rencontrer et il fut très étonné par la ressemblance des petites filles avec le jeune prince, mais ça c'est une autre histoire… ::: l'auteur? Hugo Limani. hugo.limani@free.fr |