Thérèse...
 
Thérèse
l'auteur
Alfred était assis sur le lit. Il faisait beau, Thérèse chantait dans la cuisine.
- Thérèse! Porte-moi le café s'il te plaît ma chérie.
- Oui  Alfred tout de suite,  répondit-elle avec douceur. Elle s'acquitta toujours en chantant de cette tache. Il burent  le café, parlèrent de choses et d'autres, puis elle se leva et retourna à son travail.
- Puisque tu es debout tu devrais aller acheter le journal.
Thérèse sortit,  et revint avec le journal quelle donna à Alfred.
- Peut-tu me faire passer un crayon s'il te plaît.
Elle le lui apporta.
- C'est une mine dure enfin tant pis dit-il déçu. Ha ! Une gomme aussi.
Chacun dans son coin vaqua à ses occupations Thérèse à son ménage, Alfred à sa lecture.
- A boire! Dit tout à coup Alfred J'ai soif !
Thérèse lui servit de la limonade,
- Quand tu reviendras-tu me prendras le livre qui est sur le bureau, dit-il.
La matinée se passa ainsi  Thérèse à ses tâches ménagères, Alfred à ses rêveries. Midi venu, Alfred se leva pour manger, puis il se recoucha pour faire la sieste. Il avait cette habitude depuis toujours; aussi, quelle que fut sa non-activité, il ne pouvait s'en passer. Thérèse le rejoignit. Après s'être apaisés par quelques actes amoureux où Thérèse du faire preuve d'une grande activité, ils s'endormirent. Alfred  ronfla à satiété. Thérèse soupira, mais étant  habituée à cette harmonie elle finit par s'endormir.  C'est justement le moment que choisit Alfred pour se réveiller. Il s'étira avec précaution il faut dire que Thérèse développait à son réveil un mauvais caractère proportionnel à son dévouement. Cela devait être dû à  une révolte contenue. Il se tourna est tenta de prendre un livre avec précaution. Celui-ci lui  échappa des mains. Il se pencha pour le ramasser, et c'est là que cela commença.
Il sentit une force irrésistible l'attirer vers le sol. Les yeux écarquillés il s'enlisa lentement dans le plancher  les mains en avant. Il cria.
-Thérèse ! Au secours! Je m'enfonce!
- Qu'as-tu à hurler comme un veau, tu m'as encore réveillée !
- Retiens moi je m'enfonce!
- Qu'as-tu encore  inventé ? Elle  se mit à califourchon, le prit à la taille et tira avec force. Le combat dura ainsi un bon moment. Tantôt c'était Thérèse qui gagnait tantôt c'était le sol. Bien  que Thérèse fut robuste, au fur et à mesure le sol gagnait  sur Alfred l'engloutissant irrémédiablement. Dans un dernier effort elle le tira à elle, mais Alfred lui glissa des mains.
- Hé merde !  Elle lâcha Alfred. Celui ci fut aspiré comme un spaghetti.
D'Alfred il ne resta alors qu'un pied où  gigotaient des doigts. Elle s'assit sur le lit. Se gratta la tête. Elle posa délicatement son pied sur le sol elle put constater qu'elle ne s'y enfonçait pas. Cette certitude acquise elle entrepris de décoincer Alfred. Celui resta obstinément enfoncé.  Le pied était chaud cela la rassura un peu. Il lui fallait remettre un peu d'ordre dans son esprit.
- La première des choses il faut que je descende chez le voisin pour voir son plafond. Bien que si Alfred apparaisse au-dessous cela se saurait déjà, c'est sûr. A moins que les voisins ne soient pas là. Cela était assez délicat, du fait de leurs relations  qui n'étaient pas très bonnes avec ces gens.
- Le téléphone! C’est ça le téléphone. Il est placé juste en dessous donc j'appelle, ça sonne et j'écoute. La Josette va sûrement avoir sa crise d'hystérie.
Thérèse fit le numéro le téléphone sonna Josette décrocha, Thérèse raccrocha.
- Bon Ils sont là, Et à priori Alfred n'est pas visible chez eux. Que faire? Elle retourna dans la chambre. Le pied d'Alfred était toujours là Les doigts remuant. Elle s'assit. Les jambes installées de chaque coté du pied elle entreprit par des mouvements de gauche à droite de décoincer Alfred. A sa grande surprise le pied se dégagea tout à coup, ce qui eu pour effet de la faire tomber à la renverse. Elle se rassit le pied à la main qui se débattait comme un diable. Sur le plancher, il subsistait un trou duquel un léger souffle passait. Elle posa le pied délicatement sur le lit, et regarda dans le trou. Ce n'était pas la chambre des voisins qu'elle vit. En fait, elle ne vit rien d'autre qu'un trou noir d'où s'échappait une vague odeur qu'elle prit pour de l'encens. Elle appela doucement, à cause des voisins.
- Alfred tu es là!
Un vague murmure lui parvint. Elle se rapprocha et redit :
- Alfred!
- Je suis dans le trou, Thérèse, fait quelque chose!
- Pour être dans le trou tu y es bien, et moi je suis dans la merde! Dit-elle, tu as mal?
- Non pas particulièrement mais je n'arrive pas à remonter ça glisse. Je ne savais pas que le plancher était si épais.
- Alfred, ton pied!
- Quoi mon pied!
- Il est resté dans la chambre, et il bouge comme s'il était vivant.
Le problème était assez délicat avec Alfred d'un coté et son pied de l'autre. Elle prit le pied dans ses mains. Il était toujours chaud. Elle tâta la cheville elle sentit un battement de rythme cardiaque. Elle pinça le pied.
-  Aie ! Qu’est ce que tu fais? Cria Alfred du fond du trou.
- Je ne savais que vous étiez relié, dit Thérèse.
- Maintenant tu le sais. Va plutôt voir Emile.
Emile était un ami du couple, Il était neurologue
- Emporte mon pied avec toi pour qu'il l'examine.
 Elle prit le pied, et le regarda en le tournant dans la main. Il n'y avait pas de sang, mais le pied s'arrêtait d'une façon que l'on pourrait dire naturelle dix centimètres  au-dessus de la cheville. Elle s'habilla rapidement, pris un grand cabas est y installa avec soin le pied d'Alfred.
- Bon j'y vais si on sonne ne répond surtout  pas.
Emile avait des permanences en qualité de médecin contrôleur à la sécurité sociale. Thérèse décida de si rendre à pied. Elle marchait d'un pas rapide serrant contre elle le cabas. Arrivée dans le hall de la sécurité sociale, elle demanda au planton une entrevue  avec Emile à titre personnel.
- Asseyez vous il est en consultation. Je lui signale votre présence, c'est de la part de madame?
- Thérèse dites-lui simplement Thérèse dit-elle.
Lle préposé sourit, elle ne comprit pas pourquoi et s'installa sur un des bancs. Elle entrouvrit avec précaution le cabas.  Le pied était toujours chaud, il lui sembla même qu'il s'étirait.
- Vous attendez pour la visite?
Elle sursauta.
L'homme assis en face de Thérèse devait être issu d'une lignée à gestation difficile. Une espèce de visage blafard encadré d'une chevelure de type chien mouillé, visiblement coupée par des ciseaux divagants. Sa bouche légèrement entrouverte sur un sourire à cursus infime, qui laissait paraître quelques dents suspectées d'odeurs nauséabondes, contenait avec peine un petit filet qui restait entre les deux lèvres cadençant les quelques mots inaudibles ponctués de vagues " moi ils ne me connaissent pas" Thérèse  le regardait en se frottant les commissures de la bouche, et comme pour échapper à cette vision de cauchemar elle inclinait la tête, la rejetant en arrière au fur et à mesure que son interlocuteur s'approchait d'elle. Le comble fut la vue de quelques lambeaux de peaux du vraisemblablement à une sorte d'eczéma. Elle avait beau milité pour la tolérance, Il était tout de même des situations particulières ou l'exclusion devrait faire loi. C'est lorsque l'homme rota qu'elle se leva précipitamment. Emile apparut à ce moment là, et faillit être renversé par Thérèse.
- Je peux te voir un instant dit-elle.
- Bien sur entre et assieds-toi.
Il fit le tour du bureau.
- Qu'est ce qu'il t'arrive?
Pour toute réponse Thérèse sortit le pied du cabas, et  le posa devant Emile interloqué
- Qu'est ce?
- C'est Alfred ou tout au moins son pied.
Elle lui conta l'étrange aventure.
 Emile se gratta la tête, les sourcils et le menton. Cela devait être sérieux pensa Thérèse. Il est vrai que d'une manière générale elle avait connaissance de ce genre de démangeaison que connaissait le monde médical lorsqu'il se trouvait exposé à un problème difficile à expliquer. Emile ne pouvant fournir de raisons plausibles, dû se résigner à avouer son ignorance.
- Je ne comprends pas.
- Que dois-je faire dit Thérèse?
Emile griffonnât un mot et le passa à Thérèse elle y lut: Il entend?
- Je ne pense pas dit-elle, maintenant va savoir.
Emile pris un stéthoscope et entreprit la visite du pied d'Alfred. Il ne trouva rien de spécial il le piqua avec une aiguille le pied gigota.
- Il semble que ce pied ait une vie. Il n'y a rien eu de particulier ces derniers temps, il ne s'est plaint de rien?
- Non, rien de particulier si ce n'est que de temps en temps il disait "de toute façon il ne restera pas grand chose de moi" 
- Il ne croyait pas si bien dire, murmura Emile. C'est peut être là la réponse à la question. Bon pour le moment je vais te faire un arrêt de travail, on réfléchira ensuite. Je passerai en fin de soirée chez toi pour voir le trou.
- Oui, c'est ça, répondit Thérèse d'une voix absente. Elle avait  compris  qu'il lui faudrait
chercher ailleurs une solution à son problème. Elle en eut la confirmation lorsque Emile lui tapota l'épaule en lui disant au revoir. Au-delà de la marque d'amitié ce geste de compassion n'annonçait  rien de bon à Thérèse, elle avait déjà eu à faire à ce genre de manifestation  d'impuissance médicale. Elle prit la feuille de maladie et sorti.
Elle choisit de passer par le Parc. Elle emprunta un sentier de sable ocre qui montait vers un promontoire. De là, elle pouvait observer  l'ensemble  du parc. Cet endroit était propice à sa réflexion. Une femme apparut. Sa  démarche était lente elle semblait tirait une charge invisible. Thérèse lui sourit. La femme s'arrêta, regarda  derrière elle. Ses lèvres bougeaient articulant quelques sons inaudibles.
- Bonjour lui dit Thérèse.
La femme continua à scruter le chemin, se levant sur la pointe des pieds  pour voir un peu plus loin.
- Je ne m'en sortirai jamais disait-elle c'est trop difficile. Quelle tâche ! Quelle tâche !  Comment je peux m'en sortir de tant de travail !
Thérèse la regarda interdite.
- Toutes ses âmes à traîner, je n'en peux plus. Comment je vais pouvoir mourir avec toutes ses âmes accrochées à moi ? Si au moins je pouvais me reposer un peu.
Thérèse se dit que cette vieille femme était bien malheureuse avec cette charge.
- Asseyez-vous un instant, cela vous reposera  dit-elle.
D'une manière générale la démence si elle n'était pas agressive ne la dérangeait pas. Elle trouvait même qu'il y avait toujours quelques bonnes choses à prendre chez les originaux. C'était comme ça quelle nommait ceux que le commun des mortels appellent " fous ". Pour elle, la notion de folie avait une autre dimension. Trop de personnes, parce qu'elles ne se confondaient pas aux moules établis, pouvaient avoir  droit à cette qualification chez les gens dit normaux. L'usage chez les imbéciles, étant de rejeter sans chercher à comprendre ce qui leur était dérangeant, parce que novateur. 
- Vous êtes bien bonne, madame lui dit la vieille, mais j'ai encore une longue route.
Elle ramassa le bâton qu'elle avait laissé tomber et reparti en maugréant. C'est à ce moment là que Thérèse s'aperçut que l'habit de la vieille n'était pas ordinaire. Plusieurs aspérités ressortaient de ses hardes, des sortes de nœuds, comme si des mains invisibles y restaient accrochées. Elle secoua la tête comme pour échapper à la vision mais celle-ci resta présente.
- Madame !
La vielle s'éloigna, en fouettant  l'air de son bâton en criant.
- En plus je dois les protéger mes âmes ! Et n'oubliez pas surtout le bonjour de politesse, il ne faut pas l'oublier le bonjour de politesse Thérèse !
Thérèse fut contrariée. Comment savait-elle son nom ? Elle aurait dû, pensa t-elle, insister pour que la vieille resta un peu. Elle se leva pour la rejoindre mais la vieille avait déjà disparue, ou plutôt elle s'était volatilisée.
Thérèse se rassis. Le parc s'assombrissait venue du nord un petit vent  faisait frissonner en contre bas les grands saules désolés. Elle ouvrit le cabas. Le pied était chaud et n'avait pas changé d'aspect. Elle avait espéré trouver une solution mais sa pensée la fuyait, et elle ne pouvait se concentrer sur son problème.
- Sacré Alfred ! Que vais-je faire de toi ?
- Tu en feras ce que ton cœur en fera.
- Pardon ?
Thérèse ne put déterminer d'où venait la voix, et pourquoi ce tutoiement..
- C'est pourtant facile tu l'aimes, tu ne l'aimes pas.
Elle finit par voir un  homme appuyer à un arbre. Elle ne comprenait pas d'où il sortait. 
-Vous êtes là depuis longtemps?
L'homme n'était pas très grand, plutôt mince de longs cheveux encadrés  un visage sans âge  éclairé par un sourire juvénile. Ses habits étaient faits de tout un tas de pièces de tissus.
- Depuis que tu es arrivée ! Alors tu l'aimes ou tu ne l'aimes pas?
L'homme s'assit à côté d'elle et  la regarda droit dans les yeux.
- Je crois  en fait, que tu t'es fait une raison de ton mariage et que tu l'aimes parce que ta mère aimait ton père. C'est comme les vases communicants,  vous vous êtes transmit de l'amour. Alors Tu l'aimes pourquoi?
Thérèse regarda le pied d'Alfred. Elle ne trouvait pas grand chose à répondre.
Elle avait connu Alfred alors qu'elle avait dix huit ans, dans un bal comme il s'en faisait dans les villages autrefois ou un simple accordéoniste suffisait amplement  à donner du bonheur. Alfred était un peu différent des autres. Tant dans son habillement, que dans ça façon de s'exprimer. Mais surtout, il dansait bien. Thérèse dans ses bras n'avait plus sa tête. Bien mis, beau parleur et bon danseur cela fut tout à fait suffisant pour qu'elle acceptât  de devenir sa femme. Ce fut cet adjectif possessif qui au fur et à mesure du temps prit son importance. Thérèse devint de plus en plus sa femme alors qu'Alfred ne fut jamais entièrement son mari.
Non pas qu'il l'ait trompé, mais hormis ce qu'elle avait cru  être des qualités, rien d'autre ne se révéla tout au long de leur vie de couple. Alfred se révéla ordinaire. Il eurent deux enfants que Thérèse éleva du mieux qu'elle pût. Les tâches étant ainsi réparties : Alfred travaillait comme gardien en trois huit. Thérèse pour joindre les deux bouts devait en plus de l'entretien de la maison  faire quelques ménages, Pendant qu'Alfred au cercle de la culture refaisait le monde et quelques belotes. Les enfants étaient à présent mariés et la cinquantaine  frappait à la porte.
L'avait-elle  aimé ? La question ne s'était pas posé. La vie s'était faite comme cela jour après jour s'en qu'elle se rende compte qu'elle s'écoulait dérisoire comme un coquin de sort. Alfred le gentil n'avait été rien d'autre à offrir. Et l'estime qui aurait pût renforcer ce qui n'était au départ qu'une amourette ne se fit pas. Ce n'était la faute ni de l'un ni de l'autre, c'était ce qui se passait pour la plus part des couples. Thérèse depuis que ses enfants étaient " levés de devant " était bénévole dans une association  d'aide aux personnes en difficultés. Elle avait en charge les femmes battues.
-  Alors qu'as-tu à répondre ? Tu t 'en occupes pourtant bien des autres !
- Hé là ! En quoi cela vous regarde t-il ? Et puis, je n'ai rien a voir avec ces femmes.
Elle était toutefois intriguée. Comment savait-il ? 
L'homme se mit à rire
- Que tu crois ! Réfléchis un peu. Certes il ne t'a pas battue mais il y a des actes qui sont parfois pire que des coups. Qui te dit que l'usure n'est pas aussi néfaste, lorsqu'elle te mine jours après jours en même temps que le temps qui t'use? Va demander à la vieille aux âmes. C'est léger une âme, combien ça pèse ? Et pourtant tu as vu comme elle était lasse. Lasse de ne même pas pouvoir mourir. Alors les coups tu sais.
- Qui est à l'origine de ce qui m'arrive ? Dit Thérèse, et pour qu'elle raison il ne me reste que le pied d'Alfred.
- Je ne sais pas lui répondit l'homme. Le choix ce n'est pas moi qui le fait, je récupère seulement. Viens avec moi et tu verras.
Il tourna un bouton invisible et l'arbre s'ouvrit en deux.
- Viens n'ai pas peur.
Thérèse suivit l'homme dans un couloir. De là ils gravirent quelques
escaliers qui les menèrent dans une grande salle. Cette salle  ressemblait un peu à un musée, de vieux comptoirs cirés étaient alignés l'un à la suite de l'autre. Au centre sur un promontoire se trouver une sorte de trône, une douce musique rendait le lieu rassurant.
- Nous y sommes, dit l'homme, regarde !
Serrant son cabas contre elle Thérèse s'approcha du premier comptoir.
- Mon dieu ! Dit-elle en reculant.
- Tu peux regarder tu sais, lui dit l'homme, ils ne mordent pas, et tu ne verras rien de choquant. 
- Mais tout de même, pourquoi tous ça ?
 Dans chacun des comptoirs étaient installés dans des cases de différentes grandeurs, diverses parties de corps humains. Certaines n'avaient qu'une phalange, d'autres un bras, à ce qu'elle pût voir aucune tête n'était présente. Des prénoms étaient  inscrits avec des numéros.
 - Tu as compris ? Lui dit l'homme
- Non répondit Thérèse.  
- Bon je vais t'expliquer. Ici c'est une sorte de purgatoire pour les vivants. Dans ces casiers sont mis en réserve ce qui il y a de bon dans chacun des personnages. Dans cette pièce sont  réunis des inquisiteurs physiques ou moraux de toutes sortes. D'une manière générale se sont des gens dirigeants  
- Je n'y ai pas vu tellement de prénoms féminins, dit Thérèse.
- C'est vrai. Mais cela commence à augmenter. Il est vrai que l'indépendance féminine  bien qu'arrachée aux  hommes, subit tout de même leur influence. La femme devient inexorablement l'égale de l'homme. Elle va donc être comme lui parce  qu'elle est humaine avec toutes les  imperfections que cela peut entraîner.
- Cela veut-il dire que nous devions rester soumises et corvéables ?
- Pas du tout. Mais ce ne sont pas les lois qui font le bien être c'est ce que l'on en fait. Si tu veux un exemple banal regarde le nombre croisant de femmes qui fument ? Crois-tu que cela soit dans ce cas une victoire ? Tu les retrouveras dans les cases à bouches et à poumons.
- Pourquoi là ?
- Parce qu'elles ont gâché leurs acquits.
- Mais Alfred dans tous ça que vient-il faire. Il n'a rien à lui reprocher, si ce n'est que ce qui ce fait depuis toujours.
- Il n'a pas pris soin de ton avenir. Il n'a pas était prévoyant.
- Comment ? Alors là vous vous trompez ! Il a même pris une  assurance vie.
- C'est bien ! Mais quel environnement t'a t'il donné ? T’es-tu enrichie dans son sillage ?  Donner l'amour c'est donner de soi que t'a t'il donné ? Viens.
Il l'entraîna au centre de la pièce, là où se trouvait le trône. Lorsqu'il s'approchèrent de celui-ci, une sorte d'arc-en-ciel vint se poser dessus et un être étrange apparut. Il avait le visage séparé en deux, et chacune des moitiés était tantôt femme et tantôt homme.
- Approche Thérèse. Voilà ce que les sages te proposent. Tu peux laisser ici le pied d'Alfred comme d'autres l'on fait ou alors repartir avec. Si tu laisses le pied, tu laisses le corps. Tout se fera comme s'il n'avait jamais existé. Nous le garderons le temps qu'il faut pour qu'il devienne  un " digne ". Il faut que tu te décides tout de suite.
- Ce que vous me demandez est bien difficile, comment pourrai-je savoir ce que je dois faire ?
Comme je ne sais pas ce qui est bien je garde Alfred. De toute façon ce ne sera pas pire qu'avant. Et puis sait-on jamais ! Peut être va t'il changer avec le temps
- Comme tu veux Thérèse, qu'il en soit ainsi.
Thérèse se retrouva subitement sur le banc. Le vent soufflait toujours il ne lui sembla pas que le temps se soit écoulé. Elle avait pour repaire les ombres du parc qui n'avaient pas grandi.
Elle ouvrit le cabas le pied d'Alfred  avait disparu. Elle se leva précipitamment et couru vers l'appartement. Arrivée au domicile elle monta quatre à quatre les escaliers ouvrit la porte, et s'arrêta pour reprendre son souffle. Elle hésita avant d'ouvrir la porte de la chambre, son cœur battait fort. Finalement elle l'ouvrit. Alfred était là la bouche grande ouverte  ronflant avec tant de force que les vitres de la fenêtre en tremblaient.
- Alfred ! Il faut que tu te lèves c'est bientôt  l'heure.
Il ne répondit pas. Elle le secoua un peu
- Hein ! Quoi ! C’est déjà l'heure ? Il s'assit sur le lit. J'ai fait un drôle de rêve mais  à part le fait que je tombais sans pouvoir me raccrocher à quelque chose je ne me souviens plus très bien.
Il réfléchit à nouveau :
- Après je me suis retrouvé au tribunal.
Visiblement  Alfred ne se souvenait de rien ce qui fit douter Thérèse. Elle fit le tour du lit, scruta le sol, il n'y avait  aucune trace du trou.
 Alfred se leva pris une douche, s'installa pour manger. Thérèse le servit machinalement perdue dans son histoire.
- Tu es bizarre ce soir, lui dit Alfred, tu as un problème.
- Non rien de particulier.
Elle était impatiente de voir partir Alfred, l'histoire qu'elle avait vécue était de plus en plus floue. Peut- être avait -elle été victime d'une illusion. Mais tout de même Emile lui il l'avait bien vu le pied !
- Bon à demain. Au fait n'oublie pas demain d'aller m'inscrire  au concours  de belote. Je devais le faire cet après-midi mais je n'ai pas eu le temps.
Une fois Alfred parti, Thérèse resta songeuse. De toutes façons, rêve ou pas, il fallait qu'elle prenne une décision. Emile n'était pas venu. Tous cela devait être issu de son imagination.  
Elle alla jeter les ordures à la poubelle, le soir tombait le vent s'était calmé un silence inhabituel régnait sur la cité d'habitude si bruyante.
- Ils doivent être au match pensa telle.
Elle allait rentrer lorsqu'elle entendit
- Qu'elle fatigue ! Comment je vais pouvoir tenir avec toutes ces âmes ?
Lorsque Alfred rentra au matin il ne trouva pas Thérèse à la maison. Ni le lendemain, ni les jours suivants.
 
 
 
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l'auteur ?  Lucola