Napo.. .  .   .
 
Napo et les meufs - Part. II -
l'auteur
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Tandis
que Joséphine se faisait culbuter dans tous les caniveaux et à domicile par son idiot d’Hippolyte Charles, courait les fêtes à moitié à poil dans les nouvelles robes des merveilleuses, en compagnie de cette coquine de Thérésia Tallien, qui s’amusait fréquentent dit-on a grimper toute nue sur les tables pour tremper la pointe de ses seins de la coupe de champagne de l’élu de son cœur,  mieux vaudrait dire de son cul, le pauvre Napo faisait la guerre et se distrayait avec quelques branlettes en pensant à sa bien aimée. Il note dans son journal à la date du 18 juin ; " J’ai passé toute la nuit sous les armes. J’aurais eu Mantoue par un coup hardi et heureux ; mais les eaux du lac ont promptement baissé, de sorte que ma colonne qui était embarquée n’a pas pu arriver. J’ai été dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair argentin de la lune, et pas un instant sans songer à Joséphine. "

Ce nigaud, par amour pour sa dulcinée repoussait toutes les chaudes italiennes qui se seraient bien fait dégourdir la craquette par notre grand homme. Il refusa même les avances de la Grassini, célèbre cantatrice, qui attrapa un tour de rein à force de tortiller du pont arrière sous son nez.
Pourtant Napo déprimait sec, il avait grand besoin de se faire dévorer le chinois, et était contraint de se tremper dans des bains glacés pour réprimer ses ardeurs sexuelles.
Il écrivait des lettres désespérées à Joséphine, qui les lisait au lit ,enroulée autour de ce petit crétin d’Hippolyte :
Adieu, ma Joséphine, ta pensée me rendait heureux, tout a bien changé...
Adieu Joséphine, reste à paris, ne m’écris plus, et respecte au moins mon asile. Mille poignards déchirent mon cœur ; ne les enfonce pas davantage. Adieu, mon bonheur, ma vie, tout ce qui existait pour moi sur terre.
Ma vie est un cauchemar perpétuel. Un pressentiment funeste m’empêche de respirer. J’ai perdu plus que la vie, plus que le bonheur, plus que le repos..
Toutes mes pensées sont concentrées dans ton alcôve.....
Te souviens - tu de ce rêve où j’ôtais tes souliers, tes chiffons et je te faisais entrer toute entière dans mon cœur ? 
"

Un jour, il laissa entendre qu’il aller quitter l’Italie pour rejoindre sa douce épouse.
Carnot, ministre de la guerre, eut un coup de sang en apprenant l’abominable nouvelle. Il chargea Barras d’annoncer à Joséphine la décision du Directoire : elle doit rejoindre son époux dare-dare, en compagnie de Joseph Bonaparte et de Junot. La créole pleurniche mais ne peut qu’obéir, elle exige alors de trimballer avec elle son stupide bellâtre, Hippolyte, qui débite toute la journée des niaiseries, proverbes foireux et calembours pour classe enfantine. Dans la foulée, Joséphine embarque ses copains Hamelin et Monglas, sa jolie femme de chambre Louise Compoint, qui est chargée de ripoliner le candélabre de Junot pour qu’il ne remarque pas trop qu’Hippolyte et Jojo partagent la même carrée. Joséphine n’oublie pas à Paris son petit chien rigolo, Fortuné. Là je ne sas pas si c’est par amour du toutou ou pour agacer le Napo qui a toujours une belle cicatrice sur le mollet.
Le 24 juin au soir, les voitures s’ébranlent comme pour un cortège funèbre, mais bien vite Joséphine transforme ce long déplacement en voyage de noces et à chaque halte, s’élance avec son Hippolyte sur la première paillasse venue

Lorsque Joséphine et sa cohorte se pointe enfin à Milan, le pauvre Napo est retenu, pour cause de guerre, et en peut pas se jeter sur elle pour l’avaler toute crue tout de suite, il en est malade. Elle, ben elle rigole, elle en a rien à cirer voilà.. Surtout qu’il a bien préparé son installation au palais Serbelloni, il n’a pas lésiné sur les cadeaux et les bibelots et les mille conneries qui plaisent à la Jojo, il y a des fleurs partout, le grand jeu quoi.
" Ben chouette ! se dit Joséphine, je vais bien m’éclater là-dedans avec mon Hippolyte "
Finalement, Napo arrive à brides abattues, bite en bandoulière, langue pendante. Quand il voit sa créole, il manque s’évanouir d’émotion, eh vi , notre grand homme, ah la la l’amour quand même c’est beau. Joséphine zézaye ondule du croque monsieur, lui léchouille un peu le nez et lui montre d’une main indolente un gringalet avec des crancrans dans les tifs, son Hippolyte. Il ne dit rien le Napo, trop pressé qu’il était d’entraîner sa nana derrière les tentures et hardi petit ! Après, ils firent la fête, Napo avait invité tout le gratin pour honorer sa Joséphine. Elle aurait du comprendre quand même que son petit Bonaparte avait pris du galon pour pouvoir recevoir tout ce beau linge, mais non, elle est idiote, elle ne voit que les robustes mâles qui ornent les salons et roucoule en notant dans sa petite tête le nom de ses amants potentiels : L’envoyé du roi de Sardaigne, le ministre du pape, le grand duc de Toscane, les ducs de Parme de Modèm et même le physicien Volta.
Pendant deux jours et deux nuits Napo sauta sa femme sans relâche, sans respirer, sans reprendre haleine, sans débander quoi, sous le regard goguenard du petit Fortuné qui guettait l’instant propice pour grignoter de nouveau un petit morceau de Bonaparte dont il avait encore le goût poivré dans la gueule.
Le troisième jour Napo repartit assiéger Mantoue.
Aussitôt, Jojo, qui avait quand même un sacré tempérament et une bonne résistance, fit venir son gigolo par un escalier secret que la friponne avait découvert dès son arrivée. La rigolade fut de courte durée, le soir même Hippolyte partait aussi en campagne, ah ben quand même !

Pendant que ce pauvre Napo manquait de se faire trouer la peau à chaque instant, Jojo faisait la fête à Milan. Elle avait fait venir son escadron de dévergondées, les " merveilleuses ", épouses ou maîtresses, des officiers, des commissaires aux armées, des fonctionnaires qui suivaient la colonne française, et les soirées s’écoulaient dans d’indécentes bacchanales ..
Jojo devait détenir le record des polissonneries, mais certaines de ses copines la suivaient de très près, notamment madame Hamelin, encore une créole froufroutante avec un petit cul ondoyant. Elle s’inondait d’un infâme patchouli à la rose qui anesthésiait les pauvres mecs avant même qu’ils n’aient plongé un œil lubrique sur le début de la raie intime de la dame. Les décolletés de l’époque dis donc ! ils étaient vachement plus suggestifs que nos strings. A poils sous des voiles qui commençaient vachement bas, elles étaient ces nanas-là.
Il y avait aussi madame Regnault, la meuf de l’administrateur des hôpitaux militaires qui avait toujours la main à la braguette. Elle était hideuse mais tortillait bien des gigots, et surtout elle en voulait du mec et ça se voyait, dame ! son régulier se tapait n’importe qui, même Jojo, elle ne voulait pas être en reste, et elle avait raison.
Une petite boulotte, si grasse qu’on aurait pu l’appeler " culbuto ", la générale Poinsot et une grande bringue d’origine allemande, madame Baraguay d’Hilliers, passaient pour les plus goulues de la saison. Elles avalaient les gars les uns derrière les autres, en criant " au suivant ".
Les soeurs d’Aiguillon, cherchaient un mari et testaient à tour de reins tous les guignols du palais.
Madame Thierry, madame Brémond, madame Delaverne et quelques autres levaient aussi la cuisse en cadence à la seule vision d’un mâle, ara taureau !
Naïf notre Napo recommençait à couvrir Jojo de lettres d’amour :
..depuis que je t’ai quitté, j’ai toujours été triste...
....Je croyais t’aimer, il y a quelques jours, mais depuis que je t’ai vue, je sens que je t’aime mille fois plus encore. Depuis que je te connais, je t’adore tous les jours davantage.....
....Les charmes de l’incomparable Joséphine allument sans cesse une flamme vive te brûlante dans mon cœur et dans mes sens....*
....Millions de baisers, et même à Fortuné, en dépit de sa méchanceté.
"

Joséphine ne répondait pas, elle était débordée par ses affaires de fesses .
Un jour Napo perds sa tabatière, et comme il est horriblement superstitieux il en fait une crise de foie, le voilà tout jaune. Il écrit vite à sa pouffe préférée :
" ..J’ai perdu ma tabatière ; je te prie de m’en choisir une, un peu plate, et d’y faire écrire quelque chose de joli dessus, avec tes cheveux.
Mille baisers aussi brûlant que tu es froide. Amour sans bornes et fidélité à toute épreuve. 
"

Elle rigole la Jojo, elle a l’habitude de se faire culbuter sur tous les coins de tables, alors cet amour de midinette la fait marrer. Je n’ai trouvé dans aucun livre d’autres informations sur cette tabatière, je ne sais même pas si cette chipie lui en a offert une, j’espère que oui, et avec sa foufoune reconstituée en poils naturels encore !

Napo s’éclate à la guerre, il n’y a aucun doute là-dessus, mais la tendresse bordel ? il en est privé voilà, il a l’aiguillette pleine de tremblements, les valseuses aussi lourdes que des malles gitanes, il veut Jojo, et il le lui dit :
..Tu m’assures que ta santé est bonne, ; je te prie en conséquence de venir à Brescia. J’envoie à l’heure même Murat pour t’y préparer un logement dans la ville comme tu le désires "

" Mais ce qu’il est chiant ! " s’exclame Jojo en lisant cette lettre.
Le même jour à 10 heures du soir une seconde lettre
Murat est malade. La déesse du bal, madame Rugat, lui a proprement donné la galanterie. Je l’ai envoyé à Bréscia. Je te prie de communiquer cet article à Joseph et de lui conseiller de s’en tenir à sa Julie. Il en sera plus raisonnable et plus sain. D’autres personnes de l’état major se plaignent de madame Visconti. Bon dieu ! quelles femmes ! quelles moeurs ! 

Joséphine se tord de rire en apprenant que Murat à choper la chtouille, mais ce qui la fait moins rigoler, c’est qu’elle doit se traîner à Brescia où selon les termes même de Napo " l’attend le plus fougueux des amants " Elle emmène avec elle ses deux complices Lagrange et Hamelin, son argenterie, ses bijoux , 5 malles de colifichets et Fortuné.
A Brescia pas de Napo, mais une lettre de lui, ordonnant que sa douce et son équipage le rejoignent à Crémone.
" Ah non ! Des clous, je suis trop fatiguée " dit la Jojo et elle se met aussi sec au lit avec son Hippolyte qui prévenu de son passage était venu la rejoindre en catimini.
Le lendemain Joséphine file tout de même sur Crémone où Napo l’attends en faisant des confettis avec tout ce qui lui tombe sous la main, nerveux, mais nerveux !
Ils restèrent trois jours aux plumes. Napo serait bien reste plus longtemps, mais voilà que les autrichiens se mettent à marcher sur Crémone ! la panique ! Jojo pique sa crise, Napo renverse son café et ordonne à Hamelin de prendre quelques dragons, la Joséphine et Louise Compoint et d’aller planquer tout ça dans la forteresse de Peschiera
Jojo y passa la nuit et seules les puces la sautèrent dis donc ! la pauvre !

Après cette piquante nuit, Jojo regrimpa dans sa charrette pour rentrer fissa fissa. Mais voilà t’y pas que les autrichiens lui tirent dessus ? elle a l’habitude de se faire tirer mais plus aimablement, elle est morte de trouille là, et jure bien que plus jamais elle n’ira purger le poireau de son époux à côté d’un champ de bataille, ah non, plus jamais !
Pour la venger, Napo descend proprement l’armée autrichienne. En arrivant à Milan elle trouve la ville en délire célébrant la victoire de Castiglione. Pilé le méchant Würmser qui a fait peur à bobonne.
Dès le lendemain, Joséphine reprit sa vie dissolue, et que je me fais enfiler à droite et que je me fais enfiler à gauche, et que je me fais enfiler partout, partout, tandis que Napo continuait de rêver comme un simplet, il écrivait :
Je vais me coucher, ma petite Joséphine, le cœur plein de ton adorable image, et navré de rester tant de temps loin de toi.
Bon Dieu que je serais heureux si je pouvais assister à l’aimable toilette, petite épaule, un petit sein blanc, élastique, bien ferme. Par-dessus cela une petite mine avec le mouchoir à la créole à croquer.
Tu sais que je n’oublie pas les petites visites. Tu sais bien, la petite forêt noire... Je lui donne mille baisers et j’attends avec impatience le moment d’y être... tout à toi.
La vie, le bonheur, le plaisir ne sont que ce que tu les fais.
Vivre dans une Joséphine, c’est vivre dans l’Elysée.
Baiser à la bouche, aux yeux, sur l’épaule, au sein, partout, partout 
"

Les Milanaises, œil et craquette de braise, avaient rejoint les Françaises, et se baladaient elles aussi à demies à poil Elles désiraient s’affirmer, et à leur tour lancèrent sur le Corso des modes excentriques et dénudées. On s’habillait à la Tartare, à la chasseur, à la Turque, l’important n’étant que le peu de tissus employé, car tous les attributs de ces dames devaient prendre l’air. L’hiver suivant un bon nombre de ces coquines moururent de pneumonie.
Hippolyte était revenu, je ne sais pas comment d’ailleurs, mais enfin il était là, et Jojo décida d’aller faire une petite virée avec lui à Gênes où le Sénat organisait une super fiesta. C’est alors que Napo annonce son arrivée. " m’en fou, dis Joséphine, je me casse " et elle s’en alla sans se retourner
Napo se pointe, tout excité, personne, il n’en croit pas ses yeux, il hallucine. Il se renseigne un peu et apprend que la gourgandine, bien que prévenue de son arrivée, s’est tirée avec le freluquet . Il reste quatre jours seul à Milan, il réfléchit....
Son comportement avec Joséphine ne sera plus jamais le même, le coup a été trop dur.
Il commença par se débarrasser du " petit polichinelle " comme il le nommait dans sa tête, en l’envoyant à Rome. Puis, lors d’un nouveau passage à Milan il se trotora la marquise Paola Castiglione, une éblouissante pimbêche à l’esprit vif, qui le conquit autant pas sa culture que par l’allègre frétillement de sa figue brûlante. Ah ben ! c’est pas trop tôt !

Sur le terrain, Napo continue à se battre comme un chef, bien qu’il soit parfois épuisé, par cette foutue gale de Toulon qui ne le lâche pas malgré les remèdes plus ou moins douteux qu’il ingurgite, ou peut-être à cause d’eux. Ses amis se font tuer, comme ce pauvre Muiron qui le couvrit de son corps. Ah là ! il a bien fait celui-là parce que sinon notre histoire de France elle était mal. Alors, évidemment quand il passe quelques jours à Milan il se détend le fourreau avec la comtesse Aresa qui n’est que courbes sinueuses, il enjambe Angelina Pietragrua, une copine effrontée de la comtesse, et pour faire bonne mesure, il tripote l’abricot de madame Martini( ce n’était pas le top là, parce que dans son journal d’Italie il la descend en flèche). Au même moment, la Visconti lui saute à la braguette, mais stop ! il ne peut plus, il faut être raisonnable tout de même, d’autant que Joséphine a décidé de faire peindre son portait par le peintre Gros, bonne occase pour le barbouilleur sans ce tableau, le premier de Napo, il serait resté dans la mouise, et que pour le faire tenir en place elle lui fait des pipes pendant chaque séance. Donc Napo refile la Visconti à Berthier qui en devint dingo et bégayant. De même, c’était un bon copain Napo, il fit cadeau de la Marie, la jeune sœur de la mère Castiglione, qui sortait nue enroulée dans ses cheveux avec juste un gros peigne pour relever sa tignasse au-dessous du nombril, à Murat. En fait tout le monde s’envoyait en l’air avec frénésie, Moreau se tapait une folle, Ida de Saint-Elme qui caracolait sans répit déguisée en mec, mais les seins au vent sur le Corso sous les yeux ébahis de la populace, ça, ça agaçait Napo, mais bon, il n’était pas trop bien placé pour râler. Et qui arrive au milieu de ce brillant clandé ? la Pauline ! qui n’était encore que Paulette mais qui avait déjà la moule entrouverte. Elle clamait qu’elle avait déjà couché avec son frère, Napo, elle collait son genou brûlant contre celui de tous ses voisins de tables, et faisait l’amour avec les yeux en fixant intensément les mâles de l’assistance. Joséphine s’en dilatait les boyaux de jalousie, ce qui lui donnait un teint verdâtre, d’autant plus que la pétasse ne l’appelait que "  la vieille ", que Napo disait " Mais qui peut m’empêcher de baiser ma sœur " et que les soldats défilaient sous ses fenêtres en chantant :

Célébrons tous le conquérant
Qui vient délivrer l’Italie
Qu’il est terrible ! Qu’il est grand !
Mais aussi que Paulette est jolie !
Reconnaissez vos deux vainqueurs,
Peuples, courbez vos fronts dociles :
Paulette s’empare des coeurs
Quand Bonaparte prend les villes

Pour respecter les termes de cette chanson qui l’honorait, Napo repartait courageusement sur les champs de batailles, à intervalles presque réguliers. Il s’empoignait assez souvent avec Alvinzi, maréchal autrichien dégringolé du Tyrol pour prêter main forte à ses collègues dans l’embarras. Napo lui fait définitivement son affaire à Rivoli, non mais ! Toutes ces batailles, toutes ces victoires, fatiguaient Napo, il avait envie de se reposer, mais la cour de Milan commençait aussi à le gonfler, par ces embrouilles, le principe des tuyaux de poêle qui y faisait fureur soulevait trop de racontars ( Stendhal écrit même que parfois, sur les contrats de mariage, le nom de l’amant figure à coté de celui du mari, parmi l’apport dotal ! sic) Napo voulait une grande cour, plus brillante, au-dessus de ces petites mesquineries. Une demeure bien à lui où il pourrait accueillir toutes les poulettes du monde dans le faste, et la légalité. Il désirait son premier royaume. Il Loua, à dix-huit kilomètres de Milan à égale distance de Vérone et Vicence , le somptueux château des Crivelli, " le château Mombello ". Alors là pour un beau lupanar c’était un beau lupanar ! Napo le fit agrandir, aménager des volières, non pas pour les perruches de son entourage, mais pour des oiseux rares qu’il adorait. Il s’y installa avec sa Jojo bien sûr, il fit venir sa mère, deux de ses soeurettes Pauline la belle et Elisa la moche, ah oui ! un pou dis donc !une tite noiraude à moustache avec des jambes maigres et velues, des petits yeux de fouine, qui s’était mariée civilement, et en douce, avec un officier véreux, sans avenir, pour une sœur de notre grand homme, c’est pas raisonnable franchement. D’ailleurs Napo était furieux, il ne voulait pas que cette mésaventure se renouvelle. Alors, hop il enfourne la Pauline dans le lit de son pote leclerc, là au moins elle ne fera pas des parties de tringlettes avec un voyou, d’ailleurs il va les marier ces deux là et vite fait.
C’est le mariage de Pauline le 14 juin 1797 qui inaugura la longue série des
festivités. Jojo avait invité son gamin, Eugène de Beaumachais Toute la famille Bonaparte était là bien sûr, la petite Caroline qui n’avait que 15 ans saisit l’occase pour se faire enlever la toile d’araignée qui obstruait encore sa zezette toute fraîche. Il y avait des comtes, des généraux, des demi-mondaines, des gigolos, tout le gratin italien et Parisien quoi. La Laetitia profita de la bénédiction nuptiale de Pauline dans la chapelle du château, pour pousser cette dinde d’Elisa et son petit crétin de Bacciochi de mari devant le curé malgré le désaccord de Napo qui n’osait pas trop l’envoyer se faire empapaouter chez les grecs. Cette première fête au château dura carrément 5 jours, du coup les historiens sérieux ce croient autorisés à donner n’importe quelle date pour ce mariage, mais moi je vous le dit c’était bien le 14 juin. Pauline beugla d’amour toute la nuit, ce qui incita les couples alentours à laisser eux aussi éclater leur nature. Quelle orgie ce soir-là au château  dis donc !

Cependant, tout n’était pas rose au château. Laetitia n’avait que 47 ans et la Jojo pas beaucoup moins, entre les deux donzelles c’était la haine. Jojo disait "  Cette femme c’est ma crampe " pas gracieux comme expression, mais bon une belledoche comme celle là ça agace. Pour lutter la Jojo ne s’habillait qu’en blanc, des voiles transparents bien sûr, et se plantait des fleurs dans la tignasse, c’était très coquet, elle s’entêtait à appeler ses belles soeurs par leurs vrais prénoms, Annunziata pour Caroline et Matrianna pour Elisa. De son côté, Laetitia clamait " Comment Napolioné, peut-il se faire aveugler par cette putain plus vieille que lui, qui le cocufie en long et en large et qui n’est même pas foutue de lui faire un enfant ?" Napo louvoyait entre ses deux femelles déchaînées. Croyant faire diversion, il offrit à Pauline un petit voyage de noces au lac de Côme, avec une trentaine de personnes, ce n’était pas intime, mais beau, superbes illuminations et fêtes nautiques grandioses ;L’idée était bonne, à part que l’Hippolyte de la Jojo rodait dans le coin, et que cette démone de Pauline le lorgnait en tricotant des hanches. Oh la la ça sentait le roussi ! Napo rembarqua tout le monde au château vite fait.
Il en avait ras la mèche, le Napo, de ces rivalités de femelles, il s’en foutait, lui, il songeait à l’avenir de la France, à son avenir. Puisque la tendance était aux ragots, il utilisa le poète Arnault de Paris, une pipelette de première, pour dire à tous ce qu’il pensait. Un soir, il le saoula de paroles lui confia son opinion sur la crise du gouvernement, puis ajouta "  Je doute pourtant qu’on puisse se sauver de là, sans se réfugier sous le pouvoir d’un seul, sous le pouvoir d’un homme unique, mais cet homme unique, où est-il ? "
Eh voilà ! la bonne question était posée.
Après, certain que l’autre simplet s’empresserait de tout raconter, Napo s’en alla tranquillement éternuer dans la friquette de madame Baraguay d’Hilliers, une copine de Jojo qui bavait pire qu’un escargot en le voyant. Pourtant, il l’aimait encore sa Jojo, il l’emmenait souvent rigoler un brin au lac Majeure, et dans la voiture, ils jouaient à la bête à deux dos comme des gamins.

Vers la mi juillet, les Bonaparte et leur smala quittèrent le château de Mombello pour regagner Milan. La Pauline, bien qu’en cloque faisait de l’œil à l’Hippolyte, pis lui, il n’osait pas trop la reluquer, la Jojo le lorgnait sans cesse entre ses quelques longs cils bruns. Pauline, se regarda dans un miroir, se trouva vraiment bellote, alors pourquoi donc cet ahuri jouait-il son petit sucré ? Elle se renseigna, et apprit que le freluquet embroquait " la vielle " ! Elle alla tout déballer à son frère, ah la salope ! alors là, Napo piqua vraiment sa crise ! Il commença à chercher des poux dans la tignasse crantée de l’Hippolyte. Il en trouva, les fausses factures étaient déjà à la mode. Un matin, il annonça d’une voix mutine à la Jojo que son gigolo aller passer en conseil de guerre. Elle poussa un cri de bête étripée et tomba dans les vapes. Napo la porta galamment sur le canapé, elle ouvrit d’abord un œil et tout de suite après la braguette de son homme. Bien astiqué, le Napo pantelant, murmura quelques mots doux. La Jojo dit alors :
- Je veux bien te pardonner ta méchanceté, mais oublie cette histoire
- Mais c’est impossible, quand un officier est convaincu de malversations....
- C’est un fantoche, un polichinelle, tu le dis toi-même, il a été manipulé. Si tu veux le punir, chasse le de l’armée.
Brave mec Napo obtempéra. Le lendemain Hippolyte quitta Milan.
Quelques temps après Joséphine profitant d’une absence justifiée de Napo, il signait le traité de Campo-Forminio, se tira en direction de Paris et d’Hippolyte .
Napoléon ne s’aperçut quasiment pas de son départ, il nota dans ses mémoires :
Nous nous réunîmes, monsieur de Cobenzl et moi, pour conclure définitivement, dans une salle où, selon la coutume autrichienne, on avait élevé un dais et figuré le trône de l’empereur d’Autriche. Quand j’entrais dans cette chambre, je demandais ce que cela signifiait ; et après je dis au ministre autrichien : Tenez, avant de commencer, faites ôter ce fauteuil, car je n’ai jamais vu un siège plus élevé que les autres sans avoir envie aussitôt de m’y placer. " 

Ce qu’il ne dit pas dans ses mémoires, ce petit cachottier, c’est que comme le Cobenzl lui hérissait les poils, il flanqua par terre un service de porcelaine, super chicos. Pis qu’après il se dégourdit le jonc avec la belle Lucia Fagnani, qui traînait dans le coin avec l’idée de se faire taquiner le joufflu par Murat, mais il n’était pas là Murat et Napo, je l’ai déjà dit, c’était un pote consciencieux.
 

 
l'auteur : g.fenouillard@infonie.fr