| Encre noire, par de là l' Encre. Donner de l'encre, noircir sans retenue, inonder le papier, ce fut à l'origine mes premiers dessins d'enfant. Faire à nouveau naître la forme, demande une disponibilité, une ferme volonté, une attention flottante, un espace intérieur. Dès que je compris comment saisir le pinceau, comment mouvoir le bras, comment se tenir, je pris d'abord possession de l'espace devant moi. Je le parcourus dans tous les sens. Je me laissai aller à la joie de grands gestes, de ceux qui font le tour, qui circulent, qui bouclent, barrent, traversent, qui partent en l'air, retombent et repartent. Puis je commençai les essais du geste calligraphe selon les règles de l'art. Les caractères chinois s'apprennent dans un ordre prescrit qui découlent de règles anciennes. Quand ce geste est appris, vient l'exécution écrite qui se fait en rythme, par souci de la conformité au modèle idéal. Puis le geste devient plus sûr et libère l'attention. Le jeu de la pointe du pinceau (la pratique de l'attaque, son développement et sa terminaison) n'est pas seulement issue d'une analyse froide et intelligente. Imprévus, imagination, émotions se manifestent dans les infléchissements des lignes et les nuances de l'encrage. Composition de fantaisie, d'ingénuité, de délicatesse. Je m'engageai dans un double processus d'intégration. Le geste calligraphique s'organisa et devint naturel. Une nouvelle sensibilité permit de sentir le geste de l'intérieur. Un mouvement qui se nourrit de l'immobilité. L'énergie du corps se canalise vers la pointe du pinceau. La main n'est que support, les mouvements sont fournis par l'épaule et le coude. Souvent, le désarroi est grand face à toutes ces étapes d'assimilation. Mais quel enrichissement incroyable ! Une tranquillité délicieuse à l'intérieur. A l'extérieur, une intense activité du pinceau. Les gestes sortent avec aisance et force. Respirer, se ressaisir, regarder vraiment, apprendre à voir dans le vide du papier ce qui est déjà. Les idéogrammes se muent en un jeu d'encre: noirs chauds, subtiles nuances sépia, noirs froids bleutés, rarement noir seulement noir. Patine brillante ou plus mate. Variances foncées ou claires, denses ou diaphanes suivant la quantité d'eau dans laquelle l'encre est diluée. L'encrage peut être sec, rugueux, fluide, onctueux ou moelleux. Ses valeurs tactiles sont pour beaucoup dans la séduction des réalisations. L'encre et le pinceau forme un tout. L'encre et le calligraphe captent la lumière, le regard, l'âme. La calligraphie chinoise est un art basé sur le souffle, la patience et le sens de l'espace. ::: l'auteur? Marie mthj@infonie.be |