Alors
j’ai finalement décidé de faire un hold-up.
Parce que je ne pouvais décemment pas tuer quelqu’un.
Vous me voyez, moi, scalper une caissière de supermarché, zigouiller une vioque au cabas plein de poireaux et aux pieds pleins d’oignons, estranguler une gentille gamine aux yeux pétillants et au nez qui coule ? Entendons-nous bien. Même si la première a la tronche outrageusement peinturlurée de mascara, la deuxième sent davantage la pisse que le myosotis, la troisième chouine un peu trop pour pas grand chose, je me sens pas de leur faire la peau, à aucune d’entre elles.
Seulement Guylaine, c’est ma p’tite femme à moi, Guylaine donc elle arrête pas d’être épatée devant les infos à la télé. Au début, je croyais que c’était du dégoût, tous ces types déjantés qui pètent les plombs et trucident à tour de bras, mais finalement il semblerait que ce soit de la fascination. Plus le fait divers est salace, plus le chien est écrasé, et plus elle rayonne la Guylaine derrière son écran.
J’me suis dit que pour la reconquérir il fallait que je fasse un truc complètement dingue comme les gars des actualités. Parce que depuis pas mal de temps maintenant, Guylaine elle me regarde plus comme avant. Je sens bien qu’il y a quelque chose de changé, surtout quand elle me dit que je devrais m’arranger un peu. J’ai essayé de faire plus propre, de présenter mieux, j’me rase même des fois, le dimanche, alors que pourtant la messe j’y vais pas. Mais rien n’y fait. Elle a toujours la même expression de poisson crevé quand elle me regarde.
Il faut que je fasse quelque chose qui la scie ma Guylaine, un truc à quoi elle s’attend pas.
C’est pour ça j’ai pensé au hold-up. Au moins ça fait pas gicler le sang. Moi j’suis comme ça, le jus de palpitant, ça me fait tourner de l’œil, j’y peux rien. Mais voler, braquer, cambrioler, j’peux l’faire j’crois bien.
Enfin je vais quand même éviter les banques. Y a toujours de gros malabars costauds à l’entrée des banques. Ils ont pas l’air commode. Et puis ça me ferait chier de piquer l’argent des autres, surtout de ceux qui perdent leur vie à essayer de la gagner pour en faire quelque chose de chouette. Nan, je peux pas toucher aux économies des braves, c’est pas correct.
J’me suis dit qu’une bijouterie ce serait bien aussi. Le problème, c’est que pour protéger leurs diam’s, ils sont en ligne directe avec les flics. Un coup d’alarme et vlan ! J’me retrouve avec des menottes comme les vrais criminels. Ca ferait trop de peine à ma mère. Déjà elle va pas trop bien depuis que Sultan est mort. J’aime pas les caniches, mais faut dire que c’ui-là il était sympa.
J’crois que j’vais essayer l’originalité. J’vais me faire la boulangerie. Celle de la place du haut, à côté du marchand de tabac. Attention, c’est pas un bouge où on vend que du pain et tout. Ca fait aussi pâtisserie, et puis traiteur même. Ils ont l’air de se faire du pognon là-dedans. Et puis moi c’est pas le blé qui m’intéresse, j’veux juste épater ma Guylaine. Ce qu’y a de bien, c’est que je la connais pas mal la boulangère, c’était une copine de classe de ma sœur. J’lui demanderai gentiment si ça dérange pas que je passe un jour en fin d’après-midi pour piquer la caisse. Je pense qu’elle dira non, mais p’être en lui expliquant bien, elle m’aidera à faire comme si. Ca m’intéresse même pas de faire le truc pour de vrai. Tout ce que je veux c’est ma Guylaine. J’aimais bien quand elle me regardait avec ses yeux de merlan frit.
 
 
 
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l'auteur ?  Metcalfe, "authentique falsification de ce que je suis, et même de ce que j'aurais aimé être..."