| Au cinquième étage d’une tour infernale qui en comptait trente-deux. Tout au bout d’un long, long, très long couloir, situé à l’exact opposé des ascenseurs. Voilà où elle habitait. Cinquième étage. Apt # E 522. Tout au bout d’un long, long, très long couloir. Assise sur son canapé, toutes lumières éteintes, elle regardait les chiffres rouge phosphorescent du radioréveil qui égrainait les minutes en prenant soin de n’en omettre aucune. Un radioréveil consciencieux. Elle n’avait pas dormi, pas encore. On en était pourtant aux dernières heures de la nuit. Ses muscles étaient douloureux, sans doute la triste conséquence de sa soirée agitée et laborieuse. Elle n’arrivait pas à se convaincre qu’elle devait agir. Pourtant il fallait faire vite, avant le lever du soleil, avant que ses voisins indiscrets ne sortent des plumes. Ses jambes étaient de plomb. Dans un ultime effort elle parvint à se mettre à la verticale. Elle se dirigea chancelante vers la salle de bains. Derrière la porte, alignés, les quatre sacs l’attendaient sagement, comme au garde à vous (un garde à vous quasi-militaire.) Elle se pencha et agrippa deux des sacs par leur poignée improvisée. Ainsi chargée, elle gagna la porte d’entrée. Surtout ne pas oublier les clefs, ce serait trop con de rester coincée sur le palier à cette heure-ci. Elle ferma consciencieusement derrière elle et amorça la traversée du couloir. C’était un long, long, très long couloir. Le vide-ordures avait eu l’envie idiote de se coller littéralement aux ascenseurs. Résultat : elle devait marcher jusqu’à l’exact opposé de son appartement. Elle ouvrit la porte du local, s’engouffra à l’intérieur, et enfourna les deux sacs dans la gueule puante du conduit à ordures. Arpentant le couloir en sens inverse pour regagner son chez elle, elle pesta à l’idée que des sacs jumeaux l’y attendaient toujours, pour subir le même sort. Elle déverrouilla la serrure et, sans autre cérémonie, s’empara des deux autres sacs poubelle. C’était reparti pour le trajet du long, long, très long couloir. Son cou était formidablement contracté, tétanisé par le poids que chacun de ses bras trimbalait. Même manœuvre : elle fit ingurgiter au vide-ordures les deux petits derniers du quatuor. Puis elle regagna prestement son appartement. Une fois à l’intérieur, elle inspecta rapidement les lieux. Les deux coupes qui avaient accueilli le champagne la veille devaient être soigneusement lavées. Quelques tâches de sang sur la baignoire. Cette saloperie ne partirait donc jamais ? Elle avait pourtant davantage récuré la salle de bains en l’espace d’une nuit qu’elle ne l’avait jamais fait depuis qu’elle vivait ici ! Mais son premier travail fut d’asperger les pièces de bombe désodorisante, senteur printanière. Elle n’aurait jamais dû préparer un poulet pour le dîner. Après cette boucherie, l’odeur du graillon lui donnait envie de vomir. ::: l'auteur ? Metcalfe, "authentique falsification de ce que je suis, et même de ce que j'aurais aimé être..." |