| |
Rigidité post-rupturem Elle resta un instant debout, immobile, le temps figé à ses pieds, la course des nuages comme un défi. Puis elle s’accroupit : Position Viêt-cong mais jambes serrées, la tête entre les mains. Alors c’est à ça que cela ressemble.... Un sentiment d’impuissance formidable, une sensation d’abandon intolérable, la certitude qu’au bout du compte tout est vain.... Les derniers mots de la conversation flottaient encore dans sa tête, comme en apesanteur, sans consistance, sans point d’ancrage. Elle ne le verrai plus. Elle n’entendrai plus ses silences, n’embrasserai plus ses sourires, ne se délecterai plus de ses petits RIENs qui, chez lui étaient de grands TOUTs. Le soleil avait bien compris que sa présence n’était plus souhaitable ni souhaitée. Le gros brûlant s’était retiré sur la pointe des rayons et avait laissé derrière lui un ciel vierge de toute clarté, un puceau de lumière. Les sons lui parvenaient de façon lointaine, comme des murmures qui ne lui étaient plus destinés. Si seulement elle avait pu pleurer, laver de ses larmes le dégoût que lui inspirait sa propre faiblesse.... Si seulement elle avait pu crier, cracher d’un hurlement sa haine pour s’en débarrasser. Rien. Elle était magnifiquement calme. Intacte en surface. Brisée en dedans. Elle n’aurait pas la force, ni la patience d’ailleurs, de tomber dans les dédales d’une dépression lente et destructrice. Il lui fallait un adversaire à la hauteur : l’Amour avait déclaré forfait, restait La Mort. Quand la Faucheuse se pointe, on frémit : Elle souriait. Quand LE moment arrive, on hésite : Elle défiait. Les Ténèbres de la Fin lui semblaient bien plus séduisantes. La lueur d’une vie qui continue sans Lui ne l’attirait plus. A quoi servait de passer son temps à le perdre ? .... Autant l’utiliser à accélérer le déroulement d’une histoire dont chaque mortel vivant connaît d’avance l’épilogue. Quand on laisse faire le temps, la mort arrive inévitablement à un moment où elle ne nous intéresse plus : Autant précipiter la fin, hâter le destin - enfin ce que nous autres faisons passer pour le destin par excès de facilité - précéder cette vie qui nous pousse vers la mort. Elle finit par s’asseoir sur le sol légèrement humide. Même l’odeur de l’herbe fraîchement coupée devenait inutile. Cette odeur dont elle disait qu’elle lui donnait envie d’être heureuse, cette odeur-là se donnait pourtant un mal fou pour la détourner de ses idées de mort morbides et mortelles...... Mais efforts vains..... Au bout du compte tout est vain. " Si elle était un insecte, elle serait un papillon " se plaisaient à dire les quelques audacieux qui se considéraient (à tort ?) être ses amis. Papillon ? Alors un papillon de nuit..... Un con de papillon qui vient danser avec la flamme et s’y brûle les ailes..... Un papillon nocturne attiré par une lumière cruelle et fatale, fatale donc cruelle. Sans ailes elle ne pouvait voler Sans lui elle ne pouvait plus.... Viens ! Je me délecte déjà de ton souffle froid sur ma nuque, de ta présence glacée qui m’entoure. J’attends que tu viennes, que tu me prennes, que tu m’emportes. Fais de moi ce que bon te semble. Mon amant m’a tuée, son amour avait eu raison de ma raison, son abandon me pousse dans tes bras. Je suis libre, libre de partir, libre de mourir. Prends moi. Un temps infini s’écoula en incantations macabres et silencieuses. Il était déjà tard dans la nuit lorsque des sanglots commencèrent à lui monter dans la gorge..... De lourdes larmes limpides le long de ses joues. Elle était sauvée. ::: l'auteur ? Metcalfe, "authentique falsification de ce que je suis, et même de ce que j'aurais aimé être..." |