| Le beau Noël de Martin, là bas, dans la combe Ce 24 décembre là Martin eu beaucoup de mal à s'endormir. Trop de pensées se mêlaient dans sa tête et il avait bien du mal à les ordonner. Bien sûr, comme tous les enfants du monde il savait que le Père Noël allait passer dans la nuit, mais au fond ce n'était pas, à ce moment là, sa principale préoccupation. La journée avait passé vite. La neige était arrivée la veille, et n'avait pas cessé de tomber. Le petit citadin qu'il avait été ne cessait de s'émerveiller à ce spectacle, et il avait passé l'après midi à courir, glisser, rouler, en compagnie du chien. Papa était même venu l'aider à faire un énorme bonhomme de neige dans la cour. Et Maman avait déniché un veux bonnet et une écharpe dans le fond d'une armoire. Et le repas du soir s'était déroulé dans les rires et la gourmandise ! C'est après le repas que Papa l'avait gentiment attiré vers lui, sur le grand canapé de la salle, et lui avait expliqué que cette année le Père Noël était un peu débordé, et lui montrant les flocons qui continuaient leur danse au dehors, il lui avait dit : " Tu vois, il y autant d'enfants dans le monde que de flocons, et tu comprends que le Père Noël doit porter un cadeau à chacun d'eux. Cela fait beaucoup de jouets, et il doit partager. Alors même si tu n'as qu'un seul cadeau, le père Noël sait que tu as été un enfant très sage, et il est très fier de toi. En plus, son traîneau commence à être vieux, il ne peut pas aller partout avec, et il devra faire à pied le chemin qui mène à la ferme, et sa hotte est très lourde, il ne pourra pas la porter jusqu'ici." Martin avait quand même bien été étonné, avec tous ces jouets qu'il voyait à la télé, et dans les porspec…. prosprect………prospectus (ça c'était un mot nouveau, difficile à dire !!) que le facteur apportait, il aurait pensé que le Père Noël aurait suffisamment de jouets pour gâter tous les enfants du monde ! Mais Martin était d'un naturel facile, et se contentait de peu. Et surtout, surtout ce qui lui importait c'était de voir Papa et Maman heureux. Il gardait encore vivace au fond de lui le souvenir du Noël de l'année précédente. Depuis quelques mois cette année là Papa, si doux, si gai, avait changé. Il avait vu peu à peu son humeur s'assombrir, des mots nouveaux revenaient sans cesse dans les discussions parfois âpre de ses parents : "Assez dick, chaumage, lit sans scier", des mots qui sonnaient de façon si terrible dans la bouche de Papa qu'il avait renoncé à en demander le sens. Et puis, parfois il voyait bien que Maman avait pleuré…. Et il avait même entendu Papa, oui, Papa, dire des gros mots !! Et plus Noël approchait, plus Papa était énervé, se mettait en colère, et plus Maman devenait triste. Et puis était arrivée cette sombre nuit de Noël ! Martin s'était couché, et vite endormi, rêvant de joujoux, de bonbons, de guirlandes ………comme tous les enfants sages ! Il avait été réveillé par des cris, des pleurs, des bruits sourds. Il s'était levé, inquiet, et en arrivant dans le salon avait vu, terrifié, le grand sapin étalé par terre, les paquets multicolores éventrés, des bouteilles, des verres un peu partout, et Papa affalé sur le canapé, Maman, si pâle à ses côtés, en pleurs. Il s'était enfui sans que ses parents n'aient eu conscience de sa présence. Mais la nuit avait été longue, dans l'attente des premières lueurs, l'oreille aux aguets, redoutant de nouveau cris. Quand il s'était levé, qu'il avait gagné le salon, tout était en place. Mais seule Maman était levée. Elle expliqua à Martin que Papa était malade. Et quand il voulut lui raconter ce qu'elle avait vu, elle l'avait serrée très très fort contre lui, lui avait expliqué que c'était sûrement un cauchemar, et dans un rire, qu'il avait du trop manger de gâteau la veille et que ça l'avait rendu malade ! Mais lui savait bien que ce n'était pas un cauchemar ! Il lui avait fallu beaucoup de courage pour s'approcher du sapin, et le moment pourtant tant attendu d'ouvrir ses cadeaux avait eu un goût amer. C'est quelques mois plus tard qu'ils avaient abandonné la ville grise et sale, pour cette combe reculée du Haut-Jura, cette ferme isolée, posée au bord de la forêt et de ses secrets. La vie avait alors changé du tout au tout, Papa avait retrouvé le sourire, sa gaieté, et même si les journées étaient longues, si la solitude perçait parfois, Martin était redevenu un petit garçon heureux et confiant. En plus les vacances s'étaient prolongées. Maman avait expliqué que l'école était trop loin et Martin trop petit encore pour se lever aux aurores, passer une longue journée loin de la maison et rentrer à la nuit. Mais c'était promis, l'année prochaine il irait à la grande école. Et juste avant la rentrée, Maman avait lui acheté un beau cartable neuf, de jolis cahiers, des crayons de toutes les couleurs, et tous les matins elle le faisait travailler, lui apprenait à écrire, à lire, à compter. Les après midis Martin aidait Papa aux travaux de la ferme, il était presque un grand garçon maintenant, n'est ce pas ? Parfois, quand les journées se faisaient trop longues, que Papa et Maman étaient trop occupés, lui venait l'envie de partager ses jeux, ses rires, ses rêves. Il avait un soir émis cette idée, à sa façon, en disant que ce serait bien d'avoir un petit frère, ou petite sœur. Mais le regard qu'avaient alors échangé ses parents lui avait paru si étrange, si lointain et incompréhensible qu'il n'avait pas osé aller plus loin. Le sommeil tardait encore à venir. Pourtant Martin se sentait bien, sommes toutes il était heureux. Cependant subsistait, quelque part, dans un recoin de sa tête une inquiétude. Maman lui semblait fatiguée, depuis un moment, parfois elle s'allongeait une heure ou deux, et ces derniers jours, de temps à autre une plainte lui échappait. En plus, elle avait beaucoup grossi, et semblait marcher avec difficultés certains soirs. Maman serait-elle malade? Le docteur, un gentil docteur, mais avec une grosse voix sonore qui intimidait Martin, était venu quelques fois, mais il repartait toujours avec un grand sourire, et ses parents ne semblaient pas inquiets. Alors Martin pensa que les grandes personnes sont parfois compliquées, et que les enfants ne doivent pas toujours chercher à tout comprendre. Peu à peu la chaleur de son petit lit aidant, Martin sombrait dans le sommeil, et sa dernière pensée fut qu'au moins le Père Noël ne risquait pas de rester coincé dans la cheminée, tant elle était vaste. Pourtant alors qu'il était mi-endormi, mi-éveillé, il lui sembla entendre des bruits bizarres, des bruits de pas précipités, des bruits d'eau qui coule, des gémissements. Un peu plus tard il crut entendre aussi une voiture arriver. Puis plus tard encore des miaulements comme ceux des matous les soirs d'été, et même dans la confusion de son sommeil, la grosse voix du docteur qui disait tout va bien, mais il faut beaucoup de chaleur……… Drôle de rêve se dit Martin, puis plus rien……… Quand il se réveilla, le jour était déjà bien avancé, la neige avait cessé de tomber et étalait sa douceur, sous un ciel d'un bleu comme on n'en trouve nulle part qu'au-dessus de cette combe au creux des montagnes. Martin tendant l'oreille reconnut le pas un peu lourd de Papa, perçut quelques chuchotements, des bruits de vaisselle……. Puis soudain il se souvint que c'était Noël ! Noël ! Et le Père Noël était sûrement passé depuis longtemps ! Retardant encore un peu le moment de la découverte, il descendit à pas lents jusqu'à la grande salle, où brûlait déjà un énorme feu dans la cheminée. Papa était là, un large sourire aux lèvres, et Maman allongée sur le canapé lui parut bien pâle. D'un œil distrait il vit les papillotes qui débordaient de ses chaussures, le paquet rouge et doré tout à côté……. Mais là, à mi-chemin entre le sapin et le canapé, là ………. Là, un couffin, posé à même le sol, et dans le couffin, toute petite, toute rose, emmitouflée, cette petite chose inouïe, qui gigotait et gargouillait ……. La petite sœur, SA petite sœur ::: l'auteur? Jacqlyn jacqlyn@infonie.fr |