Ça,
il allait tomber en panne d’essence, c’était certain. Depuis que le clignotant clignotait bêtement, il aurait déjà dû se trouver rejeté, comme un chien écrasé, sur le bord de cette horrible petite route poussiéreuse, espagnole, sinueuse, presque vermoulue comme une vieille planche.
Ajoutez à cela, qu’il devait faire près de trente degrés. Pourtant, en espadrilles, avec chemisette et pantalon léger, il ne pouvait guère enlever autre chose.
Depuis qu’il avait re capoté le cabriolet, il se sentait, disons, moins mal mais il n’osait doubler ces deux camions français qui le précédaient, car il était sûr que la voiture, qui hoquetait déjà, allait s’échouer sur cette lande.
Il avait laissé sa femme à Marbella, qu’il avait quitté à l’aube, et roulait depuis cinq cent cinquante kilomètres, en remontant toute l’Espagne par cette chaleur dingue, pour un garçon plus habitué aux tiédeurs de la vie qu’aux pistes Paris-Dakar.
" Mais c’est le mirage, je rêve ! "
Il venait d’apercevoir entre les deux monstrueux camions, un petit poste à essence, modeste, grêle, décati et dépeint, qui lui sembla plus beau qu’un palace cinq étoiles.
En grinçant, les camions stoppèrent devant la pompe à essence, et sournoisement, il n’eut plus que l’idée de s’abriter à l’ombre de ces monstres rutilants.
" Salut français "
Lui cria, l’un des deux camionneurs vite suivit de son compère.. Deux grands types moustachus, d’autant plus sympas qu’ils avaient trouvé cette halte et une essence providentielle.
" Il y a au moins vingt kilomètres que nous n’avons vu passer personne. On va laisser reposer un peu nos bahuts. On se retrouve pour une bière ? Pour autant qu’il y ait un chat dans ce désert... "
Il y avait un chat, en l’occurrence, une vieille, noire, ridée et bécasse, qui ne s’intéressait pas plus à ses clients, qu’un cachalot à un trésor enfouit au fond de l’océan.
- Nous allons faire un brin de toilette, dit le plus grand des deux routiers, on se retrouve... Français ? D'où venez-vous ?
- Je peux vous faire un petit plat, dit la bécasse.
Tout était calme, écrasé par la chaleur.. Les terres saupoudrées de sable, de misère et de siècles.
Mark se rendit jusqu'à un petit local attenant, où sur une plaque vague, était inscrit le mot " Toilet "
le grincement de la porte fit se retourner les deux camionneurs entièrement nus, qui s’esclaffèrent :
- Viens prendre une douche, Français, il reste encore de l’eau dans la citerne.
En deux secondes, Mark se trouva aussi nu que ses compagnons. Il essaya, faux jeton, de se dissimuler derrières sa chemise, roulée autour des reins.
- Ne sois pas ridicule, dit le plus jeune en riant.
- Vous avez raison les gars !
Le plus grand s’appelait Claudius et le plus jeune Manuel.
Tandis que Manuel, vu de fesses, superbes, se rasait devant un miroir déchiqueté, Claudius se dirigea allègrement, vers, ce qui pouvait passer pour un tuyau de douche.
- Viens français.
- Je m’appelle Mark.
- D’accord français, si tu veux profiter de l’eau, douches-toi avec moi, avant essaye de trouver du shampooing.
Il riait.
Mark ne prit pas la peine de se draper dans sa chemise, tant tout était silence et désert, et alla dans sa voiture chercher sa trousse de toilette.
A peine était-il sous la douche, que Claudius se mit à le laver, comme on savonne un enfant joueur, tombé dans la boue.
- Tiens, mouille-moi les cheveux.
Ce qui devait arriver, arriva. Les corps nus des deux garçons, sous la caresse d’un savon et de mains agiles, s’agitèrent, grandirent etc...
En fait, il n’y eut qu’un jeu d’hommes avertis.
- Tu es bien bâti de partout.
- Toi aussi.
- Mes salauds ! Dit l’homme vu de dos, si je me retourne, vous trouverez que je ne suis pas mal non plus.
Ils rirent sans gaillardises, mais avec tendresse.
En quelques secondes, ils se retrouvaient dans un monde éphémère, clos, si plein, si fraternel, si tout.
Cela rappela à Mark, qu’à l’armée, il avait failli, disons le mot... être violé par deux costauds.
Il arrivait à la caserne Dupleix, jeune soldat malhabile, et se heurta à un officier, qu’il oublia de saluer.
- Vous aurez de mes nouvelles, dit le méchant.
Plus rien pendant six mois. Or, début mai, il recevait une convocation à passer au poste " G ". C’était tout simplement, la petite prison provisoire de la caserne, où, il était condamné à passer sept nuits. Le jour, étant requis à la Défense nationale, il serait libre.
" Bon, une expérience de plus "
Il portait pour passer inaperçu, un survêtement bleu marine : C’était légal, c’était commode, c’était anonyme. Donc, c’est dans cette tenue, que ce soir-là, un vieux garde l’introduisit dans une petite salle peu éclairée, il était dans les vingt heures.
- Tu verras, il n’y a qu’un bat-flanc (en fait quelques planches, et des couvrantes.)
Il faisait chaud. Ce ne serait pas si terrible
Trois formes dans un coin dormaient.
Il devait être à peu près quatre heures du matin, quand Mark endormi, se senti saisi par deux hommes vigoureux entièrement nus et fort en action, qui lui arrachèrent son blouson, le suspendirent avec son pantalon, le faisant sauter comme une crêpe pour, lentement, très lentement, lui ôter le dernier rempart à sa nudité complète et, opprobre sur lui, déjà bien active.
Et en malaxant le corps de leur victime honteusement consentante ; les deux garçons hautement proportionnés, allaient commencer une attaque en règle, quand le vieux garde aux aguets, ouvrit la porte avec véhémence.
- Petits cochons ! Lâchez ce garçon. Et vous, venez dans une salle tranquille.
Ainsi, Mark eut ce matin-là son honneur sauf, mais n’était-il pas frustré ? Honteux de penser à ça... Pourtant...
Après que Mark eut vaguement expliqué ses ennuis nocturnes, son capitaine agit de manière à l’exempter des six nuits qui lui restaient à passer à Dupleix-prison.
Il y avait des tas d’années de cela.
Donc il n’eut plus jamais à faire front à de robustes gaillards en folie.
Et voilà que sur cette petite route perdue d’Espagne, une aventure assez semblable lui arrivait...
Ils restèrent encore sous la douche, le temps d’épuiser, sinon les plaisirs de la vie, du moins le peu d’eau disponible. Et bloc solide, ils firent tous les trois un repas extra, fortement arrosé, que la vieille bécasse avait parfaitement réussi.
Ces trois lascars, barbus, solides et musclés, s’embrassèrent en se quittant, la larme presque à l’œil.
Tout le reste du voyage, Mark pensa à eux, bien sûr ils ne se revirent jamais.

Mark filait allègrement sur la petite route nocturne, la chaleur était un peu tombée.
Ce n’est qu’à l’aube qu’il franchit la frontière, au Boulou, dans les Pyrénées Orientales.
Dans un hôtel qui portait un nom étrange : " Le Neoulous " une qualité de vent, peut-être ? Il avait oublié le nom des vents, alors qu’il se souvenait des noms des quatre nuages, des cinq comptoirs des Indes et des trois pyramides d’Egypte.
Il était en pleine forme malgré les soixante ans qui se pointaient. Il en faisait réellement quinze de moins, et l’aventure avec les camionneurs, qui n’avaient discerné en lui qu’un des leurs, tant par l’âge que par la position, car il avait traîtreusement annoncé qu’il n’était que le chauffeur de ce cabriolet, lui avait remonté le moral, qui au demeurant n’était pas souvent à plat.
Il avait réussi, comme on dit : jolie femme, beaux enfants déjà partis, résidence secondaire, bon job. S’il lui manquait parfois quelque chose, c’était si bien dissimulé, qu’on y voyait que du feu.
Il devait se rendre pour affaire en Hollande. Mais, ayant tout son temps, il négligeait ces sempiternelles autoroutes, pour affronter sa vieille France d’antan. Avec arrêt en Avignon, et un bon jambon à la crème à Saulieu.
Pour le moment, il n’avançait guère, et cette sacrée chaleur, sans respecter les frontières, gagnait maintenant la plaine de la Crau.
" Des travaux ! Il ne manquait plus que cela ! "
Dis minutes, hébété, au grand soleil, il était botte à botte avec une superbe auto rouge, au volant de laquelle, une blonde joyeuse pianotait sur son volant.
Ils se sourirent, que faire d’autre ? Pestèrent ensemble contre les travaux de l’été, puis contre la chaleur.
- Voulez-vous un thé glacé ?
Elle essaya de lui passer son Thermos rouge.
Il pensa, qu’il était bien regrettable d’avoir perdu dans les voitures, cette espèce de trottoir, il ne trouvait plus le mot... un marchepied... comme dans les automobiles d’autrefois.
Brusquement, il se rendit compte que cette femme se jetait sur lui. Les femmes s’étaient toujours ruées sur lui, et il en avait peur, comme il avait peur des hommes qu’il n’arrivait pas à subjuguer, comme il avait peur du fisc.
Soixante ans, il ne savait pas ce qu’il avait raté.. Mais déjà cela remonter à très loin.
Adolescent, il avait idéalisé son grand-père, qui l’enivrait, érudit de luxe de l’entre deux guerres. Compris son père qu’à titre posthume et il cherchait encore à son âge, un héros à admirer.
Alors, ce n’était pas cette idiote rouge, avec son thermos glacé qui l’épaterait.
D’ailleurs, les voitures repartaient à grand train.
Il traversa la France, ensommeillé par la canicule, et c’est à une heure méridienne qu’il arriva à Maubeuge. Pourquoi pas Maubeuge ?
Il trouva, avant l’entrée de la ville, que ce motel semblait pratique, avec son grand parking et sa petite piscine, aperçue à travers la verdure, à vrai dire un peu fatiguée des arbrisseaux.
Personne à l’accueil, personne dans la salle.
Il ne savait plus où était son maillot, pour plonger dans cette piscine réparatrice et il entendait déjà le claquement des glaçons dans un verre de Ricard, quand se pointa, un jeune homme blond, beau, un peu hésitant.
- Vous voulez déjeuner ? Ou une chambre ? Ou un apéritif, ou un bain dans la piscine ?
Il haletait un peu.
- Je veux tout.
L’hôtelier sembla plus détendu, se redressa, et quand Mark lui eut serré la main, il offrit un sourire las, mais un sourire confiant.
Contact établi.
Lorsque Mark se réveilla de sa sieste, le silence le plus total régnait dans le motel aux rideaux clos, ployé sous cette chaleur envahissante, malgré que l’après-midi soit presque achevée.
Drapé dans un peignoir court, Mark se dirigea vers la piscine solitaire, erra dans les salles, et aboutit dans une cuisine vaste, mais fort encombrée de linge, de vaisselle, de bouteilles.
L’hôtelier, au fait, il s’appelait Serge, accroupi comme un fauve blessé, était dans un coin de la pièce.
- Ca va ?
- Peut-être.
Il se redressa, humilié d’avoir été saisi sans son isolement, sa décomposition ; heureux de trouver un rapport avec un homme qui lui paraissait charitable, même, peut-être bon. Il rit.
- Excusez-moi d’être aussi abruti...
Heureusement qu’il n’ajouta pas : la chaleur. C’était sous-jacent et bien tranquillisant comme prétexte...
- J’ai des problèmes, les jeunes filles qui servaient sont parties.
Il était prêt à sangloter :
- Et ma femme m’a quitté.
Voilà, c’était dit. Il ne connaissait pas ce client et il lui avait tendu les bras, ouvert ses peines, ses chagrins, son lui profond.
Mark, l’étranger, parut étonné, sceptique, heureux, qu’un être inconnu, éclate ainsi devant lui. Il était con ou confiant. Mais en tout cas, Mark n’avait pas envie de se moquer. Il sourit.
- Cela mon vieux, n’est pas si grave.
- Si vous saviez comme nous étions heureux avec Marinette, quand nous avons acheté l’hôtel. Ma femme était belle, je n’avais pas peur du travail, l’affaire marchait bien, jusqu’au jour où j’ai trouvé ma femme avec un représentant... presque noir.
Pendant que Marinette ricanait, le noir se jeta sur moi. Il était obèse, énorme.
Elle dit :
- Il a peut-être le sida.
Elle riait en se moquant de moi :
- Pauvre mec, piètre amant, tu ne sais pas ce qu’un vrai homme peut apporter à une femme.
Un cruel fleuve de haine la rendait laide, hagarde.
Le noir s’était calmé. Il se rhabilla, quitta la pièce, ce n’était plus son histoire.
Nous restions tous les deux avec cette aversion répugnante, soudaine.
C’est affreux, elle est partie deux jours plus tard, lundi dernier... nous sommes dimanche.
Serge avait son débardeur mouillé de sueur. Il montrait des épaules solides, un torse bien équilibré. Piètre amant, piètre amant, cela n’en avait pas l’air.
Il paraît que c’est au pouce que l’on reconnaît la virilité d’un homme. Mark manquait d’expérience, pour statuer sur la force de ses congénères. Serge aurait semblé super-normal, s’il n’avait pas eu ce côté sanglot et frémissement.
Mark n’aimait pas la sensiblerie, et commençait à comprendre la jeune Marinette.
- Allez, laissez tomber vos états d’âme. Tu as l’hôtel à tenir, au boulot. Je t’aiderai...
Qu’elle idée d’avoir dit ça ? Enfin, ce voyage ne manquait pas de sel.
- As-tu des clients ce soir ?
- Ciel ! Un car de suisses doit arriver dans deux heures.
Déjà il était reparti en cuisine, presque serein de ne plus être abandonné. Il acceptait ce secours inattendu avec sollicitude et comme un fait acquis. Il n’était pas fait pour se débattre seul dans la vie.
Les Suisses arrivèrent après que mark ait eu le temps de faire des bouquets sur chaque table, que la coupe de l’arrivée soit prête, glacée à la descente du car.
Il débarqua les bagages avec une dextérité, dont il ne pensait pas être capable, et en somme il passait une excellente soirée... enfin, jusqu’au moment ou il entendit un cri de bébé, dans l’arrière salle de la cuisine.
Un bébé, il ne manquait plus que lui.
- C’est mon fils, il a sept mois, dit Serge gêné.
- Pour être gêné, tu peux être gêné. Tu as encore autre chose à me sortir d’un tiroir ? Que va-t-on faire de lui ?
- Je sais lui donner le biberon, mais il faut aussi servir trente personnes dans la salle.
L’hôtesse du car lui parut charmante, le plus facile était de la mettre dans leur jeu.
Elle comprit très bien la situation. Elle s’appelait Julie, grande et belle fille de vingt-cinq ans.
Alerte, elle s’occupa du bébé, tandis que Mark pour la première fois de sa vie, plateau en main, faisait face avec diligence à une trentaine de couverts.
Ceint d’un tablier de vendangeur, qui avantageait ce " piètre amant ", Serge s’agitait avec quiétude, " il n’y a pas le feu au lac ", autour de ses fourneaux.
Les Suisses avaient trouvé le premier plat succulent.
Mark, leur expliqua ce qu’était le " trou normand ", au troisième trou les convives très gais, entonnèrent quelque chose, qui ressemblait à un hymne national interchangeable. C’était déjà l’Europe.
- Je suis très content, dit Serge l’air attendri.
- Stop ! Ou tu vas recommencer à pleurer, de joie maintenant.
Julie s’agitait
- Tu sais, dit-elle à Mark, j’en ai assez de voyager à travers l’Europe. J’ai toujours rêvé d’avoir un bon petit hôtel à moi, avec un gentil mari...
- Et.. Pourquoi pas un motel avec un gentil époux pleurnicheur ?
Elle éclata de rire. Mark l’embrassa sur les deux joues. Tout marchait à merveille.
C’est alors que Serge, qui se dandinait depuis quelques minutes, murmura :
- Je ne vous ai pas tout dit, demain, les banquiers doivent venir nous voir, moi et ma femme bien sûr, ils ne m’accorderont aucun crédit. L’hôtel est perdu.
Allons bon !
Mark, dit qu’il n’y avait qu’une solution : Julie passerait pour la femme de Serge et tout irait bien.
Ainsi fut décidé. Tandis que le gâteau au chocolat, un rien raté, écroulé, était porté au restaurant par Julie, sous les hourras des Helvètes.
- N'oublie pas les couverts pour les fruits.
Les Suisses se moquaient bien des couverts et savouraient hardiment le petit vin blanc.
- Les banquiers vont vouloir tout visiter, numéroter d’un œil aiguisé, l’état des sièges et la netteté des assiettes. Aussi au travail !
Julie coucha le bébé, Julie coucha la Suisse, mais les hommes ne se couchèrent guère cette nuit, pour travailler, ravauder, équiper le motel et lui donner une jouvence nouvelle.
Serge avait pansé ses blessures, il chantonnait. Mark avait renoncé pour l’instant à le faire pleurer.
Le jour pointait, tout était impeccable dans l’hôtel silencieux
- Un petit saut dans la piscine et au lit.
Les deux hommes, le blond et le brun plongèrent ensemble dans l’eau fraîche
- Prends mon peignoir, dit Mark.
- Je ne suis pas habitué aux peignoirs de bain, sais-tu que celui-là me donne des sensations nouvelles.
Il écarta les pans du vêtement, laissant apparaître tout ce qu’il fallait pour ne pas être un " piètre amant "
- Moi, je suis mort de fatigue, dit Mark.
Les deux garçons s’affalèrent sur leurs lits.
C’est vers neuf heures trente, que l’on entendit ce hurlement dans l’escalier :
- Au secours !
La voix était suisse, l’appel au troisième, les cris partout.
- C’est madame Label qui a chu.
- Elle a sûrement le col du fémur cassé.
L’escalier devint rapidement une voie piétonne, où tous se bousculaient, faisant rouler cette malheureuse dame label.
- Elle ne bouge plus.
Puis des cris encore
- Elle bouge.
Julie, en robe bleu ciel, légère, ravissante, les cheveux épandus sur les épaules, arriva à coups de sourires et de précision à extirper la pauvre Label échouée. Téléphone, docteur, ambulance.
- Tu ne me laisses pas seule ?
Julie convint qu’elle avait le devoir d’accompagner cette pauvre femme.
- et moi ? Pleura Serge, qui fera mon épouse pour les banquiers à dix heures ?
Il éclaboussait la vie des autres, sautait les chapitres, il ne fallait s’occuper que de lui. Les faibles vous encombrent tout à loisir...
Mark regarda Julie qui murmura goguenarde :
- Il n’y a qu’un truc, l’un de vous doit se déguiser en fille, je crois qu’un couple de garçons ne ferait pas très fiable aux yeux des banquiers. Comme Mark est trop brun, trop moustachu, c’est toi mon petit Serge qui va faire l’épousée.
Elle se marrait.
- J’ai une perruque blonde, une robe à pois, avec un bon maquillage, tu seras parfait.
Serge hébété, se laissa transformer en une nana très acceptable, avec comme accession, le bébé dans les bras ; l’illusion était parfaite.
- De piètre amant, tu feras une ravissante maîtresse, dit à haute voix Mark rêveur.
Les Suisses quittèrent le motel dans la joie.
Julie dit : Si vous me donnez douze jours, je reviens m’installer ici..
Serge, toute peinte, l’embrassa sur les lèvres, couple de femmes, étonnant pour des Suisses convenables.
- Je t’attendrai, pleurnicha Serge
Julie les embrassa tous les deux. Nouveau départ.
Mark dit :
- J’ai une tante charmante, disponible, qui peut, dès deux heures, être ici. Elle s’occupera du bébé ( je ne parle pas de Serge) et du motel jusqu’à ton retour.
Le motel retrouva sa sérénité après le départ des " caristes ", pour laisser au jeune couple, le temps de composer leurs personnages. Le théâtre sommeil en chacun de nous.
Serge dit :
- Sans vous, je serais mort, ruiné, paumé, foutu ! !
Dix heures : Deux banquiers, plus vrais que nature, sonnent.
Ce sera dur, pensa Mark, habitué pourtant à traiter d’affaires avec des rebelles : Comptables, "fisceurs", banquiers, direction, boulot...
Onze heures trente, des banquiers souriants prennent congé.
Serge se jette dans les bars de Mark en pleurant.
- C’est gagné ! Nous sommes arrivés à tout obtenir et en prime, j’ai réussi à te faire larmoyer un coup de plus.. Pari gagné !
Mark riait fort, et Serge laissait rouler sa tête blonde sur l’épaule de son compagnon.
- Je suis si heureux pour moi, merci.
- Arrête ! C'est à moi que tout cela à fait du bien, rétorqua Mark, j’ai passé à Maubeuge un week-end épatant, claquant, mais épatant.
- Je te donne le peignoir d’éponge, ajouta Mark.
- Je t’ai lavé ta jolie voiture, dit Serge, je n’ai rien de bien terrible à donner. Tu reviendras ?
Mark lui saisit la main, l’embrassa comme deux frères n’ont pas l’habitude de le faire, sauta dans son cabriolet noir et murmura :
- Je reviendrais. 

 
 
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l'auteur : Pierre Mucha.. . . .