Ce
matin-là, Valentin se promenait le long des quais avec son papa. Ils regardaient les péniches qui glissaient sur la seine. Chaque péniche était décorée par le linge multicolore de la dernière lessive, qui pendait en longues guirlandes comme pour une fête.
Valentin et son papa arrivèrent bientôt au marché aux fleurs. Valentin était toujours émerveillé par la joie des fleurs. Il aimait les voir s'épanouir sous le soleil, devant les petites baraques vertes des marchands. Valentin s'approcha d'une baraque, dont l'étal était surchargé de géranium, pour respirer la délicieuse odeur de ces fleurs. Une petite fille se dressa soudain comme le diable derrière les pots de fleurs. Elle fixa Valentin dans les yeux et lui ordonna:
- Viens.
Valentin la regarda abasourdi.
- Viens, répéta-t-elle, viens voir ce que j'ai pour toi.
Valentin entra dans la baraque, la petite cligna de l'œil et ouvrit tout grand sa main, dans laquelle un minuscule poussin jaune et duveteux pépiait gaiement.
- Qu'il est joli! S'écria Valentin.
- Alors je te le donne, dit la fillette avec autorité, moi je veux un chat, et maman ne me permet qu'un animal à la fois.
Le poussin haussait sa petite tête et ses yeux dorés regardaient les enfants avec inquiétude, comme s'il sentait que son sort était en train de se jouer.
- Je ne peux pas le prendre, dit Valentin tristement.
- Pourquoi?
- J'habite dans un appartement, mes parents ne veulent aucun animal.
- Si tu es malin, tes parents ne le verront même pas, dit la petite fille, allez, prends ce poussin tout de suite, je dois partir maintenant, pour acheter un petit chat.
Elle fourra le poussin dans la poche de Valentin.
A cet instant Valentin entendit crier son papa:
- Valentin! Que fais-tu? Reviens nous devons rentrer à présent.
Le papa rejoint les enfants:
- Que faisais-tu Valentin? Tu es rouge comme un piment.
- Rien, rien
- J'espère que tu n'as pas fait de bêtise.
- Non! Non! Au contraire, dit la gamine.
Et elle se sauva en riant.
Valentin enfonça sa main dans sa poche parce que le poussin s'agitait vraiment beaucoup trop.

Durant toutes les vacances de pâques , les parents de Valentin ne se doutèrent pas de la présence du poussin. Valentin restait sagement dans sa chambre. Il ne demanda jamais durant ces 15 jours à sortir, ni pour voir un petit copain, ni pour courir au parc.
- Valentin a enfin compris qu'il devait rattraper son retard scolaire et apprendre ses leçons, j'en suis bien heureuse, disait sa maman.
- Oui, il devient vraiment très raisonnable, répondait le papa, j'espère qu'il n'est pas malade.
- Avec l'appétit qu'il a en ce moment, ça m'étonnerait rétorquait la maman. Il n'a jamais mangé autant de pain et de fromage de sa vie. Il doit sentir qu'il a besoin de calcium.
Et Valentin chipait dans la cuisine du pain et du fromage, et même parfois du jambon pour nourrir son poussin sans que maman ne lui demande comment il pouvait soudain boulotter un camembert, plus un saint Marcelin et deux crottins de Chavignou dans la journée. Le poussin n'avait aucune préférence, il picorait tout avec une égale gloutonnerie en gloussant de plaisir.
Valentin l'appelait Doudou. Il lui avait installé un petit nid de coton dans une vieille boîte à chaussures. Doudou ne restait pas beaucoup dans son nid, il préférait se promener dans la chambre de Valentin en chantant :
- Bip-bip-bip-broul-broul.
Valentin était heureux, il jouait avec son poussin en toute tranquillité, tout en jetant un vague coup d'œil sur ses livres de classes grands ouverts.
Le dernier jour des vacances arriva, Valentin le passa tristement, qu’allait devenir Doudou pendants qu’il serait à l’école ? Le poussin ne pouvait pas rester toute la journée enfermé dans sa boîte à chaussures il serait trop malheureux, de plus, le poussin gazouillait sans cesse et maman finirait par l’entendre. Après une nuit d’insomnie, Valentin décida d’emmener Doudou à l’école. Il le cala confortablement dans son cartable entre un morceau de fromage et quelques biscottes, et lui recommanda de ne pas bouger.
Doudou grignota le fromage et les biscottes, puis, pour s’amuser, déchiqueta un peu les livres et les cahiers de Valentin avec son petit bec pointu. Mais ce jeu le lassa aussi très vite, il avait envie de courir. Il passa sa toute petite tête jaune hors du cartable.
Valentin recopiait sagement sur son cahier le texte que le maître écrivait sur le tableau vert.
Doudou bondit sur le pupitre de Valentin en ébouriffant son petit derrière jaune :
- Bip-bip-bip-bip-broul-broul..
Tous les élèves de la classe éclatèrent de rire.
Valentin attrapa Doudou et le fourra vite dans son cartable. Le maître se retourna :
- Que cherches-tu dans ton cartable Valentin ? demanda-t-il.
- Rien m’sieur, dit Valentin.
- Bip-bip-bip dit Doudou.
- Que dis-tu ? demanda le maître en colère.
- Rien m’sieur, répéta Valentin.
- Bip-bip-bip-broul-broul, dit Doudou
- Tu te moques de moi Valentin, dit le maître très mécontent, tu me copieras cent fois " Je chante en classe comme un poussin et je me moque du maître ".
Valentin baissa la tête, il n’aimait pas être puni, il comprenait bien que Doudou ne pouvait plus venir à l’école.
Le lendemain, Valentin se résigna a enfermer Doudou dans la boîte à chaussures, il posa la boîte sur le balcon pour que maman n’entende pas chanter Doudou.
En rentrant de l’école, Valentin se précipita sur le balcon. La boîte était vide. Doudou, désinvolte, se promenait quelques mètres plus bas sur le toit de la maison du concierge.
- Doudou ! Doudou ! appela Valentin.
Doudou répondit tout de suite
- Bip-bip-bip-broul-broul.
Mais il ne pouvait pas remonter.
Valentin grimpa sur une chaise et décrocha les rideaux qui ornaient sa fenêtre. Il les noua solidement l’un à l’autre et les attacha à la balustrade du balcon. Son cœur se mit à battre très vite lorsqu’il enjamba la balustrade. Il se laissait glisser doucement le long de cette corde improvisée, et il avait peur.
Bientôt, il atteindrait Doudou. Mais le petit poussin, qui folâtrait imprudemment au bord du toit, tomba soudain dans la cour en poussant un cri strident.
Valentin hurla de terreur.
La maman, alertée par ces bruits, entra dans la chambre de Valentin et courut au balcon. Elle vit alors son fils qui se balançait dangereusement au bout des rideaux.
Valentin n’était pas très lourd, pourtant les rideaux commençaient à se déchirer.
- Ne bouge pas ! cria Maman affolée.
Mais c’était inutile, Valentin ne pouvait pas bouger, il se cramponnait aux rideaux en pleurant :
- Mon poussin, je veux mon poussin.
- Oui, oui, tu auras un poussin promettait Maman, mais surtout tiens-toi bien.
Le concierge arriva enfin avec une grande échelle, juste au moment où Valentin fatigué se laissait tomber.
Doudou apeuré était tassé dans un coin de la cour. Valentin le prit dans ses bras pour le consoler.
- Mais d’où sort ce poussin demanda maman éberluée.
- Tu me l’avais promis, dit Valentin.
Maman crut à un miracle, elle n’osa jamais chasser Doudou.

Maintenant Doudou est devenue une grosse poule blanche, avec une belle crête rouge et une grosse voix " cococococo ". Valentin l’appelle à présent " Grosse-Doudou ". Papa n’est pas très heureux lorsque Grosse-Doudou s’amuse à pondre un œuf sur le tapis du salon.
Maman dit souvent d’un air fâché :
- Grosse-Doudou sent mauvais.
Alors Valentin prépare un petit bain de mousse, et Grosse-Doudou est très contente. Elle aime patauger dans la mousse rose. Valentin la sèche avec le sèche-cheveux de Maman. Grosse-Doudou soulève bien ses ailes pour que l’air chaud se faufile partout, et elle chante :
- Cocococococo
Avant de partir pour l’école Valentin met une petite culotte en caoutchouc à sa grosse poule, pour qu’elle ne salisse pas le plancher ciré de Maman. Le dimanche, Valentin emmène Grosse-Doudou au bois de Boulogne, pour lui faire prendre l’air.

Valentin et Grosse-Doudou sont très heureux. Valentin espère bientôt donner un copain à sa Grosse-Doudou blanche, peut-être un petit chat, tout noir..  

 
 
 
 
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l'auteur? Iris, interne en pédiatrie, elle aime la mer, les bateaux... et espère avoir plusieurs enfants.
 
iris04@infonie.fr