Je ne verrai pas fleurir les balsamines


Alcoolisme ? Dépression ?
Lequel a entraîné l'autre ?
Lequel fut le premier, la poule ou l'œuf ?
J'ai des bleus au cœur, des ecchymoses

A quelle heure va-t-il rentrer ce soir ?
Machinalement, je regarde la pendule, 21 heures déjà.
Elle non plus n'est pas là. Elle m'a prévenue, elle dormira chez une copine. Je sais bien que c'est faux. Je sais bien qu'elle va rejoindre ce garçon, 36 ans ! Et elle, c'est encore un bébé.
J'ai essayé de la retenir, elle est plus forte que moi, elle peut me dire des mots cruels, moi je ne peux pas, c'est ma fille, mon amour. Je lui explique, qu'elle abîme sa jeunesse, elle me répond cinglante :
- Ta gueule maman, toi tu as épousé papa à 18 ans parce que tu étais en cloque, tu n'as rien à dire.
- Mais nous avions le même âge, nous nous aimions, tu as tout juste 15 ans Isa !
- Tu crois qu'il t'aimait ? il voulait juste de tirer mais il est tombé dans un piège.
L'humanité évolue, tu devrais en faire autant, salut maman à demain.
La gifler ? j'ai souvent eu envie de la gifler, mais je l'aime trop.
Vlan !
La porte a claqué sur mon incompétence.
Je regarde mon verre, il est vide, je ne veux plus boire.
Dix heures, le téléphone :
- Allô, Cat ? Je rentrerai tard, le patron nous emmène dîner avec nos clients, c'est plus sympa de discuter autour d'une table.
- Je t'en prie, fais un effort, ne vas pas en boîte après.
- Ce n'est pas moi qui décide mon chou, ne t'inquiète pas, couche-toi. Isa est là ? - heu ! .. Heu ! Elle dort chez une copine.
-Tant mieux, tu es tranquille comme ça. Bonne nuit ma choute.
Je sais qu'il ira en boîte, je sais qu'il est séduisant, je sais qu'il finira la nuit à l'hôtel……
Je regarde la bouteille, elle est vide, je vais en ouvrir une autre.
Voilà près de 10 ans que cela dure. Je ne vis que pour eux, je ne pense qu'à eux, et peu à peu ils me rejettent, inconsciemment peut-être. Je leur ai tellement dit qu'ils étaient les plus forts, les plus beaux, qu'ils passaient avant moi qu'ils le croient absolument, je suis devenue encombrante, je suis celle qui pleure, qui implore, qui attend. , qui guette le mot tendre qui ne viendra jamais ! J'ai trop pleuré, je ne peux plus, je me révolte, je hurle, je leur crie mon désespoir.
Ils me regardent froidement :
-Tu as bu ?
Voilà ! Si je dis ce que j'ai sur le cœur, c'est que j'ai bu, alors je bois.
Il est trois heures maintenant, la pleine lune éclaire le jardin, mon jardin, mon domaine, ils ne s'y intéressent pas.. Un jour, Isa a versé de l'eau de javel sur mes fleurs, parce que je lui avais interdit de sortir avec un gamin drogué qui conduisait sans permis, et comme un dingue, la voiture de son père.
- Papa m'aurait laissé sortir, tu es une vraie sorcière, je te déteste.
Papa ? Il n'est jamais là.
J'ai bu, puis j'ai replanté une dizaine de balsamines ; j'attends leur floraison avec impatience
Ce soir mes balsamines se dressent fièrement dans les rayons de lune, elles sont pleines de boutons.
Cinq heures, je ne sais plus où j'en suis, j'ai trop bu, la pièce tourne autour de moi. Il faut en finir. J'avale tout ce qui me tombe sous la main, je veux les libérer de mon amour.
Le jour était largement levé lorsque j'ai entendu très vaguement la sirène du SAMU.
Je ne verrai pas fleurir les balsamines. 

 
 
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l'auteur? Tania. -  babouchka01@infonie.fr    -