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Le village était charmant, croustillant et chaud. L'entente entre les habitants y régnait depuis des décennies. La femme du boulanger faisait l'amour de génération en génération avec le pharmacien, alors que la femme de ce dernier lui donnait régulièrement des enfants du charcutier. Madame la charcutière, elle, ne voyait que par monsieur le curé, lui fourbissait très consciencieusement les objets du culte pendant que la petite bonne lui vidait les burettes. Les deux femmes s'entendaient à la perfection et il était fréquent de les rencontrer tendrement enlacées ou se faisant des agaceries derrière le dos du brave curé qui adorait ça. La petite bonne s'occupait aussi de temps à autre du ménage intime de monsieur le commissaire, particulièrement le jeudi, seul jour ou monsieur le premier adjoint découchait d'un lit devenu presque conjugal pour explorer les splendeurs très cachées de madame la mairesse, ( petit service rendu à monsieur le maire) qui ce jour là avait à cœur de surveiller affectueusement et manuellement les muscles lombaires de la patrouille de louveteaux. Les enfants proliféraient : le poissonnier aidé de la poissonnière et de la mercière avait réussi la fabrication de six petites morues, le boulanger semait ses bâtards dans tous les coins de village et le charcutier nourrissait une demi-douzaine d'andouilles. Et puis un jour elle apparut, toute ronde, souriante, avenant serviable.. Elle avait été couvée comme une maladie par son sacristain de mari, fieffé hypocrite, qui baissait les yeux au passage des enfants de Marie mais se masturbait comme un gros cochon devant la statue de saint Antoine en espérant que monsieur de padoue lui rendrait ce qu'il avait perdu irrémédiablement : le pouvoir d'érection. Leur première duplicité remontait à la Saint-Joseph.. Ce jour là, et chaque année, était consacré à maintenir la santé physique des nonnettes du couvent. Pour ce, tous les males du village étaient réquisitionnés afin de rendre flamberges au vent, les honneurs à ces épouses un tantinet délaissées sur le plan gaudrioles de monsieur bon Dieu.. Au cours de cette nuit les hommes minoritaires par rapport aux nonnettes, étaient convié à un grand festin ou tous les artifices pouvant les amener à un état glorieux étaient utilisés La soirée commençait par un défilé de majorettes ou les petites culottes avaient été remplacées par d'affriolants porte-jarretelles. Puis venaient les libations : extraits de cantharides mêlées aux apéritifs, vins épicés ajoutés à quelques secrets de bonne femme qui avaient fait leurs preuves. Ces festivités duraient jusqu'à ce que les sexes des sacrifiés arrivent à la hauteur de leurs plexus solaires, ils étaient alors livrés en pâture à la fringale des petites sœurs. Le couvent farci pour la circonstance de micros et d'amplificateurs permettait au village de prendre son pied en toute communion avec celles qui intercédaient pour lui, et qui pour la circonstance s'envoyaient au septième ciel. Or pour la Saint-Joseph de cette année là la femme du sacristain fut chargée de préparer l'apéritif de choc qui devait favoriser l'envol des frelons de Dieu… Les pauvres ne se doutaient pas du guêpier dans lequel ils étaient tombés. L'horrible femelle, au lieu de remplir leurs verres du nectar qui devait les transformer en Casanova, mélangea à leur boisson une telle dose de bromure que l'extinction des feux fut générale. Se croyant délaissée, les petites sœurs quittèrent aussitôt le pays et partir dans la nuit à la recherche d'un ciel plus clément. Et la première lettre arriva. Sinistrement anonyme elle atterrit chez le boulanger, lui signifiant crûment qu'il était cocu.. le boulanger qui connaissait la chanson, crut à une erreur du facteur et porta immédiatement la missive au chef de gare. .Malheureusement le chef de gare produit d'une croisement entre une femme à barbe et un homme serpent était parfaitement eunuque et célibataire, il haussa les épaules… Le boulanger relut attentivement l'adresse et dû se rendre à l'évidence la lettre était bien pour lui. Mais pourquoi, pensa le brave homme se fatiguer à écrire une chose que tout le monde savait ? Il haussa lui aussi les épaules et partit tout de go caresser les miches de sa petite voisine. Le corbeau furieux s'en arrache une grosse mèche de cheveux. La deuxième lettre arriva chez le charcutier, lui faisant savoir que les enfants qu'il nourrissait à la sueur de son front étaient ceux de monsieur le curé.. La lettre fut lue à la veillée et obtint un franc succès. Bien sûr que les enfants du charcutier ressemblaient au curé, pas un village à la ronde au moment des processions ne possédait une telle harmonie : Les deux enfants de chœur entourant leur papa portant le saint sacrement, il y avait de quoi faire des jaloux. Et quand ensemble ils portaient l'extrême onction à quelque vieillard mal en point, le vieux était tout ému de constater que contrairement aux communes voisines l'héritage de monsieur le curé était assuré et que l'on continuerait à s'occuper de son âme. De rage, le corbeau s'arracha les derniers cheveux de sa tête, et son sacristain de mari lui conseilla de se coller quelques plumes d'oiseaux sur le crâne afin qu'il semble moins nu. La troisième lettre fut adressée à monsieur le maire. Elle lui ordonnait, sous peine de non-réélection, de garder ses mains dans ses poches et non dans la culotte des petits garçons. Monsieur le maire organisa une grande fête sur la place du village et devant tous les habitants réunis fit, d'une voix forte, la lecture de la fameuse lettre. Tout le monde riait ! Il était parfait ce maire, franc avec ça, pour sûr qu'il serait réélu ! Le corbeau se creva un œil. Ce fut le commissaire qui reçut la dernière lettre, elle contenait une plainte contre monsieur le premier adjoint, pour attentat aux bonnes mœurs. Convoqué, le premier adjoint trouva tellement d'arguments pénétrants que le commissaire tout retourné, et il jeta la plaine à la corbeille.. La femme du sacristain eut alors l'idée d'une vengeance éclatante, elle courut sur la montagne et attira à l'aide de morceaux de barbaque pourrie, un ravissant petit corbeau tout de plumes noires vêtu, et, en une nuit, lui fit faire le tour de tous les poulaillers du village. Dès lors les poules se mirent à pondre d'étranges œufs noirâtres et immangeables. Tous ceux qui en consommèrent moururent noyés dans leur propre bile. Le village fut bientôt survolé par une horde noire de corbeaux, leur copain leur ayant raconté avec de croustillants détails la nuit d'orgie qu'il avait vécue parmi les poulettes, tous voulaient goûter de la cocotte. Un an après les corbeaux avaient tous disparus du pays. La société protectrice des animaux malgré de nombreuses enquêtes ne comprit jamais pourquoi ces pauvres bêtes étaient impitoyablement détruites sur tout le département, et ce par arrêté préfectoral. C'est ainsi que naissent les lois ::: l'auteur? Tara. |