Bonne nouvelle.
 
UNE BONNE NOUVELLE [2]
l'auteur
 
UNE BONNE NOUVELLE   [1] - Seconde partie -
 
 


Des rêves de riches m’envahirent avec des millions partout comme le Picsou de mon enfance qui plongeait dans sa piscine de pièces d’or, comptant et recomptant sa fortune. Je vis mon appartement envahi de pièces de dix francs, des milliers de pièces, non des centaines de milliers, trois cent mille précisément, engloutissant tous les meubles de mon studio. Pourquoi des pièces ? L’oncle Picsou avait raison, elles ne brûlent pas en cas d’incendie et une fuite d’eau n’altérerait pas leur valeur, juste leur éclat. En heurtant un lampadaire, la raison me revint ainsi que les suées avec le cauchemar de la richesse. Une heure auparavant, les dettes du cousin Alphonse, maintenant les angoisses de l’oncle Picsou, comme ma vie de fonctionnaire me manquait avec elle je dormais mes neuf heures d’affilée d’un sommeil de plomb loin des tracas d’un millionnaire. Je n’avais rien demandé et ça m’était tombé dessus, d’habitude je ne demandais rien et rien ne tombait. Une idée me vint, si je refusais, ça ne doit pas se faire de refuser, peut-être même que l’on n’a pas le droit de refuser un héritage. Des préoccupations nouvelles, me donnant un début de migraine, se succédèrent dans ma tête à un rythme fou, non pas fou, mais pas à un rythme de cerveau de fonctionnaire.

Ma lente promenade me fit remonter le boulevard au petit grand magasin et ce qui devait arriver, arriva ; je me retrouvai face à Cosette. A nouveau devant l’auberge des Thénardier avec Sandrine qui servait des consommateurs en terrasse, je m’assis à une table au soleil sans me soucier de l’heure. Les riches n’ont pas d’heure pour déjeuner, c’est bien connu, ils mangent sur le pouce et la plupart sont au régime, il faut être riche pour faire du régime, les pauvres n’ont pas ce genre de problème. Le fait de m’être attablé m’avait donné faim, tant pis pour le régime, je le commencerai demain. Sandrine me reconnut en m’apportant la carte, elle me sourit et me recommanda le plat du jour qu’elle avait goûté en cuisine, je suivis son conseil. Durant tout le repas, je la vis courir les bras chargés d’assiettes, allant des tables au comptoir, des cuisines à la caisse, recevant quolibets et réprimandes du gros ventru. Je ne pris pas de dessert juste un café et lorsqu’elle l’apporta, une hardiesse de nouveau riche m’envahit, je lui saisis la main. Loin de s’en offusquer, elle sourit davantage sans chercher à la retirer. Mon cœur avait oublié qu’il était riche lui aussi et accélérait à me faire éclater la poitrine. Thénardier brailla de derrière son comptoir, elle voulut s’enfuir, une pression de mes doigts suffit à la retenir, elle resta près de moi continuant de sourire. Je me mis à lui parler, doucement, très doucement et en peu de mots tout fut dit, nos yeux s’apprivoisèrent, nos mains se scellèrent. L’instant magique fut brisé par le taulier hirsute qui déboula sur la terrasse en hurlant de toutes ses forces après sa petite serveuse sur laquelle il était persuadé d’avoir pouvoir de vie et de mort du moins de travail et de chômage. Mais que pouvait-il contre nous ? Une fois encore, je pris sa défense, mon calme le surprit mais surtout l’énerva, ne pouvant rien me dire, il se tourna vers elle en lui posant un ultimatum, la porte ou les clients. Pour réponse, il reçut en pleine figure un tablier blanc à la plus grande joie des consommateurs qui avaient pris fait et cause pour la jeune fille. Elle me saisit le bras et nous partîmes sous l’œil furibard de l’aubergiste qui en oublia de me faire régler mon déjeuner.

Notre fuite s’arrêta sur un banc dans un square, assise devant moi, ses mains dans les miennes, je l’observai tout en l’écoutant ; Deux yeux clairs délavés d’avoir trop pleuré, éclairaient la pâleur pathétique de son visage, la pâleur d’une vie de peines et de misère. Sa bouche, petite de ne pas avoir toujours mangé à sa faim, réapprenait à parler, animant des lèvres roses légèrement ourlées qui laissaient entrevoir des dents éclatantes. Au centre, un nez droit de bonne proportion avec sur les cotés, des oreilles masquées par des cheveux remontés en chignon, des oreilles qui se réfugiaient sous cet abri pour ne pas entendre tout ce qu’on leurs disait. Un long cou orné d’une fine chaîne en or menait aux épaules, blanches elles aussi, toujours à l’ombre, à l’office, en cuisine avec sur chacune une bretelle du débardeur en coton. Mon regard descendit le long de son bras droit jusqu’à sa main, point de montre, ni de bijou, de la peau et encore de la peau, du satin, de la soie qui enivrait mes sens. Sa main, une main de reine, une main douce aux longs doigts effilés, une main que l’on souhaite conquérir, une main que l’on espère caresser, une main que l’on rêve à son bras, une main qui dormait dans la mienne.
Mes yeux se relevèrent pudiquement jusqu’à son visage sans oser s’attarder sur une poitrine joliment dressée, elle me sourit et s’approcha de moi, mon corps lui répondit en avançant à sa rencontre. Nos lèvres silencieuses se firent face, tout en se désirant, elles s’immobilisèrent, nos yeux se parlèrent, nos mains se nouèrent, elle ferma ses paupières et m’offrit sa bouche. Ce fut notre premier baiser, un baiser gauche, un baiser de découverte, un baiser qui devint passion en nous enflammant. Dès qu’il s’acheva, un autre recommença plus sûr, plus appliqué, plus sensuel, plus voluptueux, puis un autre et encore un autre.

Deux heures s’écoulèrent, elle me raconta sa vie avant de me confesser la mienne ; des histoires banales comme il en existe tous les jours, seulement dans nos bouches elles prenaient des allures de roman. Nous découvrions le plaisir simple d’être ensemble, de se parler, de se tenir la main, d’écouter sans interrompre, de vivre pour autre chose. Elle me demanda la raison de ma venue en Avignon, je l’avais tue non par pudeur mais par omission, ce qui s’était déroulé le matin chez le notaire ce n’était pas moi, ce n’était pas la vie que je lui avais racontée. Sans imagination et ne sachant pas mentir, je lui fis part de mon heureuse fortune espérant ne rien gâcher des instants merveilleux vécus auprès d’elle. Elle crut à une plaisanterie, aussi je dus montrer la lettre de maître Nogues pour lui prouver mes dires alors la question fatidique tomba : qui était madame Galianni ? Là, ne sachant que répondre, je dus lui paraître soudainement étrange car elle retira sa main de la mienne, en s’étonnant de mon manque de curiosité pour cette femme qui me léguait une telle fortune. Gardant sous silence le peu glorieux épisode du cousin Alphonse, mon ignorance se justifia par le brusque départ du notaire. L’explication lui suffit car elle me redonna sa main. L’annonce de mon train pour Paris tonna comme l’éclair, ne voulant ni la quitter, ni la perdre, je lui proposais de venir avec moi. Elle hésita devant cette invitation soudaine ; et la promesse d’un lointain voyage sur une île au sable blanc, un rêve de gamin, emporta la décision.

Nous avions une petite heure avant le départ, ce fut notre première séparation, elle partit chez elle prendre ses affaires, moi chez le notaire pour obtenir ma réponse. En la regardant s’éloigner, mon cœur de serra, elle retourna sa tête au-dessus de son épaule par deux fois pour s’assurer que j’étais bien réel qu’elle ne rêvait pas. Le soleil avait tourné, le trottoir du matin était maintenant à l’ombre, je remontais pour la nième fois de la journée cette avenue fleurie. Les grands immeubles bourgeois se succédaient, j’arrivais devant le marchand de chaussures sans avoir reconnu l’entrée du notaire, je passais à nouveau sans plus de chance, détaillant les plaques professionnelles apposées sur les portes, pas de trace de maître Nogues. Je me dis que par prudence, pour ne pas voir débarquer par l’entrée des riches, les pauvres malheureux qui venaient payer leurs dettes, il n’avait pas fait poser d’enseigne. La rue de la tour était juste là, en trois enjambées de Parisien je l’atteignis et continuai sur le même rythme jusqu’au numéro 21, escalier gauche, deuxième étage, sonnez et … porte bloquée. Comment porte bloquée ? Je voulus la forcer lorsque sur la plaque vissée, je remarquai des horaires, ils fermaient à seize heures le vendredi.

En regagnant la gare, je me promis dès lundi matin de téléphoner à maître Nogues ou à voix grave pour savoir qui était cette généreuse madame Galianni. Je dus attendre au guichet pour prendre le billet de Sandrine et changer le mien de seconde en première classe, mon nouveau statut me le permettant. Nous ne nous étions pas quittés depuis plus d’une trentaine de minutes que Sandrine me manquait déjà. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Je ne doutais pas un instant de sa venue, elle m’avait juré, je voulais seulement qu’elle vienne vite.

Ma flânerie dans le hall me mena devant le kiosque, une boutique vendant toutes sortes d’articles, des quotidiens, des magazines, des cartes postales, des bonbons, des livres, tout un pan de mur en était couvert. Evidemment j’avais du en lire à l’école mais je ne m’en souvenais plus, ça me barbait, je n’en avais jamais acheté depuis, ça devait être trop cher, maintenant j’en avais les moyens, je pouvais. Il y en avait de toutes sortes, des grands, des petits, des poches, des fins, des épais, des en plusieurs volumes, des français, des étrangers, des traduits, des poèmes, des biographies, des romans, des politiques, des érotiques, des policiers, des historiques, des à l’eau de rose, j’arrêtais là mais il y en avait encore d’autres. Curieusement les couleurs des couvertures me laissèrent indifférent, je ne désirais pas un livre comme objet de décoration mais pour le lire, alors peu importe qu’il soit rose, bleu, jaune ou vert. Méthodiquement, je lus sur la première rangée en haut à gauche les titres et les auteurs, ils étaient classés dans un ordre connu seul du boutiquier, un ordre obscur sans logique autre que celui de remplir les espaces vides des exemplaires vendus. La présence de Hugo avec celle de Daudet me rassura sur ma culture, j’avais vu " Les misérables " à la télé et petit à la communale avait assisté à une représentation des " Lettres de mon moulin " par une troupe de comédiens itinérants, ce furent hélas les seuls dont je connaissais une œuvre dans le rayon.
Le marchand me voyant hésiter, vint à moi et me demanda en bon commerçant ce que je recherchais. N’osant lui avouer mon manque d’appétit littéraire au cours de ces vingt dernières années ainsi que ma crainte de novice d’être déçu par un ouvrage rebelle, je choisis le prétexte d’une jeune fille que je désirais initier au plaisir de la lecture. Il m’embarrassa de questions sur son âge et ses goûts, je découvris alors qu’il y avait des livres pour tout le monde, les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les hommes, les femmes, les amoureux, les sportifs, les cuisiniers, les jardiniers. En lui répondant la trentaine, je ne mentais pas, ses goûts, je les ignorais, en revanche elle ne voulait pas une histoire trop compliquée. Il en choisit trois à parcourir pour me faire une idée, ce sont des nouveautés me dit-il en retournant derrière son comptoir servir des clients. Je pris le premier, le feuilletai sans le lire, les pages défilaient sous mes yeux, le toucher du papier me parut de bonne qualité avec des caractères de taille suffisante pour ne pas fatiguer mes yeux. Mon pouce retint la dernière page, une page sans numéro, toutes les autres en avaient un pas celle là, comme si cette dernière page n’appartenait pas à ce roman. Une page pour une autre histoire, pour un autre livre, perdue à la fin de celui-ci, je la lu, elle s’imprima en moi. Sans aucun doute, cette page était pour moi, ce livre aussi, en le refermant, je découvris les fleurs de la couverture, le nom de la femme qui l’avait écrit, rien à voir avec madame Galianni. Je rendis les deux autres ouvrages en payant celui que j’enfouis immédiatement au fond de mon sac de toile.

Sous le panneau d’affichage en compostant les billets, je vérifiai l’horaire et m’assurai du quai avant de partir en reconnaissance sur l’emplacement du wagon. Le quai numéro 1 était encombré de voyageurs, un train était annoncé, pour le sud celui là, un tortillard qui n’avait rien à voir avec notre TGV climatisé. Des hommes et des femmes regagnaient leurs maisons après le travail, certains partaient en week-end loin de la ville, des militaires en permission se chamaillaient en buvant de la bière au soleil avec leurs bardas sur le sol, des jeunes filles chuchotaient en pouffant de rire. J’avançais en me faufilant à la recherche du repère A qui m’indiquerait ma zone d’embarquement pour Paris avec Sandrine. Je n’en étais qu’au panneau E, un carré blanc émaillé marqué d’une grande lettre noire, accroché au-dessus des toilettes.
Une locomotive apparut au loin avançant à petite vitesse, traînant une série de wagons rouge et blanc en signalant son arrivée par des coups de klaxon poussif. Une voix bruyante annonça dans les haut-parleurs le numéro du convoi qui entrait en gare ainsi que la minute d’arrêt pour le chassé-croisé des descentes et des montées. Je continuais la recherche de mon repère A, Sandrine me manquait, en quittant l’ombre, le soleil me donna des suées. La motrice arriva à ma hauteur lorsque je me sentis déséquilibré par un militaire trébuchant sur son sac. Je vis arriver sur moi cette énorme masse de métal qui me bouscula et me rejeta sur le quai, ma tête tapa la première.

Je repris connaissance à deux mètres au-dessus d’un corps allongé qui m’était familier, et pour cause c’était le mien. Totalement immobile, le visage pâle, la bouche entrouverte, le costume froissé, la chemise maculée, il serrait sous son bras retourné un sac de toile dont dépassait un livre, mon livre. Un filet rouge coula le long de son front, puis contourna l’oreille avant de s’étaler en flaque, formant une auréole autour de la tête, ma tête. Personne ne me voyait flotter dans les airs, retenu par un je ne sais quoi, comme une baudruche liée à la main d’un enfant, libre mais attaché. Désormais nous faisions deux, lui à terre et moi en l’air, quelques instants auparavant nous étions encore ensemble, notre première séparation en près de quarante ans. Que de séparations aujourd’hui ! En toute objectivité, il me parut très bien quoiqu’un peu inerte avec ses cheveux baignant dans un mélange de sang, de suées et de poussières.
Un voyageur plus docteur que les autres s’accroupit près de lui, je ne vis pas ses gestes masqués par son dos, il me sembla prendre le pouls, vérifier le rythme respiratoire, examiner la plaie au front, relever une paupière pour explorer un œil. L’arrivée de Sandrine me surprit, je m’occupais de lui et elle débarquait, je l’avais oubliée un instant, comment peut-on oublier une si jolie jeune femme même devant son corps tripoté par un étranger ? Elle portait une robe blanche, parsemée de fleurs, aux pieds deux ballerines roses, à la main une petite valise ; et lorsqu’elle me reconnut, enfin lui, mon corps. Elle tomba à la renverse dans les bras du premier venu, un militaire. Mon militaire, celui qui m’avait fait tomber sur le train. Un complot ourdi par les héritiers de madame Galianni avec l’appui de l’armée, consistant à me supprimer pour me prendre Sandrine.
Elle ne resta pas longtemps dans les bras tatoués du bidasse encore abasourdi de son geste, celui de m’avoir poussé sur la voie, pas celui d’avoir rattrapé Sandrine. Elle parla avec le docteur puis des larmes apparurent sur son visage qui disait non, sa main retrouva la mienne, sa main douce, chaude ne me réchauffait plus, ses doigts qui se mêlaient aux miens je ne les sentais pas, son parfum de lavande avait disparu.

La foule s’écarta pour laisser passer des hommes en blanc avec un brancard à roulettes, le chef de gare dégagea les voyeurs à grands coups de sifflet pour agrandir le cercle et permettre aux secours d’installer leur matériel. Ils commencèrent par une piqûre dans le bras avec un tuyau relié à une bouteille pleine d’un mystérieux carburant qui devait réamorcer la pompe et faire redémarrer le moteur. Après un sommaire examen sur le quai, ils se saisirent de mon corps et le posèrent sur la civière ; bien tenu en laisse par l’autre, je ne pus que suivre. Une haie de curieux se forma au passage de notre sombre caravane remontant vers la sortie, des femmes détournèrent leurs yeux, des parents masquèrent le regard de leurs enfants. Toute l’équipe se retrouva devant les portes ouvertes du cul offert de l’ambulance, le corps, le lit, le médecin, l’infirmière, le brancardier, le chef de gare, Sandrine et moi toujours au-dessus. Le conducteur fit rugir le moteur et alluma une guirlande de Noël sur le toit avec des éclats du plus bel effet, impatient que son client monte à bord pour démarrer. Il entra, je le suivis en me collant au plafond de cette infirmerie sur quatre roues qui quitta le parvis en se frayant un passage parmi les curieux accourus pour voir du sang, évidemment celui des autres pas le leur.
Il était là sous moi, il n’avait pas l’air bien dans son costume gris, la chemise ouverte, le visage clos. Le médecin lui colla des petits fils un peu partout, l’infirmière surveilla son bocal de carburant qui s’écoulait dans le bras à petites doses, son moteur ne devait pas tourner à plein. Dans un virage, je fus attiré vers le fond de la camionnette alors qu’un écran vert qui émettait des bips alternatifs avec de belles figures géométriques, décida de devenir un bruit continu en arrêtant les vagues de l’écran. La mer devint calme, un calme étrange qui alerta le médecin et l’infirmière, lui se saisit de deux fers à repasser qu’il colla contre la cage thoracique, elle changea de carburant, modifiant le sans plomb en super. Il sauta en l’air, me ramenant au-dessus de lui en une fraction de seconde, il n’avait pas décidé de me laisser partir. A l’hôpital, une équipe attendait la livraison. Ils ouvrirent les portes en nous attirant à l’extérieur sans que nous n’ayons rien demandé, nous dirigeant dans un dédale de couloirs au pas de gymnastique.
Sandrine se vit interdire l’accès au bloc opératoire par une infirmière chef revêche, la moustache, le bas qui plisse, les lunettes, pour répondre à une série de questions sur mes antécédents médicaux, si personnelles que même moi j’en ignorais les réponses. Elle avait à peine le temps d’assimiler une interrogation que la suivante tombait, aussi la pauvre petite redevint la Cosette du café et se plongea dans un mutisme total que le personnel hospitalier interpréta comme un choc émotionnel. Ils lui adressèrent du madame comme elle n’en avait jamais eu sans obtenir davantage de renseignements sur le questionnaire préétabli ; Aussi devant sa pâleur inquiétante, ils la placèrent dans une chambre avec un tranquillisant où elle s’endormit aussitôt.

Une lumière douce vaporeuse m’apparût dans une brume grise, une ambiance reposante sans bruit, le paradis me sembla conforme à ce que j’en avais appris, certain d’accéder directement au repos éternel après être passé par la case départ et avoir touché trois cents millions. Une récompense méritée pour toutes ces années passées à laisser gagner ma mère et ses amies au scrabble, fermant les yeux sur les mots inventés comme sur les lettres qu’elles changeaient avec peu de discrétion et dont j’héritais à un tour de la fin, incapable de placer des consonnes à dix points dans le jeu qui s’achevait. Juste retour de ne pas avoir davantage accablé Jean lorsque l’équipe de Marseille fut accusée d’avoir truqué des matchs. Le paradis pour moi, évidemment sans l’ombre d’un doute.
Une forme se présenta, saint Pierre ? Une tête se laissa deviner, un visage flou, des yeux, un nez, une bouche, puis le brouillard me masqua les clés du ciel. Ou était ce un ange ? Un ange, bien sûr, tout brumeux pour que l’on ignore son sexe. Devais-je le suivre ? Certainement, il devait m’indiquer le chemin. La brume s’éclaircit, puis la lumière s’intensifia avec l’arrivée de tout un essaim d’anges, ces formes s’approchèrent de moi, des tâches vertes et bleues, devant, à droite, à gauche. Une aile vint à ma rencontre et retira toute la brume en ôtant le masque respiratoire de mon visage. Le purgatoire ? Non l’hôpital, avec médecins et infirmières attroupés autour de mon lit, des sourires sur tous ces visages.

Je revis la tâche rouge sur le quai, la douce Sandrine, le militaire buveur de bière, le notaire tour de France, la taupe hargneuse, le rond voix grave, la blonde ineffable, l’abominable Thénardier ; un coup de vent balaya mon visage emportant mon passé.

Toujours le même avec une vie nouvelle qui débutait, ressuscité avaient-ils dit, je ne finirai donc pas sur un quai de gare comme ce roman avec son ultime page qui m’était bien destinée et je compris alors la dernière phrase "La femme ne sait pas séparer l’âme du corps.".
 
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l'auteur? C.A Baxter.
 
a.c.baxter@infonie.fr