CHAPITRE I

L'autocar roulait doucement sous l'orage. Cécile murmura à l'oreille de Julien :
- La maison va encore être inondée.
A la sortie de la ville, le chauffeur stoppa le car devant une petite masure en lisière de terrain vague:
- Bonnes vacances, mes petits, à l'année prochaine.
Julien et Cécile le remercièrent d'un sourire.
Le chauffeur regarda la bicoque:
- Le toit est en mauvais état, il y a plus de trous que de tuiles. Il ne pleut pas trop chez vous ?
- Oh non ! répondirent en choeur Cécile et Julien.
Ils poussèrent en riant la porte du logis où ils vivaient avec leur grand-mère, leur frère Rémi et leur soeur Catherine.
A l'intérieur l'eau ruisselait.
La grand-mère, assise dans un fauteuil d'osier, avait ouvert un grand parapluie noir au-dessus de sa tête. Ainsi à l'abri elle raccommodait une chaussette. Un ruisseau traversait l'unique pièce en clapotant joyeusement. Il était sans cesse grossi par de petites rigoles qui arrivaient de tous côtés; inlassablement il poursuivait son cours en se moquant des barrages que Catherine dressait un peu partout sur son passage. Il contournait tous les obstacles et rien ne l'empêchait de s'enrouler autour du fauteuil de la grand-mère. Il passait sous la table, se tortillait autour des chaises, puis se hâtait vers le mur du fond. Là il se précipitait en tourbillonnant dans un trou du plancher et entraînait avec lui tous les petits objets qu'il avait pu glaner en chemin. Catherine tentait de le détourner à grands coups de balais lorsque Julien et Cécile entrèrent.
- Bonjour mes enfants, dit la grand-mère, vous semblez trempés, changez vite d'imperméables et prenez une ombrelle.
Julien et Cécile se bousculèrent pour embrasser leur grand-mère, sans chercher à éviter le ruisseau; il en profita pour gicler gaiement sur les pieds de Catherine qui maugréa:
- Mais faites attention, ne pataugez pas comme des canards, c'est une maison ici, ce n'est pas une marre, malgré les apparences.
- Mémé, demanda Julien, as-tu reçu des nouvelles d'Australie ?
- Non pas encore, répondit la grand-mère d'un ton qu'elle voulait joyeux.
Le visage de Cécile devint triste, Julien baissa la tête.
Leurs parents, ouvriers agricoles, étaient partis en Australie avec leurs maigres économies dans l'espoir de faire fortune. Leur père avait dit : "Là-bas nous pourrons acheter quatre ou cinq moutons et des champs. Nous planterons du blé et de l'orge, nous ferons reproduire nos moutons, bientôt nous aurons un vrai troupeau et une belle récolte de céréales. Nous revendrons tout avec un gros bénéfice et enfin nous réaliserons notre rêve: posséder une petite ferme en France. "Notre absence ne durera pas plus d'un an."
Cependant l'année écoulée ils n'étaient pas rentrés. Depuis plusieurs mois les enfants ne recevaient aucune nouvelle. "Ils sont certainement sur le chemin du retour " disait la grand-mère.
Pourtant les semaines passaient et les parents ne revenaient pas. Les enfants, comme la grand-mère, savaient bien que leurs chers voyageurs ne se promenaient pas le nez au vent en dilapidant leur magot dans une quelconque tournée touristique.
"Ils ont disparu, ils sont morts " pleurait Catherine, qui malgré ses seize ans possédait un sens aigu du tragique et un caractère mélancolique.
Rémi ne disait rien, mais il pensait parfois que les tristes présages de sa soeur n'étaient peut-être pas loin de la vérité et il devenait à son tour maussade et ombrageux. Julien et Cécile ne riaient plus comme avant. Cécile avait appris récemment à l'école la fable de La Fontaine " Perrette et le pot de lait" et se demandait si ses parents n'avaient pas perdu jusqu'à l'argent nécessaire à leur voyage de retour. Elle confiait ses tourments à Julien qui la rabrouait gentiment mais restait songeur.
"Nous les retrouverons, même si pour cela nous devons aller en Australie" affirmait la grand-mère.
Néanmoins l'Australie était loin, trop loin. Rémi, âgé de vingt et un ans, travaillait dans un garage, mais son pauvre salaire et la petite retraite de la grand-mère suffisaient tout juste à nourrir la famille, alors comment aller en Australie ?
"Si l'Australie ne vient pas à nous, nous irons à elle" chantait la grand-mère, et elle riait si fort que les enfants retrouvaient un peu d'espoir.
Ce soir encore elle essayait de sourire:
- Ne faites pas cette triste mine, vous reverrez vos parents avant la fin de l'été, ici, en Australie ou ailleurs. Profitez de cette première soirée de vacances, et de ce bel orage, pour jouer avec le ruisseau. Ne perdez pas l'appétit non plus. Mangez votre goûter.
Catherine prit dans une malle en métal deux gros morceaux de pain et une demie plaque de chocolat:
- Mangez vite avant que le pain ne soit détrempé et ne faite rien tomber dans le ruisseau, il est déchaîné aujourd'hui.
- Donne leur une ombrelle, Catherine, et abrite-toi aussi, dit la grand-mère.
Catherine tendit une ombrelle un peu percée à Cécile, un grand chapeau de pêcheur à Julien, puis elle se coiffa d'une capeline de paille et attrapa une boîte sur une étagère.
- Mémé a raison, c'est le temps idéal pour jouer avec nos bateaux. Vous êtes d'accord ?
Julien fit oui de la tête, Cécile ne répondit pas, elle pensait à l'Australie. Comment iraient-ils ? En avion ? En bateau ou en roulotte ?
- Tu veux bien garder le trou Cécile, demanda Catherine ?
- Oui, répondit Cécile en allant s'accroupir au fond de la pièce prés du gouffre:
Catherine sortit les bateaux de la boîte. Certains étaient faits de coquillages collés sur une planchette, d'autres creusés dans du liège, les plus petits ne cachaient pas leur origine, bouchon ou boîte d'allumettes, les plus grands fabriqués avec des écorces d'arbres ressemblaient à de vraies petites pirogues. Tous portaient un petit drapeau blanc.
Catherine et Julien se partagèrent les bateaux et s'assirent sur des caisses au bord du ruisseau.
La course commença.
Les bateaux flottaient, virevoltaient au gré du ruisseau, une boîte d'allumettes resta bloquée plusieurs secondes par le balai. Une des pirogues s'échoua contre le fauteuil de la grand-mère.
- Vite, Mémé, cria Catherine.
La grand-mère remit la pirogue à l'eau d'un coup de pied un peu trop vif.
– Attention Cécile, hurla Catherine !
C'était trop tard, la pirogue avait déjà disparu dans le trou.
- Ah c'est malin, gémit Catherine, c'était la plus belle !
Au même instant un bouchon et une boîte d'allumettes plongèrent aussi dans l'abîme.
- Je n'ai rien vu passer, avoua Cécile.
- Tu as gagné, ta pirogue est vraiment arrivée la première, dit Julien pour consoler Catherine.
Mais Catherine restait grognon, elle voulait bien jouer à ce jeu enfantin pour faire plaisir à son petit frère, mais elle tenait beaucoup à leur petite flotte. Elle avait passé de longues heures à polir les coquilles de noix ou les morceaux de liège, elle avait ourlé finement tous les fanions et ne souhaitait pas perdre toutes ces petites merveilles.
- Si Cécile ne garde pas bien le trou ce n'est même pas la peine d'essayer de jouer.
- Excuse-moi, dit Cécile, j'ai envie de lire.
- Si tu veux lire, va sous le lit, j'ai besoin de l'ombrelle pour préparer le dîner, répondit Catherine en rangeant ces chers bateaux rescapés.
Cécile rendit l'ombrelle à Catherine avec un sourire contrit, puis elle se glissa sous le lit en disant:
- Tu viens Julien ?
La lumière grise du ciel n'éclairait que faiblement l'intérieur de la maison, sous le lit l'obscurité était totale. Julien et Cécile lisaient difficilement avec une petite lampe de poche.
- Je n'y vois plus assez pour raccommoder, dit la grand-mère en posant son ouvrage.
Catherine alluma une lampe à pétrole, puis elle enjamba le ruisseau. Elle accrocha la lampe à un clou planté dans le mur prés de sa grand-mère.
- Ah merci, ma chérie, dit la grand-mère en reprenant sa chaussette !
Dehors l'orage redoublait, dans la maison le ruisseau devenait torrent.
- Il va bientôt venir sous le lit, murmura Cécile.
Catherine ronchonnait:
- Ce n'est plus un ruisseau, c'est un fleuve, mais je vais le calmer.
Armée de son balai, elle s'épuisait dans une lutte inégale avec l'impétueux petit cours d'eau et ne réussissait qu'à éclabousser toute la pièce.
- Allons jouer dehors, dit Julien nous ne serons guère plus mouillés.
- Attendez quelques instants, conseilla la grand-mère, plus les orages sont violents plus ils sont brefs.
- Alors celui-là devrait déjà être fini, grommela Catherine.
- Mais oui il est presque fini, répondit la grand-mère, ne t'énerve pas autant pour un peu d'eau, ma petite Catherine.
Cécile et Julien quittèrent leur abri.
- Nous sortons vite avant que le ruisseau nous emporte dans sa petite cascade, dit Cécile en riant.
- Si vous jouez dans la décharge, faites bien attention de ne pas vous blesser avec quelques cochonneries, dit la grand-mère.
- Et ne vous roulez pas dans les flaques d'eau, ajouta Catherine.
L'orage s'éloignait, dans le ciel gris foncé un arc - en - ciel commençait à se dessiner.
Julien et Cécile marchèrent jusqu'au terrain vague. C'était un lieu désolé, couvert de détritus, qui se terminait par un énorme tas de ferrailles: ailes de voitures déchiquetées, morceaux de moteurs, capots cabossés, vieilles machines à laver et ustensiles hors d'usage. Cécile s'arrêta soudain au milieu du terrain:
- Julien, chuchota-t-elle.
Julien, lui aussi immobile, regardait droit devant lui avec des yeux ronds de stupeur.
- Tu le vois, demanda-t-il ?
Sous la voûte de l'arc-en-ciel, près du tas de ferraille, un grand camion jaune étincelait.
- Qu'il est beau, balbutia Cécile !
Ils avancèrent doucement la main dans la main.
A quelques mètres des enfants, le camion jaune semblait les observer ironiquement de ses deux gros phares jaunes et brillants, sa vieille calandre paraissait tordue dans un sourire.
- Il se moque de nous, il n'est pas réel, c'est un mirage, dit Julien.
Ils approchèrent encore et encore, jusqu'à toucher le camion.
- On ne peut pas toucher un mirage, murmura Cécile.
- Non, souffla Julien.
- Alors c'est bien un vrai camion, comment est-il arrivé ici ?
Ils tournèrent la tête de tous côtés, ils ne virent personne. D'ailleurs ils n'avaient jamais rencontré âme qui vive dans cet endroit sordide. Il existait une autre décharge plus près de la ville, celle-ci n'était plus utilisée depuis longtemps.
Paralysés par l'émotion Julien et Cécile restèrent un moment plantés devant le camion, puis ils en firent plusieurs fois le tour pour bien se convaincre de sa présence.
- Il est bien là, et il est abandonné le pauvre, il ne porte aucun numéro ni à l'avant ni à l'arrière, remarqua Cécile.
- Tu as raison, il n'a pas de plaque d'immatriculation.
Le camion était si haut que même en se haussant sur la pointe des pieds Julien ne voyait pas l'intérieur de la cabine. Il n'apercevait qu'une araignée qui tissait tranquillement sa toile derrière le pare-brise.
- Il y a peut-être quelqu'un dedans, dit Cécile.
Julien bondit sur le marchepied et colla son front à la vitre.
- Que vois-tu ?
- Une banquette déchirée, un volant.
- Et encore ?
- Rien, la vitre est très sale, mais je crois vraiment qu'il n'y a rien.
- Allons voir le fourgon.
Julien sauta du marchepied et contempla le long fourgon accolé à la cabine.
- Il n'y a qu'une ouverture, la grande porte à l'arrière.
Julien et Cécile restèrent un instant indécis devant la grande porte fermée.
- Tu crois qu'il y a quelqu'un dedans, dit de nouveau Cécile.
- Je ne sais pas.
Julien tapa sur la porte à plusieurs reprises. Il hésita encore un peu, puis saisit la poignée, la tourna. La porte s'entrouvrit. D'un geste brusque Julien écarta les battants.
Le fourgon était vide.
- Comme il est grand !
- C'est le plus grand camion que je n'ai jamais vu, avoua Julien.
- Il est plus grand que notre maison.
Julien se hissa dans le camion, puis il aida sa petite soeur à grimper.
Quelques gouttes de pluie commencèrent à tambouriner sur le toit.
- La pluie ne traverse pas le toit, dit Cécile émerveillée.
Elle joignit les mains:
- Je voudrais qu'il soit à nous.
Elle se mit à gambader:
- Puisqu'il est abandonné, il est à nous voilà.
Julien ne disait rien, il pensait à ses parents à l'Australie, avec ce camion peut-être...Il secoua tristement la tête, il se faisait des illusions.
Soudain Cécile cessa de se trémousser, elle demanda:
- Crois-tu qu'il puisse encore rouler ?
- Non, sûrement pas, sinon il n'aurait pas été abandonné ainsi.
- Nous pourrions habiter dedans même s'il ne roule pas.
- Sans eau, sans électricité, dit Julien ?
Cécile éclata de rire:
- Oh qu'il est bête! Pourquoi voudrais-tu que subitement nous ayons tant de luxe ? Tu sais bien que chez nous il n'y a plus d'électricité et que l'eau coule surtout du toit. Nous serions bien mieux dans ce camion. Je suis certaine que Mémé sera de mon avis, de plus rien ne prouve qu'il ne roule pas encore ce pauvre camion.
- Tu rêves, dit Julien.
- Je vais prévenir grand-mère, je ne rêve pas du tout, le camion est bien là, et il est abandonné. Nous en ferons une vraie maison. Grand-mère ne toussera plus, Catherine retrouvera sa bonne humeur et Rémi... Rémi réparera le moteur. Nous irons en Australie.
- Tu rêves, répéta Julien.
- Je vais chercher Mémé, elle rêvera avec moi, elle adore rêver.
- Attends Cécile, réfléchissons un peu d'abord, ce camion pourrait être notre secret à tous les deux.
Mais déjà Cécile avait dégringolé du fourgon et courait à perdre haleine vers la baraque.
- Attends-moi, criait Julien, ne cours pas comme une folle, attends-moi, ne dis rien à Mémé.
Cécile atteignit la baraque en quelques bonds, elle ouvrit la porte et hurla:
- Mémé, nous avons trouvé un camion jaune pour aller en Australie.
La grand-mère lâcha la chaussette qu'elle raccommodait encore:
- Un camion ? Un camion ? Mais où ? Comment ?
Puis elle aperçut la chaussette dans le ruisseau:
- Oh ! Ma chaussette, attrape là vite.
La chaussette surnagea un instant, mais très vite le ruisseau l'engloutit et l'entraîna dans le trou avant que Cécile ne la repêche.
- Décidément, dit Catherine d'une voix aiguë, cette gamine ne fait et ne dit que des bêtises aujourd'hui.
- Non je ne dis pas de bêtises, nous avons vraiment trouvé un très grand camion dans la décharge.
A cet instant Rémi entra, la tête basse, le regard triste.
- Toujours aucune nouvelle, aucun espoir, demanda-t-il d'un air résigné.
- Si nous avons un camion, dit Cécile.
- Cesses tes plaisanteries stupides, gronda Catherine, je me demande comment tu as le cœur à rire alors que nos parents... nos parents...
- Mais justement ! Avec ce camion nous pourrons aller en Australie. Il est là, tout jaune, tout brillant dans les ordures. N'est-ce pas Julien ?
- Oui il y a un camion jaune abandonné prés du tas de ferrailles.
Rémi releva la tête puis haussa doucement les épaules:
- Un camion en ruines sans doute.
- Non pas du tout, assura Cécile, il a tout ce qu'il faut à un camion, des roues, des phares, tout quoi, il est comme neuf ce camion, et il n'a pas de plaques d'immatriculation, il n'est donc à personne, voilà.
Une petite lueur éclaira les yeux de Rémi:
- Vraiment ?
- Oui, viens Rémi.
- Je peux toujours aller y jeter un coup d'œil.
Il sortit précipitamment, Cécile et Julien le suivirent.
- J'y vais aussi, j'y vais aussi, dit la grand-mère.
Elle trottina vers la porte.
Catherine lui cria:
- Ne sors pas sous la pluie Mémé, c'est encore une invention de Cécile.
- Non ! Non ! Moi je crois au miracle, donne-moi le bras, j'ai peur de glisser dans la boue.
Ils couraient tous dans le terrain vague, vers le camion jaune qui resplendissait au milieu des immondices.
Rémi fit rapidement le tour du camion:
- Il a toutes ses roues, elles ne semblent pas voilées, les pneus ne sont pas complètement usés.
- Il en a même trop des roues, pouffa Cécile, on dirait un mille-pattes.
Rémi souleva le capot:
- Le moteur parait intact. Enfin à première vue je le crois normal.
- Je veux monter dedans, aide-moi à monter dedans, supplia la grand-mère.
Rémi la poussa dans la cabine. Julien, Cécile et Catherine s'entassèrent prés d'elle. Rémi s'installa derrière le volant:
- Ne rêvons pas trop tout de même, la clef de contact n'est certainement plus là.
C'était un très vieux camion, avec seulement deux petits leviers sous le volant, un bouton noir, un bouton rouge et une grosse manette sur le tableau de bord.
- Quelle chance ! Il n'y avait pas encore de clef de contact à l'époque où a été construit ce camion, dit Rémi.
Il actionna les leviers:
- Voilà les lumières, les clignotants.
- Je ne vois aucune lumière, murmura Catherine.
- Attends que je trouve le contact.
Il appuya sur le bouton noir. Les essuie-glaces balayèrent le pare-brise en grinçant sinistrement.
- Il faudra seulement changer les balais de caoutchouc, dit Rémi.
Puis il ajouta en tirant gravement sur la manette:
- Contact.
Deux faibles rayons jaunes éclairèrent les gravats qui jonchaient le sol.
- La lumière, cria joyeusement Catherine.
Rémi enfonça le bouton rouge:
- Démarreur.
Le camion ronfla un instant.
- Il tourne, hurlèrent-ils tous en chœur !
Le camion toussa un peu, puis ce fut le silence, un silence lourd.
- Il est mort, hurla Catherine en éclatant en sanglots !
- Non, puisque le moteur a démarré, il tournera, il suffit d'une bonne révision, assura Rémi.
- Oui, tu nous le répareras, j'en suis sûre, dit la grand-mère.
Ils quittèrent la cabine. Rémi et Julien soulevèrent le capot, se plongèrent à demi dans le moteur. Pendant ce temps la grand-mère, Cécile et Catherine visitaient le fourgon.
- Merveilleux, il est merveilleux chantait la grand-mère, nous irons en Australie dans un palais roulant.
- Nous avons assez de place pour installer une vraie cuisine et même une douche, dit Catherine.
- Des chambres avec de grands lits et des matelas très épais, chanta Cécile.
- Non pas de matelas, dit la grand-mère, nous tresserons des hamacs, ainsi les chambres seront dans les airs, et nous pourrons faire une vraie salle de séjour au sol.
Julien arriva tout excité:
- Rémi pense que le moteur est en bon état, il faut seulement le nettoyer.
Jusqu'à la tombée de la nuit ils firent des projets. Chacun avait mille idées pour améliorer le camion. Ils regagnèrent enfin leur baraque à regret.
Après le dîner Rémi arracha les pages de son atlas et les étala dur la table. Ils ouvrirent ombrelles et parapluies pour se protéger de l'averse que le toit ne retenait pas. Pour la centième fois ils tracèrent le chemin qui les mènerait en Australie. Ils passeraient par l'Italie, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l'Iran, le Pakistan, l'Inde. Là ils prendraient à Madras le bateau qui les conduirait à Adélaïde en Australie.
- Nous n'avons pas d'argent pour faire un aussi long voyage, soupira soudain Catherine.
Un sourire malin étira le visage rond de la grand-mère, elle extirpa de sous sa jupe une longue chaussette:
- J'ai quelques petites économies que je gardais pour ce voyage. Tant que nous n'avions aucun moyen de transport je ne voulais pas vous donner de fausses joies, mais maintenant...
Maintenant le rêve commençait à se réaliser, ils avaient retrouvé l'espoir.
 
 
 
 

 
 
 
l'auteur? Iris, interne en pédiatrie, elle aime la mer, les bateaux... et espère avoir plusieurs enfants.
 
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