Le
premier jour
 
Au début, il n'y avait rien. Dieu s'emmerdait sérieusement, seul avec ses anges qui manquaient d'intérêt il faut bien l'avouer. Rien n'était encore fait, il devait tout inventer et surtout tout créer.
 
Dieu avait le blues, il avait les idées noires, il sentait bien qu'il devait faire de sa vie une grande chose mais il manquait d'imagination et rien ne l'inspirait dans ce ciel bleu et blanc de nuages doux.
 
Il eut l'idée de mélanger un bout de nuage avec de la poussière d'étoiles qui s'était déposée par-ci par-là aux quatre coins de son domaine infini. De la salive pour lier le tout et il étala cette patte grise au soleil pour la faire sécher. Dieu venait d'inventer le papier. Bien sûr sa maîtrise de la chimie était encore imparfaite, son papier était gris, et surtout Dieu exagérait en tout. Cette feuille était immense et il y en a même qui affirment que, depuis, dans les préfectures, on termine de liquider ce papier pour faire des cartes grises mais ça, c'est la légende qui le dit... Restons sérieux, s'il vous plaît...
 
Il se demandait ce qu'il pouvait bien faire avec ce papier.
 
Il arracha une plume à un ange qui passait à côté de lui et il frotta cette plume contre son papier. Mais il fut déçu de voir que rien ne se passait, juste une petite marque qui ne restait que quelques instants car son papier était souple et reprenait sa forme initiale.
 
Agacé, et oui ! Dieu perdait aussi parfois sa patience il faut le savoir, il jouait avec sa plume et se la planta au creux de la main. Paniqué, il regardait le sang couler. Plus tard, son fils saignera aussi dans le creux de ses mains, mais ça c'est une autre histoire...
 
La plume était tachée de sang et il comprit soudain que maintenant il pouvait laisser une trace sur le papier. Dieu venait d'inventer le stylo plume. Il ne restait qu'à inventer l'écriture et ce fut assez simple finalement. Dieu maintenant était occupé à écrire la vie, vaste roman.
 
Il fut bien dérangé par un couple d'anges qui, au creux d'un nuage, se culbutaient sans vergogne et sans pudeur. Dieu se mit en colère et mit fin à ce scandale. Depuis, on dit que les anges n'ont pas de sexe. Faut-il y voir une relation de cause à effet ?
 
Des mots, encore des mots. Des phrases, encore des phrases. Dieu voulait faire joli et inventa les rimes. Facile finalement quand on invente les mots en même temps... Voilà comment la poésie fut inventée. De là à dire que des millions de fidèles le remercient depuis pour cette invention, non ! Faut pas déconner...
 
Les vrais poètes ne remercient pas, ils écrivent et il n'existe pas de plus bel hommage que d'utiliser les mots.
 
Le premier jour était terminé, Dieu se sentait si bien maintenant. Pour la première fois il s'endormit car il était fatigué et surtout il avait l'esprit libre maintenant... Ce fut la première nuit...
 
 
 
Le deuxième jour
 
A l'aube du deuxième jour, Dieu s'éveilla de fort belle humeur. Ne venait-il pas, avec l'aide de Phil, d'inventer la poésie? Et cela lui plaisait bien. Il décida de s'accorder un peu de temps libre avant de se mettre à la lourde tâche qui l'attendait. Créer le monde, ça ne se fait pas comme ça, d'un claquement de doigt! Et l'envie lui prit d'écrire à nouveau quelques jolis poèmes.
 
Mais Dieu était distrait. Il pensait à mille autres choses en même temps. Avouez que dans ces conditions, vous aussi pourriez être distraits. Donc, au beau milieu de sa poésie, Dieu, qui était peut-être quelque peu dyslexique, ou amateur d'anagrammes, allez donc savoir, écrivit "singe" au lieu de "signe". Rien de bien grave, penserez vous… Mais... Mais Dieu venait d'inventer l'erreur, et par là même l'humanité, puisque comme chacun sait "errare humanum est", l'erreur est humaine. Dieu pouvait être fier de lui, il avait fait d'une pierre deux coups, et quels coups!
 
Mais Dieu, qui était aussi un perfectionniste, décida de relire son poème afin de corriger son erreur. Et voilà ce qu'il lut (je cite):
 
"Et de ma clémence, j'enverrai un singe,
Mon image, mon double, mon fils"
 
Et ce qui devait arriver arriva, car Dieu n'était pas contre l'auto-dérision, il sentit monter en lui quelque chose de nouveau, qui franchit ses lèvres et retentit dans le calme cotonneux des nuages. Dieu, qui venait d'inventer l'erreur, avait aussitôt créé son corollaire, le rire. Ce qui était inévitable, puisque chacun sait aussi que le rire est le propre de l'homme.
 
Et si l'homme n'était pas capable de rire de ses erreurs, alors où irait l'humanité?
 
Voilà qui était beaucoup pour une seule journée. Se disant que le plus gros de son travail était fait, Dieu décida de s'accorder un repos mérité. Ce fut la deuxième nuit…
 
 
 
(NDLR: Dieu s'accorda un tel repos que le troisième jour en disparut... on soupçonne que, lors de ce troisième jour, furent créés l'homme, la femme et l'informatique. si quelqu'un, par hasard, retrouve le troisième jour...)
 
 
 
Le quatrième jour
 
Ce matin-là, Dieu se réveilla en sursaut. Il venait de faire un mauvais cauchemar. En fait, il n'était pas encore l'heure de l'informatique et cette vision de l'avenir lui glaçait le dos. Ses mains tremblaient et de la sueur perlait sur son front. Vraiment, il ne voulait plus ressentir un tel sentiment d'effroi et il tenta de se calmer avec des mouvements de yoga. Sa respiration devenue enfin plus calme, il se mit à penser à ce qu'il allait pouvoir faire aujourd'hui... Le quatrième jour de l'humanité.
 
Il avait déjà créé la femme et l'homme, et vint le problème de la reproduction. Il ne pouvait tout de même pas fabriquer de ses mains toute l'humanité à venir? Il n'aurait pas le temps de réaliser ce projet. Il lui semblait préférable que l'homme et la femme puissent se débrouiller seuls pour cela. Je sais que certains d'entre vous pensent encore qu'Adan et Eve ont croqué une pomme et qu'ils ont eu un pépin (ce qui serait logique), mais il n'en est rien puisque Dieu n'avait pas encore inventé la pomme (désolé M.Chirac). Quoique certaines mauvaises langues disent qu'il avait mis sur le premier ordinateur qu'il avait créé un logo qui représentait une pomme! Vraiment ce n'est pas sérieux, une pomme sur un computer! Faudrait être idiot pour cela...
 
Eve était si belle, et Adam si sensible. Leurs coeurs cognaient plus fort quand ils étaient ensemble et ils se sentaient si bien. Ils se prirent la main et longtemps ils restèrent à se regarder dans les yeux. Dieu était ému et il est absurde de penser qu'il allait se fâcher parce que deux êtres s'aimaient d'un amour tendre. Dieu jeta un voile discret sur les événements qui suivirent et, finalement, c'est sûrement mieux comme cela. Il n'avait pas envie d'inventer la pornographie pour le moment. Il était déjà tard, et Dieu était content. Demain, il allait inventer l'enfant avec l'aide de ses deux complices. Mais pour l'heure, il est temps de terminer cette journée. Demain sera le cinquième jour...
 
 
 
Le cinquième jour...
 
ou comment mettre un terme à quelques légendes qui ont la vie dure.
 
Et le soleil se leva sur le cinquième jour! Mon dieu, se dit Dieu, que le temps passe vite quand on a la lourde tâche de créer le monde. Jetant un œil sur son agenda, Dieu se dit que sept jours ne suffiraient certainement pas! Aujourd'hui, c'était écrit, là, en gros caractères, parce que Dieu était un peu myope et qu'il n'avait pas encore eu le temps d'inventer les lunettes, il devait créer l'enfant.
 
Waouh ! se dit Dieu, comment faire...
 
Dieu, qui se promenait dans le jardin, avait distraitement ramassé un peu de terre que la rosée matinale avait humidifiée, et avait commencé à la pétrir. Tiens, se dit-il, et si j'essayais de faire un petit d'homme avec cette boule de terre? Mais aussitôt il rejeta l'idée. Qui aurait pu croire à de telles fariboles, un être humain créé à partir d'un peu de terre! L'humanité tout entière en aurait ri!
 
Dieu, continuant ses recherches, tomba sur une grosse branche tombée du fameux pommier, auquel on sait maintenant que ni Eve ni Adam n'avaient touché. Sortant son couteau suisse à 27 lames Dieu entreprit de façonner ce morceau de bois. Mais n'est pas Gepetto qui veut. Très vite il renonça…
 
Et puis Dieu se dit qu'il ne lui suffirait pas de créer des enfants, mais qu'il lui faudrait ensuite les expédier sur terre. Grave problème de logistique! Il lui faudrait trouver les emballages, le transporteur. Oui, la journée allait être rude!
 
Dieu aimait marcher tout en réfléchissant. La contemplation de sa création le remplissait d'aise (et oui, il semblerait que Dieu ait été quelque peu vaniteux), et facilitait sa réflexion.
 
Or il advint qu'à ce moment là, Dieu stationnait au-dessus de la Belgique, de Bruxelles plus précisément. C'était l'heure du repas, et la frite n'ayant pas encore été importée par Parmentier, les Bruxellois mangeaient leur plat traditionnel (à cette époque on n'avait pas encore beaucoup de choix), les choux… de Bruxelles!
 
Voilà, se dit Dieu, qui ferait un emballage tout à fait adéquat pour les bébés! Original, écologique, et en plus comestible! Mais Dieu, qui aimait que les choses soient bien faites, décida aussitôt, afin d'éviter toute confusion, qu'il serait mieux de trouver deux formes d'emballage, une pour les petits garçons, l'autre pour les petites filles. Vous connaissez la suite.
 
Restait à trouver le transporteur. Dieu, qui continuait sa promenade, se trouvant alors au-dessus de l'Alsace, (petit rappel linguistique: Alsace, ou scalibor , dans sa traduction originale, signifie en vieux français "l'épée des blaireaux") croisa dans le ciel un drôle d'oiseau. Long bec, grandes pattes, aimant les longs déplacements... Voilà le transporteur tout trouvé!
 
Cependant, n'oublions pas que Dieu n'avait pas encore trouvé comment inventer les bébés. Et au fond de lui, Dieu savait que quelque chose d'important lui manquait. Il avait focalisé sur les problèmes de logistique, mais il avait omis le plus important. Dieu réalisa alors que seul il ne pourrait jamais faire de bébé. Il décida, dans sa grande sagesse, de confier la tâche aux humains et fit venir Eve et Adam.
 
Mais Dieu, qui est très pudique, ne savait pas comment leur expliquer ce qu'il attendait d'eux. Et pas le moindre petit matou en chaleur, pas la moindre abeille butinant une fleur pour servir d'exemples. Dieu commençait à s'empêtrer lamentablement dans une histoire de petite graine. Il était vraiment mal à l'aise, quand Adam et Eve éclatèrent de rire:
 
"Dieu, ne te fais donc pas plus bête que tu n'es! Nous n'avons pas eu besoin de toi pour apprendre comment faire les enfants, tu nous as créés de telle façon que ces choses là viennent tout naturellement."
 
Et comme dans ces âges très anciens le temps n'avait aucune valeur, le soir du cinquième jour naquit un beau bébé, tout dodu et rieur. Les hommes n'ont parfois pas besoin de dieu pour faire les plus belles choses qu'ont puisse rêver. (On verra plus tard qu'il en va de même pour les pires choses).
 
 
 
 
les auteurs? Phil, animateur sur Infonie du forum "En vers et contre tout", et Jacqlyn... assidue de ce même forum.